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Stratégie ou incompétence?

17/12/2014 09:25 EST | Actualisé 16/02/2015 05:12 EST

Rarement a-t-on vu un ministre aussi déconnecté du ministère dont il a la responsabilité. Dès son entrée en fonction, il déclarait qu'il n'y aurait pas un enfant qui allait mourir de ça, en parlant des coupures de livre dans les bibliothèques. Par la suite, c'était l'examen de français obligatoire au collégial qui était remis en question. Maintenant, on jongle avec la restructuration des commissions scolaires et tous les jours on entend de nouvelles rumeurs.

Le milieu de l'éducation n'a pas besoin présentement d'une réforme de structure qui demandera temps et énergie pendant des années. L'argument économique ne tient pas la route. La dernière fusion, en 1998, qui devait économiser 100 millions en aurait coûté 40 millions de plus l'année suivante! La mauvaise gestion ne peut pas être également la raison. À la suite du rapport de la firme PricewaterhouseCoopers, la CSDM s'est engagée dans un plan de redressement depuis deux ans et subit un contrôle serré du gouvernement. Les pratiques de gestion sont en train de changer.

Dans ce même rapport, on signalait un sous-financement de 14,6 millions de la CSDM, dont le gouvernement est responsable. L'école montréalaise a besoin d'investissements et non de coupures. L'âge moyen du parc immobilier est de 70 ans, l'un des plus vieux de la province. Un rattrapage d'un milliard sera nécessaire dans les prochains 10 ans pour rénover ses immeubles. Des écoles ont été fermées pour cause de décontamination et même démolies. Si on regarde la carte d'indice de défavorisation à Montréal, la CSDM est frappée de plein fouet, jugée comme la commission scolaire qui dessert la clientèle la plus pauvre au Québec. Cette restructuration du ministre risque de finir d'étouffer complètement la CSDM, en l'amputant des secteurs plus riches. Le ministre semble avoir une méconnaissance totale de l'école publique montréalaise et des besoins actuels.

Cette restructuration précipitée et improvisée doit cesser maintenant. Les parents, les élèves, les enseignants et tous les personnels ont besoin d'être rassurés sur l'avenir du réseau. Depuis des années, nous travaillons à développer des projets fantastiques et nous voulons avoir les moyens de poursuivre leur développement. Tout ce que cette réforme arrivera à faire c'est de complètement déstabiliser l'école publique et de décourager le personnel. Devant cette insécurité et cet empêtrement administratif, encore plus de parents se tourneront vers le privé, menaçant nos projets construits au fil des ans. Le ministre croit jouer une partie de Risk avec les commissions scolaires où il peut redécouper les cartes à sa guise. Comme le souligne le dernier rapport du vérificateur général, le ministre devrait s'atteler à régler le fouillis qui règne au MELS au sujet de la lutte au décrochage.

Il serait tentant d'y voir seulement l'incompétence du ministre pour expliquer ses frasques. Mais, n'est-ce pas également le témoignage du mépris de ce gouvernement envers l'école publique? Ces décisions ne nous démontrent-elles pas un gouvernement qui fait passer ses intérêts politiques avant ceux de l'éducation? L'arrogance et la légèreté avec laquelle cette restructuration est faite nous montrent un gouvernement insensible aux préoccupations du milieu.

Les enseignants sont les premiers sur la ligne de front et le ministre devrait tenir compte de notre expertise au lieu de nous ignorer et de laisse planer des menaces sur nos écoles. L'enjeu véritable est la défense de l'école publique. On ne peut pas rester muet devant ce saccage!

René Nault, enseignant depuis 20 ans à la CSDM, présentement à l'école Joseph-François-Perrault

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