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Iran, Hezbollah, terrorisme, assassinat et cover up: l'Argentine en crise

10/02/2015 11:53 EST | Actualisé 12/04/2015 05:12 EDT

L'Argentine est aux prises avec une très grave crise nationale depuis la mort d'un homme nommé Alberto Nisman le 18 janvier dernier. Pourquoi? Un peu d'histoire est ici essentiel.

Centre communautaire juif visé par des islamistes

Le 18 juillet 1994, une attaque contre l'édifice de l'AMIA (Asociación Mutual Israelita Argentina, une association juive) causait la mort de 85 personnes et en blessait des centaines. C'est jusqu'à ce jour la pire attaque terroriste jamais commise sur le sol argentin.

Ce crime horrible n'a pas été - officiellement - élucidé depuis. Mais tout pointe vers une opération iranienne commise par son agent, le Hezbollah (groupe reconnu comme terroriste en droit canadien). Les accusations de cover up et d'incompétence circulent déjà depuis longtemps.

Les circonstances entourant l'enquête sont tellement sombres qu'en 2005, alors qu'il était le cardinal de Buenos Aires, le pape François avait ajouté son nom à un document signé par 85 personnalités demandant justice pour les victimes de cet acte antisémite.

Le procureur assassiné

Les choses sont devenues encore plus compliquées par la mort d'Alberto Nisman, le 18 janvier dernier.

Procureur en charge du dossier depuis de nombreuses années, Nisman a été trouvé mort à sa résidence la veille du jour de son témoignage devant une commission du Congrès, une balle dans la tête, avec un pistolet à côté du corps. La porte de son appartement était fermée à clé de l'intérieur et il n'y avait aucune note de suicide.

Les autorités argentines ont d'abord affirmé qu'il s'agissait d'un suicide, jusqu'à ce qu'elles se rendent compte qu'il n'y avait aucun résidu de poudre sur ses mains, ce qui rend la thèse d'un suicide par arme à feu complètement ridicule. Les autorités ont été dans l'obligation de changer leur version, accusant des espions de vouloir déstabiliser le gouvernement.

L'Iran et le Hezbollah pointés du doigt

Nisman était à la tête d'une équipe de 30 personnes chevronnées. Il avait passé une décennie à enquêter sur l'horreur de l'attentat de l'AMIA.

Nisman avait identifié les Iraniens qui ont ordonné l'attentat et les avait fait placer sur la liste de personnes recherchées d'Interpol. Il avait identifié les terroristes du Hezbollah qui ont commis l'attentat. De plus, il avait découvert des cellules terroristes encore actives dans le Nouveau Monde.

Quelques jours avant sa mort, Nisman avait accusé la présidente argentine, Cristina Fernández de Kirchner, le ministre des Affaires étrangères, Héctor Timerman, et d'autres hauts responsables argentins d'avoir tenté d'organiser un cover up afin de masquer un deal visant à protéger les Iraniens contre toute responsabilité pour l'attentat de 1994. En échange, l'Argentine aurait obtenu du pétrole iranien afin de mitiger les ravages de la crise énergétique qu'elle traverse actuellement.

Nisman avait des transcriptions d'appels téléphoniques entre des agents iraniens et argentins prouvant le deal. De plus, Nisman avait écrit un document de 289 pages étayant ses thèses.

Arrestation possible de la présidente Kirchner?

Les choses se sont encore corsées lorsque la procureure responsable de l'enquête de la mort de Nisman, Viviana Fein, a affirmé que Nisman avait rédigé un mandat d'arrestation de la présidente argentine Kirchner et de son ministre des Affaires étrangères Timerman.

Tous les éléments d'une crise nationale sont présents : des actions d'islamistes (iraniens et du Hezbollah) sur le territoire argentin, un deal avec ceux-ci pour cacher leur rôle en échange de pétrole, un assassinat bâclé, un manque de confiance dans les autorités nationales, mensonges d'État, cover up, etc.

Une chose est certaine: quand un État décide de faire affaire avec un régime tel que celui des ayatollahs iraniens, dont le but avoué est l'exportation de son idéologie chiite extrémiste et la déstabilisation des États qui s'y opposent (on le voit au Moyen-Orient), il en paiera éventuellement le prix.

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