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Le programme des travailleurs étrangers ne doit pas être montré du doigt

16/04/2013 05:40 EDT | Actualisé 16/06/2013 05:12 EDT
CP

Depuis que l'affaire RBC a éclaté au grand jour la semaine dernière, plusieurs inexactitudes et préjugés ont circulé au sujet du fameux programme des travailleurs étrangers mis sur pied par Ottawa. L'abolir serait une grave erreur. Notre avenir économique en dépend. Certaines précisions s'imposent donc sur ce programme faussement controversé.

Le remplacement de 45 employés canadiens de la RBC par autant de travailleurs indiens, de surcroît moins bien payés, a suscité la grogne parmi la population. Les critiques les plus virulentes soutiennent que ce programme permet aux entreprises de recruter de la main-d'oeuvre étrangère à bon marché, et ce, au détriment des travailleurs canadiens, dont des Québécois.

Or, rien n'est plus faux.

Le billet de Reynaldo Marquez se poursuit après la galerie

La Twittosphère blâme la #RBC

Pas une mince affaire

Embaucher à l'international n'est jamais une mince affaire. Habituellement, les employeurs canadiens ou québécois doivent se plier à une démarche et un processus très stricts imposés par Service Canada. Puisque le Québec a aussi son mot à dire en matière d'immigration, ces employeurs doivent nécessairement obtenir l'aval des autorités québécoises.

En tant qu'avocat en immigration, je puis vous assurer que l'administration publique ne leur donne pas le ciel sans confession. De manière générale, les employeurs qui souhaitent recruter des travailleurs étrangers doivent démontrer:

  • Qu'ils n'ont pu trouver de citoyens canadiens ou des résidents permanents qualifiés pour occuper le, ou les postes, à pourvoir dans leur entreprise;
  • Que l'arrivée des travailleurs étrangers n'aura pas une incidence néfaste sur le marché du travail canadien; et
  • Qu'ils offrent un salaire et des conditions de travail concurrentiels et qu'ils respectent les normes les plus élémentaires du travail.

Une corruption ambiante?

Dans ce contexte, le rôle de l'administration publique consiste à s'assurer que les employeurs requérants ont fait les démonstrations requises et que leurs demandes satisfont au programme des travailleurs étrangers.

Que des employeurs veuillent réduire leur masse salariale pour réaliser des économies, c'est une chose. Que les autorités leur permettent d'embaucher n'importe qui, et à n'importe quelles conditions, c'en est une autre. C'est pourquoi le fait d'affirmer que des employeurs se servent de ce programme pour recruter de la main-d'oeuvre étrangère à bon marché, au détriment de travailleurs locaux, est tout simplement absurde.

Dans le meilleur des cas, ce genre d'affirmation équivaut à porter des accusations d'incompétence voire de laxisme à l'encontre de l'administration publique chargée d'appliquer ce programme. Dans le pire des cas, ce genre d'affirmation équivaut à insinuer que certains fonctionnaires seraient de connivence avec des employeurs peu scrupuleux, et ce, tout en faisant fi de la loi qu'ils sont tenus non seulement de respecter, mais aussi d'appliquer. Voilà qui sent la théorie du complot à plein nez.

Un salaire concurrentiel

Prétendre que ce programme permet l'embauche de travailleurs étrangers moins bien rémunérés c'est aussi étaler publiquement sa méconnaissance sur le sujet. D'abord, parce qu'un employeur ne peut embaucher un travailleur étranger à n'importe quelles conditions. Un employeur québécois ne pourrait par exemple pas les embaucher à un salaire inférieur au salaire médian établi par Emploi-Québec. De plus, il devra leur offrir un salaire et des conditions de travail concurrentiels en fonction de son secteur d'activité et de sa région.

Par exemple, une entreprise de la Côte-Nord ne pourrait pas embaucher une femme de chambre étrangère à 10$/h, si le taux horaire pour ce genre d'emploi est estimé à 16$/h dans cette même région, par Emploi-Québec. Autrement, l'offre d'embauche de cet employeur serait refusée par les autorités compétentes.

Il existe certes des exceptions et des dispenses en vertu de l'ALÉNA qui facilitent de beaucoup le recrutement de travailleurs étrangers. Mais dans tous les cas, un employeur doit faire de son mieux pour recruter localement et offrir un salaire et des conditions de travail concurrentiels.

D'autres critiques avancent que les employeurs sont autorisés à payer les travailleurs étrangers jusqu'à 15 % moins cher que les salaires habituels de leur secteur. C'est vrai, mais seulement si ces employeurs démontrent qu'ils payent aussi leurs employés locaux 15 % moins cher. Le cas échéant, où est donc l'injustice?

Une pénurie en vue

Selon Emploi-Québec, 740 000 emplois seront à pourvoir au Québec d'ici 2014, dont le tiers en raison de départs à la retraite. Dans ce contexte, l'embauche de travailleurs étrangers s'avère un élément essentiel de la stratégie commerciale d'une entreprise et même de sa survie. Le cas de la femme d'affaires Isabelle Leblanc, une franchisée McDonald's de l'Abitibi-Témiscamingue, le prouve haut et fort.

Madame Leblanc a dû recruter une vingtaine de travailleurs temporaires originaires du Maroc, sans quoi ses restaurants auraient pu fermer. Vous trouverez ici un lien direct vers son histoire qui a défrayé la manchette, en août dernier.

Son cas démontre clairement comment le programme des travailleurs étrangers temporaires peut aider nos entreprises à pallier le manque de main-d'oeuvre, et ce, tout en favorisant la croissance économique du Québec. L'entreprise Manac et la Banque Nationale font aussi appel à ce programme avec succès pour combler leur manque de travailleurs.

Au-delà des excuses

Certaines personnes maintiendront que la RBC s'est fait prendre les culottes baissées et que c'est pour cela qu'elle s'est excusée. Ce n'est pas l'impression que j'ai eue en lisant la lettre intégrale signée par son président, Gordon Nixon.

Au-delà des excuses, RBC maintien dans cette lettre avoir respecté la législation applicable en droit de l'immigration. "Le débat portait sur une autre question", peut-on y lire. Je soupçonne que cette "autre question" puisse être liée à la décision de la RBC de confier une partie de ses services en sous-traitance et/ou des conséquences de cette décision dans l'opinion publique.

Si mon impression est la bonne, ce n'est donc pas au programme de travailleurs étrangers qu'il faudrait s'attaquer. C'est plutôt notre système capitaliste au grand complet qu'il faudrait pointer du doigt.