Rafael Jacob

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Le vote latino - et l'exagération de son importance

Publication: 4/03/2012 21:49

Dans son plus récent numéro, le magazine Time titre : «Pourquoi les électeurs latinos vont déterminer l'issue de l'élection de 2012». Le problème central de cette idée n'est pas uniquement qu'elle n'a rien d'original - elle est répétée dans plusieurs cercles médiatiques depuis des années - mais plutôt qu'elle est essentiellement fausse.

La croyance en un rôle déterminant de l'électorat latino aux États-Unis s'ancre dans un raisonnement démographique : non seulement la population d'origine hispanique croît depuis des décennies, mais sa proportion par rapport à l'ensemble de la population américaine en fait autant. Au cours des 30 dernières années, cette proportion est passée d'environ 6% à 16% - et plusieurs s'attendent que ce nombre continue à augmenter au fil des ans. Certains estiment que l'impact électoral de cette croissance s'avérera décisif dès 2012.

Seulement, au final ce ne sont pas les résidents ou même les citoyens qui déterminent l'issue d'une élection - mais bien les électeurs. Et la proportion d'électeurs latinos à l'échelle nationale lors des scrutins de 2004, 2006, 2008 et 2010 est demeurée constante... à 8%. Deux de ces élections (2006 et 2008) ont été remportées par les Démocrates; deux (2004 et 2010) l'ont été par les Républicains. Aucun indicateur solide ne laisse présager une hausse vertigineuse de ce pourcentage en 2012.

Dans un second temps, l'électorat hispanique se trouve hautement concentré dans une poignée d'États : la Californie, le Nevada, l'Arizona, l'Utah, le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Texas et la Floride. Bien sûr, cela augmente ses chances d'avoir un impact plus prononcé dans ces États. Le problème est que cet impact est insuffisant en soi pour faire pencher la balance nationale d'un côté ou de l'autre.

Écartons d'emblée la Californie, l'Arizona, l'Utah et le Texas : ils sont probablement soit trop profondément démocrates (Californie) ou républicains (Arizona, Utah et Texas) pour constituer des champs de bataille sérieux lors de l'élection générale. Par ailleurs, même si la Floride figure sur la liste des États comportant les plus grandes proportions de Latinos, elle se différencie fondamentalement du reste de cette liste de par la nature de ses Latinos. Plutôt que d'être de descendance mexicaine, ils sont majoritairement de descendance cubano-américaine; et plutôt que de généralement voter pour des candidats démocrates, ils sont plus fermement rangés dans le camp républicain.

Reste alors trois États : le Colorado, le Nevada et le Nouveau-Mexique, tous trois ayant été remportés par George W. Bush en 2004, puis par Barack Obama en 2008. Ce trio fournira un grand total de 20 grands électeurs en 2012... sur un minimum de 270 nécessaires pour l'emporter. Or, la Pennsylvanie, exemple d'un État-clé où le vote latino risque d'être négligeable, comporte à elle seule 20 grands électeurs. L'Ohio, 18.

Barack Obama pourrait prendre sa carte électorale victorieuse de 2008, y rayer le Colorado, le Nevada et le Nouveau-Mexique sans que cela ne lui coûte la Maison-Blanche. L'éventuel candidat républicain pourrait quant à lui prendre la carte électorale gagnante assemblée par Bush en 2004, y soustraire ces trois États, et se retrouverait également vainqueur.

Cela ne sert pas à dire que le vote latino ne sera pas convoité ou même important à certains égards cette année ou, particulièrement, dans les années à venir - mais plutôt à tempérer les ardeurs de plusieurs le voyant comme condition sine qua non pour tout aspirant à la présidence en 2012. L'électorat américain peut être divisé en de multiples factions - femmes, personnes âgées, membres de la classe ouvrière, banlieusards, etc. - s'avérant actuellement tout aussi sinon plus importantes électoralement. Faire porter l'issue entière du duel présidentiel sur les épaules de la communauté hispanique se fait à la fois réducteur et trompeur.

 

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