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Coupe du Monde: pourquoi n'y a-t-il aucun joueur noir dans l'équipe Argentine?

11/07/2014 03:45 EDT | Actualisé 09/09/2014 05:12 EDT
JUAN MABROMATA via Getty Images
Argentina's national team (from top L) defender Martin Demichelis, defender Jose Maria Basanta, defender Ezequiel Garay, goalkeeper Sergio Romero, midfielder Javier Mascherano, (from bottom L) midfielder Angel Di Maria, midfielder Lucas Biglia, forward and captain Lionel Messi, forward Gonzalo Higuain, defender Pablo Zabaleta and forward Ezequiel Lavezzi pose before a quarter-final football match between Argentina and Belgium at the Mane Garrincha National Stadium in Brasilia during the 2014 FIFA World Cup on July 5, 2014. AFP PHOTO / JUAN MABROMATA (Photo credit should read JUAN MABROMATA/AFP/Getty Images)

Alors que la Coupe du Monde de tire à sa fin, plusieurs recueils publient des observations sociopolitiques sur le Brésil et les autres nations en lice à la compétition sportive internationale. Certains tracent des liens entre l'immigration ou l'intégration des nouveaux arrivés et l'évolution des clubs de foot. À travers le prisme du fútbol, ces paraboles font souvent réfléchir au-delà des rebondissements d'un ballon.

Il faut s'y attendre: les «nations arc-en-ciel» de l'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, conçues à la lueur de mélanges Amérindiens, Espagnols et Africains, font miroiter leur diversité au sein de leurs clubs de foot.

Les équipes d'Amérique latine telles la Colombie, le Honduras, le Costa Rica, l'Équateur, l'Uruguay et le Chili illustrent toutes la pluralité qui habite leur pays respectif. Malgré leurs immuables problèmes de discrimination raciale, ces nations ont livré passage à l'athlétisme noir aux fins de l'ultime épreuve: la Copa del Mundo.

Curieusement, l'équipe de soccer de l'Argentine trahit cette tendance.

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Le tableau de la Selección Argentina ne comprend aucun joueur de race noire. En fait, l'Argentine elle-même ne comprend guère de noirs, point barre.

À l'époque coloniale, la proportion d'Africains s'élevait à environ 50 % dans la moitié des provinces de l'État argentin. Le général José de San Martín, révolutionnaire qui mena la charge pour arracher l'indépendance à l'Espagne dominante, dénombrait 400 000 Afro-Argentins. Il les convoitaient à titre de recrues dans son armée souverainiste: les hommes noirs comptant pour 65 % de ses troupes.

Or, le recensement de 2010 chiffre la population afro-argentine à 150 000, soit moins d'un demi-pour cent.

Comment les Africains ont-ils disparu?

Bien que la traite esclavagiste argentine soit abolie en 1813, de nombreux Afro-Argentins sont toujours retenus comme esclaves. L'émancipation est promise à ceux qui se livrent aux combats guerriers que déclare l'Argentine. La plupart des hommes africains s'enrôlent avec espoir de gagner leur liberté. Ils sont envoyés au front, le plus souvent en première ligne. Ils périssent en se battant pour un pays qui ne reconnaît ni leurs droits, ni leur valeur humaine.

Jusqu'en 1853, la loi contraint les propriétaires d'esclaves à céder 40 % de leurs «biens» esclaves au service militaire. On tend la promesse d'affranchissement à toute personne qui termine ses cinq années de service - un engagement rarement tenu.

Au fil des ans, des mesures gouvernementales à la fois ostentatoires et hermétiques promeuvent le nettoyage ethnique et, disent certains, le génocide. L'Argentine est maintenant le pays «le plus blanc d'Amérique du Sud,» soit 97% (selon le CIA World Factbook). Les Argentins eux-mêmes ont purgé leurs racines africaines de leur paysage et conscience socio-historique.

Ce que vous ne lirez pas dans les tomes touristiques du Routard, c'est que le pays entier a été construit essentiellement par des Africains réduits à l'esclavage. Les plus beaux édifices, dont l'Estancia Santa Catalina de Cordoba (un domaine jésuite fondé en 1622 qui figure maintenant sur la liste des sites du patrimoine mondial de l'UNESCO), sont bâtis et entretenus par des noirs. En particulier, cette propriété a conservé les quartiers des esclaves, une petite structure de boue dans laquelle on ne peut même pas se lever debout, en dehors de son enceinte. Sans surprise, nul n'en fait mention. Voilà l'un des rares éléments de preuve de l'héritage qu'ont transmis les Africains à l'Argentine.

Bien que l'Argentine désavoue la dot que les esclaves transatlantiques lui a léguée, la vérité jaillira tôt ou tard. Les historiens ont découvert que la genèse du tango, lui aussi, remonte aux quartiers d'esclaves afro-argentins.

Le Washington Post publie une théorie: la diversité serait garante de la bonne performance d'une équipe de soccer. Elle figure aussi au sein de toute société occidentale évoluée. Le cas de l'Argentine: une aberration?

Reste à voir si c'est l'exception qui confirme la règle.

Ce billet a été initialement publié en anglais sur le Huffington Post Canada .

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