Rachel Décoste

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La xénophobie qui déferle au QC et au ROC

Publication: 17/08/2012 18:47

Le Canada est un pays qui se félicite pour son inclusion de plusieurs races et ethnies, qui aime s'appuyer fièrement sur le pilier du multiculturalisme, et qui aime fêter ses communautés culturelles d'un océan à l'autre. Les bavures de cette semaine ont fait ressortir les profondes racines de préjugés qui datent des tous débuts de la Confédération, soit l'Acte de l'Exclusion Chinoise (1885), «l'Acte Natale» qui excluait les immigrants japonais (1900), et les regrettables lois qui bloquaient l'immigration selon la race - les Indous (1906) et les Nègres (1911), ou la religion - notamment les Juifs (1939).

Tout d'abord, la pub-annonce remarquablement monochromatique du parti provincial qui mène actuellement dans les sondages au Québec présente une marée de visages « de souche » -- on retrouve à peine la mosaïque culturelle d'une « nation ouverte sur le monde ». Une fraction de seconde expose le "gars noir", Maka Koto qui est bien caché derrière, dans le dernier rang, indétectable à l'œil nu. L'image blanchie à la chaux ne reflète pas ce que la société québécoise est véritablement, mais reflète plutôt le fantasme d'une quintessence xénophobe tant rêvée.

L'ingénierie sociale qui pollue la plate-forme du Parti Québécois rappelle la hiérarchie raciale favorisée en 1869 par le Ministre de l'Immigration Clifford Sifton, qui a utilisé des stéréotypes pour classer les immigrés Blancs de nationalité américaine, britannique, allemande, scandinave, et de l'Europe de l'Est au dessus des ethnies dites inférieures, telles que « les Européens du sud, les Noirs, et les Orientaux». Sifton les décourageait activement de venir au Canada. Le PQ, quand à lui, a établi une hiérarchie des langues (l'anglais étant celle inférieure), des ethnies (les Purelaine se trouvant au summum) et la religion (voilà que le catholisisme éclipse tout le reste, y compris à l'Assemblée nationale), dans le but de recoloniser leur nation. Le slogan, "à nous de choisir" pourrait se référer à l'achromatisation de la diversité plutôt que le choix à faire dans l'isoloir.

La tendance effrayante a été endossée haut et fort par le maire Jean Tremblay de Saguenay, QC, qui a verbalement giflé une citoyenne ayant 20 ans de participation active dans la société québécoise, la révoquant d'étrangère dont on est « même pas capable de prononcer le nom », suivie par l'approbation du Maire Yves Lévesque de Trois-Rivières. Soudainement, il y a deux catégories distinctes de citoyens: les Québécois et ceux qui ne sont pas de vrais Québécois ; ceux qui sont invités à participer dans le discours collectif, et ceux qui sont astreints de se taire ; ceux qui sont l'un de «nous», et ceux qui sont des «eux autres». Un petit pas de l'avant pour le nationalisme québécois, un géant recul pour le multiculturalisme et les valeurs qui étaient, autrefois, considérées nationales.

Le jupon a dépassé au ROC (« Rest of Canada ») vendredi quand il a été révélé que la Banque du Canada, la banque centrale de notre pays, a choisi d'extirper toute lueur de diversité du nouveau billet de cent dollar afin de s'incliner aux commentaires discriminatoires d'un groupe d'échantillonnage.

Un intervenant à Fredericton a commenté: "La personne semble être d'origine asiatique, ce qui ne représente pas le Canada. C'est très laid. "

On peut se demander si le Canada doit retourner la médaille olympique de Carol Huyhn à raison de son origine asiatique qui, selon certains esprits intolérants, ne représente pas le Canada. Que faire de l'ancienne GG Adrienne Clarkson, de l'écrivaine Kim Thúy, des sénatrices Vivian Poy et Yonah Kim-Martin, ou de la veuve de Jack Layton-- Olivia Chow? Soudainement, les 5 millions de minorités visibles du Canada sont jugées inappropriées pour représenter leur pays dans certains milieux. Cédant ainsi au racisme à peine voilé et au sectarisme, la Banque du Canada a remplacé les caractéristiques «trop asiatiques» par ce qu'ils appellent une «ethnicité neutre». Bien sûr, l'ethnicité neutre désigne une personne de race blanche, d'origine européenne. Naturellement, les Canadiens doivent s'attendre à ce que le «genre neutre» soit le sexe masculin, et on peut deviner quelle «religion neutre» privilégierait Pauline Marois.

Les citoyens canadiens dotés de prénoms qu'un maire du Québec rural ne peut pas prononcer, ou qui ont hérité de traits physiques indignes d'un billet de monnaie canadienne, ou dont le teint n'est pas assez « neutre » pour satisfaire la culture dominante demeurent à la traîne des canadiens « de souche ». Que ce soit le domaine de l'emploi, la représentation dans les sphères politiques, ou la rémunération, il est grand temps que le Canada accuse la longue tradition de division et réponde à ses regrettables restes avant de pouvoir aller de l'avant avec la vision pluraliste de notre pays que nous n'avons pas encore pleinement réalisée.

 

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