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Une politique de relation publique!

27/06/2017 10:45 EDT | Actualisé 27/06/2017 10:46 EDT

Le 21 juin, le ministre Proulx annonçait sa nouvelle politique de la réussite éducative: le plaisir d'apprendre, la chance de réussir. Mais justement, réussir n'est pas dû à la chance et le gouvernement a la responsabilité de mettre en place les conditions pour que chacun puisse réussir. Dans ce sens, cette nouvelle politique reste silencieuse sur deux aspects importants qui demandent une intervention du ministère.

En 2008, Jacques Parizeau lançait un cri d'alarme. «Le gâchis scolaire, le taux de diplomation après cinq ans des garçons anglophones est presque deux fois plus élevé que celui des garçons francophones. Après sept ans, plus de la moitié des garçons francophones n'ont toujours pas de diplôme, contre à peine plus de 20 % des élèves anglophones». Selon les plus récentes données du ministère, en 2014-2015, le taux de diplomation en un temps normal de cinq ans était de 68,2 % chez les francophones et de 76,8 % chez les anglophones. À la commission scolaire de Montréal, seulement 46,7 % des garçons et 60,4 % des filles avaient leur diplomation après cinq ans pour une moyenne de 53,5 %. Les commissions scolaires anglophones de Montréal atteignaient des taux de 80%.

Pourtant, la politique de la réussite éducative ne traite pas de ce sujet, mais souligne par contre que les principes d'équité et d'égalité des chances exigent de prendre en considération les écarts de réussite observés entre différents groupes d'élèves et de prendre les moyens pour les réduire le plus possible. Le ministère doit fournir une analyse et des réponses à cette situation discriminatoire. La situation semble s'améliorer, mais on peut s'interroger sur la réussite à tout prix qui nous a amenés à rabaisser le niveau, à gonfler les notes et à modifier le calcul du taux de diplomation, entraînant un taux d'analphabètes fonctionnels de plus de 50 %. Beaucoup de chemin reste à faire puisqu'un écart persiste toujours entre anglophones et francophones, particulièrement à Montréal ! Les francophones accusent un retard important qui est dilué dans les moyennes et balayé sous le tapis.

Le ministère calcule le taux de diplomation sur sept ans au lieu de cinq, ce qui augmente le taux à 78,4 % pour les francophones et à 84,6 % pour les anglophones. Depuis 2007-2008, l'arrivée de nouveaux types de qualifications (CFMS, CFPT), qui n'exigent pas la réussite du secondaire cinq, est venue également augmenter le taux de diplomation d'environ 4 %. Avant on se basait sur la réussite du diplôme d'études secondaires (DES) et du diplôme d'études professionnel (DEP).

L'autre aspect passé sous silence, c'est l'existence d'un réseau privé financé par l'État. Pourtant, le conseil supérieur de l'éducation, dans son rapport sur la consultation de la réussite éducative, parlait du réseau québécois comme le plus inéquitable au Canada, étant à risque d'un point de rupture.

Le taux de diplomation, pour 2014-2015 sur cinq ans, était de 63,6 % au réseau public (74,9 % sur sept ans) et de 87,1 % pour le réseau privé (93,3 % sur sept ans). L'objectif phare du gouvernement est que 85 % des élèves aient un premier diplôme (DES et DEP), d'ici 2030, sur une base de sept ans pour l'obtenir. Ironiquement, cette cible est déjà atteinte par les écoles privées, en cinq ans ! Par contre, pour les écoles francophones du réseau public la cible à atteindre prend une toute autre dimension. En ne tenant pas compte de ces différences, le ministère risque de rater ses cibles et de sacrifier une autre génération d'ici 2030.

Si tu vas au privé, tu as plus de chance de réussir.

Curieusement, personne ne veut privatiser la santé et avoir un système à deux vitesses, mais en éducation c'est le genre de système que nous avons. Si tu vas au privé, tu as plus de chance de réussir. Pourtant le ministère n'en souffle mot, si ce n'est d'encourager les écoles privées à accepter plus d'élèves en difficulté. Il ne remet pas en question ce système basé sur la sélection. Pourtant, dans son énoncé de la politique, le ministère souligne, le fait pour un enfant ou un élève d'entretenir des interactions sociales harmonieuses avec ses pairs et les adultes autour de lui contribue à sa réussite. En fréquentant des camarades motivés par l'école, l'élève a de grandes chances d'adopter la même attitude à l'égard de ses études. Mais, le gouvernement continue de protéger une classe déjà privilégiée en lui réservant les conditions idéales de réussite. L'élite et la bourgeoisie de demain ne doivent pas être mélangées à la populace. Le ministère encourage ce réseau à vider les écoles publiques des meilleurs élèves et concentre les élèves en difficulté dans les classes régulières du réseau public, d'où les différences observées au niveau de la réussite. Si le ministre veut la réussite pour tous, il ne peut pas encourager cette discrimination et cette injustice sociale.

Finalement, le ministère appelle à la mobilisation générale : La publication de la Politique de la réussite éducative ne constitue pas la fin d'une démarche, mais bien le début d'une étape, soit celle d'une mobilisation générale vers la réussite éducative de toutes et de tous et vers la construction de l'école de demain. Alors, pourquoi faire connaître sa politique à la fermeture de l'Assemblée nationale, évitant toute question de l'opposition, et alors que les écoles sont à la veille de fermer leurs portes pour les vacances estivales ? C'est bien mal entreprendre un grand chantier de société. La stratégie politique semble plus importante que l'intention. Le gouvernement veut contrôler le message et faire une campagne de relation publique pour vendre sa politique !

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