Rafael Jacob

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Rafael Jacob
 

Comment Obama devrait attaquer Romney

Publication: 21/06/2012 00:00

Avec un taux d'approbation populaire se maintenant sous la barre des 50% depuis plus de deux ans et un bilan politique difficile à vendre à l'électorat américain, la campagne de réélection de Barack Obama semble de toute évidence préférer tenter de disqualifier le candidat républicain, Mitt Romney. Cette approche suit un principe politique de base : éviter de voir le scrutin servir de référendum sur la performance du président sortant en rendant l'alternative inacceptable auprès de l'électorat. Sans être nécessairement garante de succès, la stratégie peut fonctionner, surtout lorsqu'il est question d'un candidat possédant des faiblesses et des vulnérabilités aussi importantes que Romney.

C'est au niveau tactique que le bas blesse actuellement pour la campagne démocrate. On a en effet pu voir cette dernière attaquer à tour de rôle la carrière de Romney à la tête de la firme Bain Capital, son bilan économique en tant que gouverneur du Massachusetts et sa plateforme électorale actuelle. Le stratège principal d'Obama, David Axelrod, a déclaré à l'émission d'affaires publiques Meet the Press que Romney était « vide » et sans valeurs profondes, ayant changé d'opinion sur plusieurs enjeux, avant de l'accuser plus tard d'être déconnecté et d'habiter « une autre planète ». Il y a à peine deux semaines, la démocrate Neera Tendan, présidente du Center for American Progress, profitait quant à elle de la tribune de Meet the Press pour taxer Romney de radicalisme et pour lui reprocher d'épouser des positions idéologiques à la droite de celles promues par l'ancien président George W. Bush. Puis, il y a quelques jours, le camp Obama a lancé une nouvelle publicité télévisée blâmant le Congrès à majorité républicaine pour les difficultés économiques que connaît le pays.

Le succès d'un message politique ne se résume toutefois pas à une multiplication de cibles et de lignes d'attaques multidirectionnelles. C'est en fait généralement précisément l'inverse : la clarté, la simplicité et la répétition tendent à l'emporter. Barack Obama se trouve dans une position idéale pour le savoir, ayant lui-même gravi les échelons les plus élevés de la politique américaine à une rapidité prodigieuse en s'appuyant sur des thèmes aussi sommaires et généraux que l'« espoir » et le « changement ». Le message offensif de sa campagne en 2008 contre son adversaire, John McCain, était également tout aussi facile à digérer et à retenir pour l'électeur moyen : un vote pour McCain égalait un troisième mandat de la présidence Bush. McCain-Bush, McCain-Bush. Ça a collé.

L'offre de conseils non sollicités à l'équipe du président étant facile et gratuite à prodiguer, en voici un de base : lorsque vient le temps d'attaquer Mitt Romney, il suffit essentiellement de suivre le manuel démocrate gagnant d'il y a quatre ans. S'en tenir à une ligne d'attaque générale, simple et évocatrice englobant les différentes objections plus spécifiques pouvant être formulées à l'endroit du porte-étendard républicain est clé.

Pour être plus précis, Obama devrait, s'il tient à s'en prendre à Romney, lui faire coller à la peau l'image d'un homme dépourvu de principes.

Ainsi, l'expérience professionnelle de Romney chez Bain ne prouve pas, contrairement à ce que prétendait dernièrement une publicité franchement absurde et factuellement erronée de la campagne Obama, qu'il est un « vampire économique ». Elle démontre tout simplement qu'au fil des achats et des reventes de compagnies, des démantèlements et des mises à pieds, Romney a froidement fait ce qu'il avait à faire pour remplir ses propres poches.

Le mandat de Romney en tant que gouverneur n'illustre pas ses problèmes de gestionnaire, contrairement à ce qu'a tenté d'arguer Axelrod dans un point de presse complètement raté à Boston au début du mois. Le bilan de Romney au Massachusetts, où il a notamment fait campagne en se disant être « progressiste » et où il a promulgué la loi ayant à plusieurs égards servi de modèle à la réforme nationale du système de santé d'Obama, montre plutôt comment Romney était - et est - prêt à dire et à faire n'importe quoi pour s'attirer les votes des électeurs qu'il courtise dans le moment, que ce soit dans un État ou à la grandeur de la nation.

Et si Mitt Romney brigue la Maison-Blanche cette année, ce n'est pas avec l'objectif, comme certaines déclarations du président l'impliquent, d'imposer un « darwinisme social » aux États-Unis. Ce n'est que pour atteindre ses aspirations personnelles les plus profondes, quitte à exploiter la souffrance économique actuellement vécue par les Américains et à leur dire, comme il l'a fait à maintes reprises au long sa carrière politique, ce qu'il faut pour obtenir leur appui une fois dans l'isoloir.

S'en prendre à Bain Capital comme compagnie générale ou, pire encore, au capital investissement comme industrie globale, a déjà donné lieu à des différents embarrassants pour les Démocrates, notamment lorsque l'ancien président Bill Clinton a publiquement dénoncé cette ligne d'attaque sur les ondes de CNN. Essayer de caricaturer Mitt Romney comme un radical dangereux et fanatique semble voué à l'échec pour la raison élémentaire qu'il est trop tiède - certains de ses critiques diraient même trop ennuyeux - pour que l'on y croit.

Prendre par contre une image que bien des électeurs ont déjà de Romney - celle d'un opportuniste souffrant d'un manque d'authenticité, d'empathie et de sincérité - et l'exploiter ad nauseum à un point où elle devient indissociable de l'aspirant républicain dans l'imaginaire collectif... voilà là un angle semblant plus prometteur.

Les opinions exprimées dans ce blogue sont strictement personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal.

 

Suivre Rafael Jacob sur Twitter: www.twitter.com/RafJacob

Suivre Le HuffPost Québec