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Parlement Jeunesse du Québec, un Québec ailleurs

05/01/2014 05:51 EST | Actualisé 07/03/2014 05:12 EST

J'entre par la grande porte, sur les dalles du Hilton de Québec où la neige se liquéfie en flaques. On sent le lendemain de fête aux visages des réceptionnistes, les crissements de roue des porte-bagages leur font tressauter les bajoues.

Ils sont déjà là, les Pjquistes, assemblés pour se connaître et débattre des textes soumis à leur jugement. On s'enlace, on se retrouve; il neige comme dans les films d'ados. Mais les films personne ne s'en fait, tout ceci n'est que provisoire. Attendez un peu de nous voir sous les voûtes du Salon Bleu, à s'écharper non sans tact sur des projets de loi futuristes.

La force du Parlement Jeunesse du Québec, c'est la non-partisannerie. Les titres que l'on nous donne ne sont que des marques d'ancienneté. Je l'ai compris l'année dernière -il m'aura fallu cinq jours-, que les discours véhéments ne convainquaient personne, et que c'est sans idéologie à laquelle se tenir que l'on repoussait les bornes de la réflexion et de l'intelligence. La certitude ici, étant tout ce que l'on déteste, en m'asseyant à nouveau dans les fauteuils de la Chambre je me félicite de revenir de si loin.

Le premier projet de loi vise à la représentativité des femmes sur le marché du travail. L'année dernière déjà, la ministre responsable était porte-parole de l'opposition sur le projet de Gestation pour autrui, et son féminisme rayonnait en sourdine. « On est dans un pommier, on attend qu'il nous fasse des pêches », assène-t-elle, ses yeux noirs buvant la scène. Elle demande à ce que les femmes, de l'embauche dans l'entreprise aux conseils d'administration, en passant par la grille salariale, soient promues par des quotas. C'était à parier, il n'en fallait pas plus pour réveiller les démons de l'infantilisation, du syndrome de l'imposteur et de la stigmatisation de la différence. Mais n'est-ce pas le tissu social lui-même qui donne aux femmes l'incapacité à croire en ce qu'elles veulent être? C'est le glaive de la ministre et elle ne se laissera pas faire. Son projet sera le seul à passer l'obstacle du vote.

Le ministre de la Santé défend un texte visant à banquer votre ADN dans une technostructure chargée d'analyser les risques de maladie. Le but est de les prévenir le plus tôt possible afin de minimiser le coût pour la société des personnes concernées. Pour faire affluer les bonnes gens, une palanquée d'avantages, au premier rang desquels la RAMQ gratuite. Les réfractaires, s'ils en ont les moyens paieront une assurance privée pour lesdites maladies, et perdront leur priorité d'accès aux soins dans le service public face aux donneurs d'ADN. Certes, les gènes collectés sont sécurisés comme un trésor de galion coulé au fond de la mer, mais rien pour les députés ne sera jamais suffisant. Créer deux catégories de citoyens, s'obséder de la quête de la vie éternelle, briser le principe d'universalité de l'assurance maladie... Au moins, l'audace et le modernisme de la proposition seront reconnus par la Chambre.

Il y aura eu débat dans mon for intérieur, de savoir qui, du projet de la ministre de la Sécurité publique ou des rixes de bar dont elle fait mention dans ses discours, aura été le plus violent. Brave et idéologiquement louable, la loi que l'on nous demande de voter compte interdire toutes les formes de violence physique. Oubliant cependant la musique et la littérature, il légifère sur les sports de contact (soccer, hockey, arts martiaux... à moins que les gens ne s'y touchent plus!), les films et vidéos violentes, et interdit à tout citoyen de posséder une arme à feu. L'ambition est sociétale, c'est l'idée que la représentation de la violence conduit à la violence, et que la supprimer permettrait de l'éradiquer pour de bon. Du gâteau de Noël pour le critique de l'opposition, musicien du verbe, qui aura tôt fait de conforter derrière lui l'ensemble de la députation. Impeccable de droiture (walkyrie dans bocal à requins!), la ministre aura pris la défaite sans ne rien concéder sur le fond.

Enfin, la réforme de l'immigration économique est portée par un latino à l'accent roucoulant (je peux me permettre de le dire, l'étant moi aussi). Martelant les mots d'intégration et de régionalisme, il compte permettre une immigration choisie par les employeurs, en offrant un traitement favorable aux régions extérieures à Montréal. Las, ces intentions portées par des batteries de statistiques se heurteront au risque du mercantilisme de l'immigration ou encore de l'oubli de la demande nationale de travail. Quelques bonnes interventions vantant le bienfait du brassage des cultures seront passées inaperçues, et le texte, par raz-de-marée, renvoyé aux oubliettes. Il me reste en bon souvenir la voix savoureuse et la joie de vivre exaltée du ministre porteur du projet. Dude, ton futur est doré, tu remplirais des stades de foot en lisant le règlement de l'Assemblée.

À demi ivre de mes certitudes bousculées, largué dans mon siège où mon corps s'avachit de fatigue, je réalise que je suis là pour changer. Face à vingt opinions différentes, la mienne ne sera jamais forcément la bonne! Ici, on ne parle pas pour une étiquette, on ne défend par une institution, chacun est là pour livrer le fond de son cœur. J'apprends le respect et l'humilité, la nuance et la profondeur. L'âme d'un oui, du non, la poésie de l'abstention.

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