René Audet

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Les emplois verts pâles et verts foncés

Publication: 10/08/2012 17:12

La campagne électorale promet d'être captivante pour qui s'intéresse aux enjeux environnementaux. Après une première semaine, c'est sous l'angle des emplois verts que la question écologique a été posée.

Alors que Jean Charest promettait jeudi dernier la création de 50 000 emplois verts dans un prochain mandat, Québec Solidaire affirmait hier en attendre 166 000 de la mise en œuvre de son Plan vert pour l'économie.

Mais au-delà des différences de chiffres, la question qui se pose est la suivante: qu'est-ce qu'un emploi vert?

La notion d'emploi vert est loin d'être évidente. Elle est néanmoins largement utilisée dans le discours politique. Par exemple, la déclaration du Sommet de Rio de juin dernier associe les emplois verts à ceux qu'engendrera une transition vers « l'économie verte », c'est-à-dire moins vorace en ressources naturelles et en combustible fossile.

En outre, des organisations comme l'Agence internationale de l'énergie, le Programme des Nations Unies pour l'environnement et l'OCDE reconnaissent qu'un véritable développement du «marché de l'emploi vert» ne pourra advenir que dans le cadre du déploiement de mesures gouvernementales incitant l'industrie à investir dans les secteurs ciblés : énergie propre, transport collectif, technologie « verte », etc.

Alors qu'en est-il des promesses électorales des libéraux et des solidaires?

Québec solidaire prévoit la création d'emplois verts dans la foulée de la transition énergétique qui permettrait au Québec de s'affranchir de la dépendance au pétrole. En outre, le secteur des transports collectifs serait priorisé afin de réaliser cet engagement.

Sommes-nous là dans la logique de l'économie verte? En fait, Québec solidaire propose une vision beaucoup plus forte de la transition écologique à accomplir. La redevance sur l'eau, si elle constitue sans doute une forme d'incitatif à réduire le gaspillage, ne constitue pas un incitatif à stimuler l'investissement privé dans les technologies à faible émission de carbone. On comprend au contraire que la redevance sera collectée par l'État et réinvestit dans le développement des infrastructures de transport.

Ainsi, affirme QS sur son site, « La vision économique solidaire vise à mettre fin à la culture de subventions massives aux grandes entreprises privées ». La création d'incitatifs financiers pour l'investissement vert, on le devine, n'est donc pas à l'ordre du jour.

Remarquons également l'objectif global du plan, qui va plus loin que la simple réduction des émissions de gaz à effet de serre. S'affranchir du pétrole - faut-il le souligner - est un objectif nettement plus ambitieux en termes économique et écologique. Face à l'acuité de la crise écologique, il s'agit clairement d'un objectif désirable. Il sera toutefois à n'en point douter créateur de conflit avec les puissances économiques.

Du côté libéral, la philosophie est évidemment toute autre. On ne connaît à peu près aucun détail sur la nature des 50 000 emplois verts promis en deuxième journée de campagne puisque le terme n'apparaît pas dans le document Pour le plein emploi (disponible sur le site du PLQ). On peut donc supposer que ces emplois sont liés à la mise en œuvre du Plan Nord.

Puisque les libéraux se plaisent à qualifier le Plan Nord d'un des « plus grands projets de développement durable au monde », il ne serait pas étonnant qu'ils lui attribuent la création « d'emplois verts ». Mais cela soulève un certain nombre de questions que la plateforme libérale évite d'aborder.

Les emplois liés au développement de l'énergie hydroélectrique sont-ils considérés comme « verts »? L'exploitation forestière - fut-elle agrémentée de l'étiquette « durable » - est-elle productrice d'emplois verts? Et qu'en est-il des emplois du secteur miniers?

En fait, pour revenir à la définition corollaire à l'idée d'économie verte, les emplois liés au développement des ressources naturelles peuvent difficilement se qualifier comme des emplois verts. Certains d'entre eux, au contraire, seront des « emplois bruns ».

La plateforme libérale se rapproche peut-être davantage de la définition acceptée d'économie verte lorsqu'elle affirme que le Québec évolue « vers une économie sans carbone ». Mais le manque de détail est ici encore déplorable.

Ainsi va le discours politique sur l'environnement, au Québec comme dans le monde. Alors que des notions comme l'économie verte et les emplois verts sont désormais admis dans les plateformes électorales et dans les déclarations internationales, l'électeur citoyen devra lui-même faire la différence entre le vert pâle et le vert foncé.

 
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