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En attendant Allah, j'écoute Jean Leloup

25/09/2012 09:23 EDT | Actualisé 25/11/2012 05:12 EST
Marc Young

Jean Leloup est un grand sage. Cela pourrait vous paraître extravangant. Après tout, ce n'est pas la première image qui nous vient à l'esprit en évoquant le personnage. Au fil du temps, il n'a jamais semblé vouloir reculer devant la controverse. Cela étant dit, je puis pourtant vous assurer que certaines de ses chansons sont empreintes d'une grande sagesse.

Vous ne me croyez pas?

Prenez, par exemple, sa chanson Le monde est à pleurer. Lorsque j'ai pris connaissance des violentes manifestations qui ont secoué, notamment, le monde arabe suivant la sortie du film anti-islam intitulé L'innoncence des musulmans, début septembre, j'ai immédiatement pensé à cette chanson.

J'ai dû en fredonner l'air compulsivement pendant une bonne journée, au grand dam de mon entourage, avant que la mélodie ne cesse finalement de me hanter.

Quelques jours plus tard, lorsque j'ai entedu parler de la publication des caricatures du Prophète dans un journal français récidiviste, les premières notes de cette même chanson me sont revenues avec force à l'esprit.

Depuis, la mélodie de cette toune ne me quitte pas. Elle me reste en tête comme un ver d'oreille qui me dévore le cerveau. Il est de ces chansons dont on ne se lasse jamais, j'imagine. Il faut croire que, pour moi, Le monde est à pleurer est l'une d'entre elles.

Ironiquement, ce ne sont pas les attaques contre des ambassades américaines qui m'ont fait penser à cette chanson. Pas plus que l'assassinat de diplomates et la mise à prix de la vie du réalisateur de ce film controversé. Pas même la justesse de ses propos: le monde est toujours à pleurer lorsqu'il y a mort d'homme.

Non, ce qui m'a fait penser à cette chanson c'est avant tout le traitement que Jean Leloup réserve à Allah, en personne, dans ses couplets. Pour les non-initiés, la chanson Le monde est à pleurer commence comme ceci :

Aujourd'hui rassemblés Dieu le père et Bouddha et Krishna et Allah dans un même gynécée

Tous ont gros sur le coeur

C'est pour quoi le meeting

C'est pour quoi le meeting

Puis, plus loin, John the Wolf chante ceci :

Enfin Dieu et Bouddha et Khrisna et Allah

Épuisés de l'effort

Tombent cois pessimistes

Et regardent leurs orteils et regardent leurs pieds

Et regardent leurs pieds

Mais Dieu le Père toujours jovial se ressaisit

J'ai ici messieurs dans mon sac un petit cordial

Dont vous me direz des nouvelles

Et voilà qui distribue les verres

Bouddha s'illumine il en a lui aussi

Le saké coule à flots

Manitou a du pot

Et Shiva du hashis

Allah se retire

Et on vit dans le ciel, Dieu le père et Bouddha,

Manitou et Krishna bras dessus bras dessous

Ivres morts et joyeux chanter à tue-tête au-dessus des nuages.

Je me suis toujours demandé pourquoi Allah se retire au moment même où le party commence à lever. Mais en réécoutant cette chanson à la lumière des événements des dernières semaines, cette question s'est faite plus persistante à mon esprit. Mais pourquoi donc est-ce qu'Allah se retire?

Je veux dire, Jean Leloup n'a aucune peine à décrire le Dieu le père et Bouddah comme des moyens soûlons. Il n'a aucune peine à décrire Manitou et Shiva comme des fumeurs de pot et de haschich. Pourtant, notre Jean Leloup national a la délicatesse de faire sortir Allah de la petite fête entre amis, en disant simplement qu'il "se retire".

Mais pourquoi? J'ose avancer une réponse: Parce que Jean Leloup savait que les chrétiens ne prendraient pas les rues de la métropole d'assaut si Dieu le père prenait trop de vin de messe dans l'une de ses chansons. Il savait également que les bouddhistes et le hindous n'iraient pas déchirer leur chemise sur la place publique si leurs divinités se tapaient un bad trip de drogues. Au pire, ces fidèles ne diraient rien. Au mieux, cela passerait inaperçu.

Par contre, je crois que John the Wolf était sensible à la répulsion qu'auraient éprouvé certains croyants musulmans du Québec en apprenant que le chanteur dépeignait le Prophète en véritable débauché dans sa toune. Et que c'est pour cette raison qu'il a fait sortir Allah?

Il faut se rappeler que Jean Leclerc, de son vrai nom, a grandi en Algérie, un pays musulman. D'ailleurs, il le dit lui même dans sa chanson I lost my baby (..."un chanteur populaire. Grandi en Algérie, assez fucké merci"...). Je vous réfère également à sa chanson Alger où il chante en arabe : Allah ya baba, Allah ya baba. Mes amis arabes m'informent que cela pourrait se traduire en français comme voulant dire : Allah, oh mon père. Vous trouverez les paroles ici.

Évidemment, je spécule comme le ferait un professeur de littérature à titre posthume au sujet de l'oeuvre d'un grand musicien et auteur. Pour en avoir le coeur net, il faudrait bien le demander à Jean Leloup en personne, puisque, Dieu merci, il est encore des nôtres.

Mais d'ici là, je vous l'avais bien dit que Jean Leloup est un grand sage