Ricardo Lamour

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Kony 2012, ou comment soulager sa conscience

Publication: 8/03/2012 10:51

Au moment où j'écris ces lignes, des légions de gens ont déjà publié sur Twitter et Facebook un lien vers le film de l'organisation Invisible Children, Kony 2012.

Invisible Children semble être bien parti pour atteindre son objectif de propagande avec l'aide des médias sociaux.

Pour plusieurs personnes, c'est la première fois qu'elles entendront parler de ce qui se passe en Ouganda et les environs.

Bien que je sois pour l'arrestation de toute personne responsable de crimes et que je salue le travail de vulgarisation fait par l'équipe d'Invisible Children, j'ai un malaise qui perdure depuis que j'ai commencé à poser des questions au personnel de cette organisation, soit en 2009.

Trois ans plus tard, leur nouveau film chante le même refrain.

Ce malaise est donc revenu me hanter alors que je visionnais leur tout dernier film cette semaine.

Le film résume le parcours de trois jeunes cinéastes américains, Jason Russell, Bobby Bailey et Laren Poole qui prennent un billet d'avion en 2003 pour l'Afrique et tombent, une fois en Ouganda, par accident, sur des légions d'enfants qui sont considérés comme étant invisibles, vu les conditions dans lesquelles ils vivent.

Le but du film est d'inciter les sociétés civiles à aider l'organisation Invisible Children dans sa diffusion massive de toute information permettant de populariser le nom de Joseph Kony, leader de la Lord's Resistance Army (mouvement de soldats composés principalement d'enfants kidnappés) afin que ce dernier devienne une priorité pour les autorités internationales afin d'être arrêté.

Certes, le film expose une réalité qui nous dépasse et qui existe. Jason Russell, le réalisateur, capte notre attention dès le début, en nous introduisant graduellement dans l'imaginaire de son fils, Gavin, qui lui, tente de comprendre le monde dans lequel il vit, et plus particulièrement le rôle joué par son père.

Cependant, il y a lieu de se demander pourquoi les acteurs américains prennent plus de place que les élus africains dans le film. Est-ce une erreur de montage ou une stratégie de séduction d'une génération prise dans le «Century of self»?

En 2008, je visionnais sur internet le premier film d'Invisible Children. Sur le coup de l'émotion, j'ai pleuré pour Jacob, un enfant ougandais tentant de survivre, et écrit une chanson que j'ai envoyée à l'organisation.

En 2009, j'organisais, avec deux amis et une poignée d'artistes montréalais, un événement de sensibilisation de la population montréalaise à ce qui se passait en Ouganda. Deux bénévoles d'Invisible Children venaient nous présenter un autre de leur film portant sur leurs stratégies de capture de Joseh Kony.

Ainsi, lors de la période de questions, les jeunes membres bénévoles d'Invisible Children peinaient à nous expliquer d'où provenaient les armes utilisées par l'armée de Joseph Kony, tout en refusant de se prononcer sur la responsabilité de la communauté internationale et de l'administration américaine sur la situation en Ouganda.

C'est là que mon point de vue à commencer à changer.

Le message de Lisa Dougan, qui était à l'époque, Directrice régionale et coordonnatrice à la défense de droit pour l'organisation était clair: «Notre but n'est pas d'exposer un gouvernement, mais de sauver ces enfants».

Est-il honnête de croire qu'on peut résumer tout ce qui se passe en Ouganda, à un homme?

Est-ce à cause que la réalité est trop complexe qu'on tente de nous la mettre en boîte de conserve?

Si l'Afrique ne produit pas d'armes, d'où viennent les armes de l'armée de Joseph Kony?

Quels sont les autres acteurs internationaux qui tirent avantage du conflit qui sévit non seulement en Ouganda, mais aussi ailleurs en sol africain?

Les États-Unis ont besoin des troupes de l'Ouganda. Ça, Jason Russell ne le dit pas.

Après avoir entretenu des contacts avec l'organisation Invisible Children, je réalise:

-- l'impossibilité de la considération du contexte global qui cautionne les horreurs présentes en Ouganda.

-- l'impossibilité d'influencer la culture de l'organisation, très ethnocentrique dans son approche. «Nous avons la solution. Nous allons vous sauver. Nous ne faisons pas partie du problème.»

-- l'absence de dénonciation des dynamiques d'oppression favorisée par le silence de l'administration américaine, notamment la militarisation de l'Ouganda, prôné non seulement par Invisible Children, mais cadrant avec les objectifs de l'administration américaine.

-- qu'il n'y ait pas de raccourcis pour comprendre le conflit en Ouganda

Je persiste à croire que ce n'est pas à grand coup de propagande et de formule de films bien réalisés que l'Afrique se libérera de conflits déchirants. Pour combattre un problème, il faut le nommer dans sa totalité. Il faut donc aussi nommer le rôle jouer par les pays occidentaux dans les dynamiques vécues par les sociétés civiles africaines. Refuser de faire ceci, c'est être complice d'une idéologie oppressante.

