LES BLOGUES

Connecter les points ou les conséquences de la faiblesse américaine

12/12/2013 12:52 EST | Actualisé 10/02/2014 05:12 EST

Mon titre est une (mauvaise) traduction d'une expression anglaise qui n'a pas d'équivalent en français: "to connect the dots", qui veut dire faire les liens entre différents éléments qui à première vue, n'en ont pas.

Quand on lit la section internationale de nos quotidiens ces jours-ci, il est difficile de voir les liens entre les différentes nouvelles. L'accord intérimaire avec l'Iran dans le dossier nucléaire aurait-il un lien avec les manifestations en Ukraine ou avec les tensions entre la Chine et le Japon en Asie?

La réponse peut surprendre mais c'est clairement oui.

Un changement géopolitique fondamental

Ce que l'on voit, c'est une décision géopolitique de l'Administration Obama d'arrêter de voir les États-Unis comme le pivot du monde, le centre de la diplomatie mondiale. Est-ce par fatigue? Par idéologie? Ou par une vision du monde radicalement différente de celles de ses prédécesseurs? Je ne sais pas mais les conséquences sont de plus en plus visibles,

Le monde se morcèle en zones d'influences, ce qui ne peut que créer de l'instabilité, des frictions et des confrontations entre les différents leaders mondiaux.

Et cela explique les épisodes qui occupent les nouvelles mondiales ces jours-ci.

Des conséquences concrètes de la faiblesse américaine

Commençons par le dossier syrien. Obama annonce que le régime de Bashar al-Assad franchirait une ligne rouge s'il utilisait des armes biologiques ou chimiques. Que fait Assad? Il franchit allègrement la ligne rouge tracée par Obama. Que fait ce dernier? Après avoir clairement annoncé des frappes contre le régime syrien coupable d'avoir utilisé des armes chimiques dans la guerre civile qu'il mène contre les rebelles, le président Obama recule et laisse le président Poutine jouer le rôle central.

Cet aveu de faiblesse a eu des conséquences importantes. Ce recul a été compris par Poutine et il a décidé de prendre avantage du manque de leadership et de la faiblesse d'Obama.

En Ukraine, des centaines de milliers de manifestants occupent les rues de la capitale Kiev. Pourquoi? Parce qu'en novembre, le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a annoncé son refus de signer l'accord d'association avec l'Union européenne (UE), en préparation depuis trois ans, à la suite des pressions de la Russie. En d'autres mots, un travail immense de trois ans - qui aurait été très bénéfique pour l'économie ukrainienne moribonde - a été jeté à la poubelle à la suite de pressions de Vladimir Poutine, qui voyait d'un mauvais œil l'influence occidentale dans ce qu'il considère être la zone d'influence de la Russie.

Jamais, depuis la chute du Mur de Berlin, un président russe ne se serait permis cela sans avoir la conviction absolue que le leader du monde occidental, les États-Unis, resterait les bras croisés. La Russie avance donc ses pions de façon de plus en plus insolente.

L'Iran a bien compris le message aussi. De multiples résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et des années de travail en termes de sanctions ont été mises de côté dans un accord (intérimaire, je le sais, mais quand même) qui reconnaît implicitement le droit de l'Iran d'enrichir de l'uranium. Bien qu'Obama affirme qu'il ne laissera jamais l'Iran se nucléariser, plus personne ne le craint - ni le croit. Surtout au Moyen-Orient. Conséquence: les grands États arabes parlent de se doter de l'arme nucléaire (certains rapports font état que l'Arabie Saoudite aurait déjà acheté la bombe au Pakistan) alors que les plus petits pays de la région, sentant le vent tourner, se rapprochent de Téhéran.

La Chine aussi a décidé de « flexer ses muscles » en instaurant unilatéralement une « zone aérienne d'identification » (ZAI) en mer de Chine orientale, ce qui a amené le Japon et la Corée du Sud à y envoyer voler des avions militaires pour dire à la Chine qu'ils n'acceptaient pas ce geste chinois. Mais la Chine se permet de faire la barbe aux alliés asiatiques des États-Unis parce qu'elle comprend que le Japon et la Corée du Sud ne font pas le poids à côté d'elle et que les États-Unis sont peu fiables.

Un point tournant

Dans quelques années, nous verrons cette période comme la fin d'une époque, un point tournant dans l'histoire du monde.

Le monde qui vient sera multipolaire et mènera à des tensions de plus en plus importantes.

Nous marquerons en 2014 le début de la Première Guerre mondiale, qui peut être expliquée par des rivalités entre plusieurs grandes puissances.

Si le passé est garant de l'avenir, la création de sphères d'influence (États-Unis, Russie, Chine, Iran au Moyen-Orient) ne peut que créer des frictions. (Remarquons en passant que l'Europe n'est pas un joueur, marquée par des tiraillements internes, des problèmes économiques, le vieillissement de sa population et une réticence à utiliser la force pour protéger ses intérêts).

Les États-Unis sont loin d'être parfaits. Personne n'affirme le contraire. Mais ils ont présidé une libéralisation du commerce et un avancement général de la condition humaine qui ont été globalement positifs.

La nature a horreur du vide. En l'absence de leadership américain, d'autres puissances occuperont l'espace. Et ces puissances n'ont pas les mêmes valeurs de liberté, de démocratie et de droits de la personne que nous.

Attachons nos tuques. Ça va brasser.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Crise sur le nucléaire iranien : les grandes dates

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.