René Villemure

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De "Big Brother" à "Big Mother"

Publication: 25/02/2012 00:24

Plus on lit, moins on imite
- Jules Renard

Les réseaux sociaux sont-ils des outils de divertissement? De travail? De réseautage?

Contrairement à la croyance populaire qui voit en les médias sociaux une manière de s'amuser ou de créer certains liens d'affaire, je crois sage de proposer de faire porter le regard un peu plus loin et d'anticiper les impacts puis les conséquences de l'usage, parfois pervers, de ces outils qui peuvent être, avant tout, de formidables outils de surveillance...

En affaire de médias sociaux, il importe de savoir que chacun de nos gestes sur le Web peut dorénavant être retracé, il suffit d'y mettre le moyen. En 2011, le Web représente la traçabilité universelle, l'omnimémorisation de tout ce qui est consulté ou mis en ligne.

Avec cette capacité de traçabilité universelle Internet en général, combiné à l'usage des médias sociaux, a d'ores et déjà rendu obsolète le concept de vie privée tel que nous le connaissons.

Durant plusieurs années, des groupes de citoyens ont milité pour obtenir un « droit à la vie privée » et, curieusement, depuis l'avènement des médias sociaux, il semble que nous renoncions, souvent volontairement, à ce droit si chèrement acquis. Qu'est devenue la vie privée? Un souvenir, un vague souvenir...

Pour les sociétés commerciales, chacun de vos gestes sur les médias sociaux est devenu un renseignement; au sens de la justice, vos tweets et vos posts pourront bientôt être considérés comme étant des aveux.

On a longtemps eu peur de Big Brother qui surveillait tout, avec les médias sociaux, nous faisons maintenant face à Big Mother, celle qui garde tout en mémoire...

Dans l'esprit d'Andy Warhol, les médias sociaux permettent à tous d'avoir leur 15 minutes de gloire mais, posons la question: ces 15 minutes pourraient-elle aussi être vos 15 minutes de honte?

En partageant vos états d'âme sur le Web, rappelez-vous que si la notoriété c'est d'être connu, la réputation, c'est d'être reconnu et qu'à titre de membre d'un conseil d'administration ou de dirigeant de société, vous devez vous préoccuper avant tout de votre réputation plutôt que de votre notoriété d'Homo Twittus qui ne saurait passer dix minutes sans être en « contact » avec ses « amis »...

La différence entre la réputation et la notoriété s'illustre par l'incontournable durée nécessaire à la construction de la réputation versus l'instantanéité ou la spontanéité offerte, par exemple, par les médias sociaux.

La réputation implique une réflexion, une construction, alors que la notoriété est parfois simplement affaire de retweet; la réputation nécessite une profondeur alors que la notoriété se satisfait de la surface. Au fond, on arrive assez rapidement à la différence entre la crédibilité et la popularité. Hubert Reeves est crédible, sa réputation a été construite au fil du temps et repose sur un socle solide; un quelconque usager de Twitter peut être populaire, réalisons cependant que sa popularité repose généralement sur bien peu de choses...

Ceci étant dit, il ne faudrait pas être qu'alarmiste et rejeter d'un revers de la main les médias sociaux.

Comprenons plutôt ce ne sont pas les médias sociaux qui sont dangereux, pervers ou non-éthique, c'est plutôt l'utilisation faite par certains qui défie le bon sens...

Que penser alors des médias sociaux?

Rappelez-vous que tout ce que vous y inscrivez pourrait être rendu public. Puis, repensez-y une autre fois avant de cliquer « partager ».

 

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