Tant que nous n'arriverons pas à voir la transversalité dans ce qui se passe dans plusieurs régions du monde, nous serons toujours prisonniers d'une approche qui tentera de régler les conflits à la pièce.

Il faut arrêter de jouer au sauveur et se regarder dans le miroir. Quel est le rôle de la communauté internationale dans la fragilité du tissu social des sociétés civiles du continent africain?

Il est facile de soulager notre conscience en partageant Kony 2012, toutefois, le conflit est beaucoup plus complexe que la fable qu'on nous raconte. Il faut un peu plus de curiosité et l'audace de poser les questions qui s'imposent!

Allons-y pour #Stopkony2012

Voici quelques sources pour dépasser la fable:

http://www.worldaffairsjournal.org/blog/elizabeth-dickinson/trouble-stopkony
http://ericswanderings.wordpress.com/2012/03/06/invisible-children-and-joseph-kony/
http://www.how-matters.org/2012/03/06/good-guys-bad-guys/
http://innovateafrica.tumblr.com/post/18897981642/you-dont-have-my-vote
http://africasacountry.com/2012/03/07/phony-2012-risible-children/
http://www.jpanafrican.com/docs/vol3no6/3.5DealingwithAfricom.pdf
http://www.zcommunications.org/us-africa-command-looks-to-strengthen-role-in-region-by-john-t-bennett
http://pambazuka.org/en/category/features/72174
http://www.horacecampbell.net/2010/10/africom-academia-and-militarising.html
http://freethoughtmanifesto.blogspot.com/2010/07/africom-and-ugandas-dance-with-death.html

 
Au moment où j'écris ces lignes, des légions de gens ont déjà publié sur Twitter et Facebook un lien vers le film de l'organisation Invisible Children, Kony 2012. Invisible Children semble êtr...
Au moment où j'écris ces lignes, des légions de gens ont déjà publié sur Twitter et Facebook un lien vers le film de l'organisation Invisible Children, Kony 2012. Invisible Children semble êtr...
 
 
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
09:43 sur 11/03/2012
Ouais, les pauvres ils sont pas sortis du bois (de la jungle) ces Africains, bof cela prendra quelques siecles pour evoluer ( mieux que nous j'espere) vers un monde meilleur.
Soulignons quand meme ce que l'Afrique a :
et que nous avons tendance a oublier dans nos contrees, c'est leur entraide intergenerationnelle... Nous pourrions grandement nous en inspirer.
Quand au triste sire, decrit dans votre article c'est un bandit de grand chemin, semblable a nos anciens bandits du moyen Age. Un fait diver, mais reconnaissons le pas tres divertissant.
Pierre m de ruelle
Ile des soeur`
Quebec . Canada
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ToMo OhKa
Lanceur,Frappeur Ambidextre/Pitcher,Switch Hitter
16:40 sur 10/03/2012
Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en.

Lorsqu'un homme agis de la façon dont Kony agis, il est de notre devoir a tous de s'arranger pour le stopper.

Le faire connaitre aux gens qui nous entours est déjà une magnifique étape a franchir afin que ce nom cesse d’être un simple mot non-reconnu par la majorité.
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
19:35 sur 09/03/2012
En faisant une brève recherche sur la toile, je suis tombé sur plusieurs articles décriant cette organisation. Au mieux, selon certains, Invisible Children serait manipulée par le US Foreign policy pour justifier l'envoi de soldats américains dans la région ce qui expliquerait que IC ne dénonce jamais le président actuel de L'Ouganda M. Museveni qui emploie les mêmes méthode que Kony. D'autres allèguent que la majorité des fonts recueillis ne se rendraient jamais en Afrique. Difficile de faire la part des choses.
15:03 sur 08/03/2012
Je comprends votre désarroi. Un ami cadre dans MSF m'expliquait que traverser la ligne politique reviendrait à l'expulsion de cette organisation dans la plupart des pays. Quelqu'un effectivement devra la franchir un jour, mais ce ne sera pas ces organisations de terrain qui ont un but bien défini.

Et conçernant la place prépondérante des acteurs sur le sujet je crois que c'est une question de rayonnement comme vous l'avez suggéré.
16:10 sur 08/03/2012
Intéressant.
Justement, cette question de "rayonnement' est un vrai problème en soi.
En cherchant un rayonnement maximal, les initiateurs de cette campagne, ainsi que les célébrités qu'ils ont recrutées, se sont mis au centre du sujet. Je veux dire par là qu'en choisissant de ne pas expliquer l'ampleur du problème et ses implications, Invisible Children devenait alors à propos de 3 jeunes hommes occidentaux à l'esprit valeureux qui ont décidé de mobiliser tout un star système. Le fond du problème est alors noyé dans les paillettes et le champagne.

Plusieurs ont déjà souligné comment le nom même du groupe pose problème. Invisible Children. Invisibles pour qui? Pour de beaux jeunes blonds éduqués et friqués, oui, mais certainement pas invisibles aux familles de ces enfants, ni de leurs communautés, de leur pays, ou même de leur continent. Encore une fois, on voit comment l'ethnocentrisme et l'occidentalocentrisme fonctionnent.
(suite....)