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Un héros montréalais mondialement connu, mais inconnu au Québec

26/05/2013 10:31 EDT | Actualisé 24/07/2013 05:12 EDT
AFP

Étant un passionné d'histoire, il est de ces gens dont j'avais vaguement entendu parler, mais dont j'ignorais beaucoup de choses.

Ironiquement, moins d'un mois après avoir terminé deux livres sur la révolte du ghetto de Varsovie de 1943, j'apprends qu'un de ses derniers combattants survivants vient tout juste de s'éteindre... à Montréal.

Boruch Spiegel est en effet décédé le 9 mai dernier à l'âge de 93 ans, pratiquement de façon inaperçue dans nos médias alors que des journaux à travers le monde, notamment l'un des quotidiens les plus prestigieux du monde, le New York Times, mentionnaient son départ.

De jeunes héros

La révolte du ghetto de Varsovie est certainement un des épisodes les plus héroïques de la Seconde Guerre mondiale. Quelque 750 jeunes, sous le leadership d'un homme de 24 ans (oui, 24 ans!) Mordechai Anielewicz, sans formation militaire, sans espoir de vaincre, principalement armés de cocktails Molotov, d'armes artisanales et de quelques pistolets ont tenu tête à la très efficace Wehrmacht allemande pendant plus d'un mois, alors que la France s'est elle effondrée en moins de 3 semaines en 1940...

Tous savaient qu'ils n'avaient pratiquement aucune chance de survivre. Mais, s'ils allaient mourir, ils voulaient le faire dans l'honneur, dans la dignité. Debout. Plus de 300 000 Juifs du ghetto avaient déjà été envoyés dans les camps d'extermination. Ces jeunes avaient décidé qu'ils n'allaient pas mourir ainsi.

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Seconde guerre mondiale: ghetto de Varsovie


La révolte du ghetto de Varsovie est un point tournant de la Seconde Guerre mondiale. Après que l'engrenage de la machine de destruction des Juifs d'Europe ait été furieusement mis en marche, un groupe de jeunes Juifs a dit Non!

Avec la bataille du ghetto de Varsovie, les Allemands font face à la première rébellion armée dans l'Europe sous leur coupe. Et malgré leur inévitable défaite, les jeunes combattants du ghetto de Varsovie ont ultimement gagné. Ils ont marqué l'imaginaire. Ils ont inspiré des combattants partout dans l'Europe occupée.

Montréal choisie par Spiegel

Ayant survécu à cette bataille infernale, Spiegel a réussi, avec 60 autres combattants, à s'échapper de Varsovie puis à rejoindre un groupe de partisans dans les forêts polonaises.

Considérant l'Europe en général, et la Pologne en particulier, comme un vaste cimetière juif, Spiegel quitta le Vieux Continent en 1948. Il s'installa à Montréal avec sa femme, elle aussi combattante. Peu de gens savent ainsi que Montréal a été, avec Israël et New York, une des principales destinations des rescapés de l'Holocauste après la guerre.

Spiegel refit sa vie dans le domaine du cuir, comme son père avant lui. Sans jamais demander quoi que ce soit à personne. De plus, comme tous les héros, il a toujours refusé de se considérer comme tel.

À une époque où on a les héros faciles (un héros du hockey?; un héros du baseball?), Spiegel faisait lui, à son corps défendant, partie de la liste des héros véritables.

Une occasion manquée

Il aurait été bien d'entendre Spiegel dans nos médias. De le voir faire le tour des écoles pour enseigner à des générations de Québécois ce que l'Homme peut faire contre l'Homme lorsqu'il est habité par la haine et le fanatisme. De nous enseigner à nous tous les leçons de l'Holocauste.

De nous (le monde entier) ramener à l'ordre lorsque nous avons largement gardé le silence pendant les massacres des Khmers rouges au Cambodge, pendant les opérations de nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie, pendant les horreurs du Darfour, et j'en passe.

La voix de Boruch Spiegel a été une voix que j'aurais aimé entendre de son vivant.

J'espère que le décès récent de ce Montréalais renouvellera l'intérêt des Québécois pour une période malheureusement trop méconnue.

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