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Un nouveau départ pour la France

Le pouvoir politique que détient Macron pour le moment représente une capacité de concrétiser ses promesses de transformer le pays. 

03/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 03/08/2017 11:12 EDT
Christian Hartmann / Reuters
C’est un grand changement: jamais au cours de mon existence je n’ai constaté de bouleversement aussi important sur la scène politique de ma mère patrie.     

Lors des élections parlementaires françaises de juin dernier, le parti de l'actuel président Emmanuel Macron a remporté 350 des 577 sièges de l'Assemblée nationale, une des deux chambres du Parlement. Macron fut élu chef d'État en mai, à 39 ans, sécurisant ainsi la victoire de son parti, La République En Marche! (LREM), qui n'a vu jour qu'en avril 2016. Ces deux élections furent sans précédent, et constituèrent un revers historique pour les partis traditionnels de droite et gauche, qui jouissaient d'un duopole sur le pouvoir depuis 60 ans. C'est un grand changement: jamais au cours de mon existence je n'ai constaté de bouleversement aussi important sur la scène politique de ma mère patrie.

Les résultats des élections législatives ont vu le Parti socialiste obtenir seulement 7.8% des sièges de députés, ce que beaucoup attribuent aux déboires de François Hollande, locataire de l'Élysée juste avant Macron. Les républicains (la droite conservatrice) ont obtenu 24%, après avoir été largement pressentis pour gagner il y a quelques semaines. Et même s'il n'est pas considéré comme étant un «parti traditionnel», le Front national d'extrême droite est passé du statut de finaliste et prétendant sérieux à l'Élysée à un parti recevant seulement 8 sièges de députés –soit 1.4% du vote.

Centriste et «pro-business», Macron, qui est arrivé au palais présidentiel en surfant sur une vague de popularité, s'assoit dorénavant sur une majorité de taille à l'Assemblée nationale. Son camp, composé de nombreux débutants en politique, ainsi que de femmes et de personnes issues de la diversité, est donc en position de réformer un pays révolté contre le statu quo.

L'enthousiasme a récemment grandi pour une nation faisant face depuis longtemps à un taux de chômage élevé, et ce même pour les plus formés ou diplômés. De nombreux Français, en France comme à l'étranger, sentent que leur pays a peut-être enfin une chance d'évoluer.

Le pouvoir politique que détient Macron pour le moment représente une capacité de concrétiser ses promesses de transformer le pays.

Le pouvoir politique que détient Macron pour le moment représente une capacité de concrétiser ses promesses de transformer le pays. Même si Les républicains peuvent représenter la plus forte opposition à son programme, l'étendue des idées de LREM, souvent empruntées de droite et de gauche, devrait permettre à ce parti de rester au-dessus de toute opposition concentrée à l'Assemblée. En d'autres termes, il n'y a pas d'opposition marquée à ce jour.

Les victoires de LREM sont aussi très positives pour le projet européen : Macron cherche à renforcer l'Union européenne, et son programme a calmé les craintes provoquées par les mouvements nationalistes en Europe et en Amérique du Nord, à l'instar du Brexit ou de l'élection de Donald Trump.

Néanmoins, la France devra surmonter des obstacles de taille afin de pouvoir évoluer. Malgré sa victoire, le taux d'absentéisme record des élections parlementaires (56%) peut être interprété comme un manque de support de certains milieux sociaux économiques français. De plus, les députés LREM ont souvent une expérience politique limitée ou nulle, alors qu'ils cherchent à réformer le point même du droit français le plus délicat : le marché du travail. Les grèves et les manifestations ont souvent été les forces politiques ultimes, et seront ce que Macron devra affronter à la rentrée, à priori, car il va s'opposer aux syndicats de travailleurs, très puissants.

Macron a adopté une approche au pouvoir présidentiel qu'il décrit comme «jupitérienne», c'est-à-dire faisant preuve d'autorité, comme lorsqu'il a récemment poussé le plus haut gradé militaire à démissionner, après un désaccord sur le budget des armées. Il a même organisé des réunions au Château de Versailles ainsi que des défilés militaires – peu communs par le passé. D'ici septembre, cette approche doit faire preuve de tact, d'altruisme et d'élégance: il va sans dire que le style jupitérien est en opposition directe avec la culture des leaders des syndicats comme Force ouvrière.

La France n'est pas le seul pays du monde occidental à suivre un pouvoir novice. Aux États-Unis, le président est un outsider des milieux politiques. Comme Macron, Trump (qui fut de passage à Paris pour célébrer le 14 juillet aux côtés du président français) est un candidat que peu prédirent vainqueur, ayant fait campagne à travers une plateforme non traditionnelle, avec un petit budget et à l'aide de moyens technologiques importants (médias sociaux principalement). Son élection, comme celle de Macron, fut un choc pour «l'establishment».

Une fois élu, Macron a toutefois permis à son équipe d'évoluer plus que celle de Trump, car il nomma plusieurs personnalités politiques connues à des postes de ministres. Simultanément, il donna sa chance à de jeunes ambitieux n'ayant pas d'expérience en politique, incorporant à son cabinet, par exemple, des personnalités du secteur privé. Donald Trump, pour sa part, semble avoir préféré limiter son cercle rapproché à sa famille et ses anciens associés en affaires, à quelques exceptions près.

Macron l'érudit est l'antithèse du bagarreur Trump. Alors que Trump détient le plus de pouvoir dans le monde occidental, Macron en est l'un des présidents les plus populaires. De plus, Angela Merkel est contestée en Allemagne pour ses positions sur l'Union européenne. De ce fait, Macron est en passe de devenir la voix la plus écoutée d'Europe.

Il se peut qu'il devienne même un personnage historique clef : l'économie française commence à faire preuve de regain, son prédécesseur François Hollande laisse un bilan facile à surpasser (il était tombé à 4% de popularité lors de son quinquennat) et fort de son pouvoir politique du moment, il pourrait bien réussir à réformer l'Hexagone. La France peut-elle devenir le «golden boy» de l'Europe? L'optimisme est de rigueur, et Macron a les cartes en mains «to Make France Great Again» !

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