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L’écriture inclusive, fausse solution à l’iniquité des sexes

Agir sur l'écriture pour combattre l'iniquité entre femmes-hommes est comme cacher les fuites d'eau en peinturant des traces d'humidité.

03/11/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Plusieurs problèmes apparaissent avec cette écriture inclusive.

Depuis quelques semaines, un débat est réapparu surtout en France concernant l'écriture inclusive. Faut-il l'adopter ou non ? Les avis divergent. Mais avant, rappelons-nous en quoi consiste cette écriture inclusive.

Selon le site français, www.ecritureinclusive.fr, celle-ci désigne le fait d'amener vers une égalité de représentations entre les hommes et les femmes par l'entremise de l'écriture. Pour cela, trois principes sont existants : accorder les fonctions, les métiers en fonction du genre ; supprimer le fait que le masculin l'emporter sur le féminin (règle de grammaire très connue) et ne plus employer le mot « homme » ou « femme » dans des termes qui peuvent être remplacé par un mot plus neutre, comme « humain ». Je vous invite à visiter le site internet afin de prendre connaissance de cette idée.

Concrètement, dans le domaine de l'écriture, cela signifierait de noter les différentes possibilités d'écriture en fonction du contexte. Prenons quelques exemples afin de rendre cela plus concret :

SingulierPluriel
administratif.veadministratif.ve.s
sportif.vesportif.ve.s
acteur.riceacteur.rice.s
administrateur.riceadministrateur.rice.s

Le principe sur lequel repose cette écriture inclusive est l'égalité entre les femmes et les hommes, je devrais d'ailleurs dire des humains (puisque nous ne devrions plus employer les termes de femmes et hommes selon cette écriture). Il s'agit ainsi d'utiliser le langage comme étant un levier, un outil de changement des mentalités. Rappelez-vous que ce débat avait eu lieu également avec le terme « race » dans le dictionnaire. Certains voulaient le voir disparaître afin de diminuer le racisme. L'idée est de retirer un mot du vocabulaire pour changer les mentalités, l'éducation et les idées des personnes. Est-ce efficace ? Les mots peuvent-ils vraiment changer les mentalités à eux seuls ? Laissez-moi en douter sérieusement.

Plusieurs problèmes apparaissent avec cette écriture inclusive.

Le premier est celui de la complexification de l'écriture. En effet, imaginez la mise en pratique de cette écriture dans des livres. Comment lire ce genre de texte ? Quelle durée pour l'édition de ces livres ? Nous savons, aujourd'hui, que la lecture reste encore un problème majeur présent chez nos enfants. L'écriture est de plus en plus mauvaise chez eux également. Depuis des années, la grammaire et l'orthographe française sont catégorisées comme complexe. Si nous mettons en place l'écriture inclusive, ne serait-ce pas encore plus complexe d'écrire ?

Est-ce une solution aux discriminations sexuelles ? Est-ce une solution à un problème d'éducation ? Non, j'en doute.

En second lieu, sous principe d'égalité entre les hommes et les femmes, il faudrait adopter cette écriture afin de changer les mentalités, de modifier les perceptions et les représentations. Un égalitarisme de l'écriture permettrait ainsi une meilleure égalité entre les sexes. Est-ce une solution aux discriminations sexuelles ? Est-ce une solution à un problème d'éducation ? Non, j'en doute. Ce n'est pas en supprimant des règles de grammaire que les gens changeront leurs visions de la vie. Encore faudrait-il s'entendre sur le mot « égalité ». En effet, sommes-nous égaux ? Ne faudrait-il pas parler d'équité ?

Face à cette demande d'instaurer l'écriture inclusive partout dans le monde scolaire et dans la vie, il existe des réfractaires comme, par exemple, l'Académie française (y voyant une illisibilité de la langue française), d'intellectuels (Raphaël Einthoven parle d'égalitarisme, Michel Onfray parle de féminisme mondain et superficiel) ou encore du ministre de l'Éducation française, Jean-Michel Blanquer (complexification de la langue et des apprentissages).

Nous devrions peut-être repenser la règle de grammaire disant que le masculin l'emporte sur le féminin, pourquoi pas.

À titre personnel, je dois dire que je suis plutôt défavorable à l'idée d'adopter l'écriture inclusive. Attention, je ne dis pas que des métiers doivent être féminisés, ce que je trouve normal (exemple : auteur/e, professeur/e, etc.). Cela ne dérange aucunement. Cependant, je ne vois pas l'utilité de mettre tous les mots d'une phrase avec des points afin de montrer les différentes possibilités. Nous devrions peut-être repenser la règle de grammaire disant que le masculin l'emporte sur le féminin, pourquoi pas. Nous pourrions en discuter et voir des options. Mais ne compliquons pas l'écriture et la lecture de tous. En ce sens, je rejoins les réfractaires à l'écriture inclusive.

De même, je ne crois pas que l'écriture aura pour effet d'établir une équité entre les femmes et les hommes. Des combats sont encore à mener contre les différences salariales des femmes et des hommes, les harcèlements, les chantages professionnels, et tout autres droits. Le combat doit se faire au niveau de l'éducation, de la volonté politique, de prises d'initiatives légales et contraignantes. L'écriture n'est que le fruit d'une pensée. Agir sur l'écriture pour combattre l'iniquité entre femmes-hommes est comme cacher les fuites d'eau en peinturant des traces d'humidité. Il faut attaquer le nœud du problème, non l'apparence.

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