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Le nouveau musée saura-t-il briser l'image vanille du Canada?

20/02/2013 10:49 EST | Actualisé 22/04/2013 05:12 EDT
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Au cours de l'hiver, les employés du futur Musée de l'histoire du Canada ont entamé les démarches pour mettre en œuvre les vœux du gouvernement Harper. Le musée le plus achalandé du Canada, le Musée des Civilisations à Gatineau, sera conduit à l'échafaud afin de céder la place à un établissement où l'histoire du Canada est mise en valeur.

Depuis plusieurs mois, les Canadiens ont exprimé leurs préoccupations lors des consultations publiques. Ils ont donné leur avis sur les principaux thèmes, les événements charnières et les mouvements qui racontent l'histoire de notre pays.

La consultation publique à Gatineau la semaine dernière s'ouvrait avec un panel de cinq personnalités: la romancière Charlotte Gray, l'architecte du musée Douglas Cardinal, un journaliste-historien, le directeur général de Tourisme Outaouais et moi-même. Le concept : « Mon musée d'histoire, de A à Z » -- où les panellistes ont livré une allocution visant à faire connaître leurs points de vue sur le contenu de ce musée, tout en tissant leur réflexion autour d'une lettre de l'alphabet. Le caractère que j'ai choisi : la lettre D.

Dès la petite école, on nous apprend la Nouvelle-France et Canada commencent avec la fondation d'un village par l'explorateur Samuel de Champlain en 1603, suivi d'une chaîne d'explorateurs français et britanniques dont LaSalle, La Verendrye, etc. Même l'appellation du nom de l'explorateur Giovanni Caboto a subi un nettoyage ethnique pour endosser la théorie fautive/le percept fautif.

Avec le déclin du nombre de visiteurs étrangers , le porte-parole de la Commission canadienne du tourisme a concédé en 2009 que «le Canada a eu une sorte d'image pouding à la vanille [...]» En autres mots, nous sommes perçus comme plates à mort.

Mais rien n'oblige le Musée d'histoire canadienne à épouser cette perception fausse. Certains mots « D » à envisager:

Découvrir les sagas des Canadiens à l'extérieur du cadre de la culture dominante.

Dépister les contes inconnus et méconnus l'existence, et qu'on se doit de sauver de l'oubli.

• Se désentraver du récit colonial qui imprègne l'image que nous avons de nous-mêmes, et l'image que l'outremer retient envers nous.

Déboucher les luttes auxquelles nos ancêtres ont fait face et les méthodes d'adaptation empruntées.

Déterrer les triomphes qui font de l'historique du Canada un conte étonnant, séduisant, spectaculaire et divertissant.

Débroussailler les épreuves et les réussites qui qualifient l'histoire du Canada comme étonnante, ahurissante, dramatique et divertissante.

Dramatique? Divertissante? Non, ce n'est pas une hallucination. Les États-Uniens croient qu'ils ont le monopole de ces adjectifs quand il s'agit de l'histoire de leur pays. C'est faux. Un musée d'histoire canadienne peut mettre en valeur la contribution des personnes qui n'entrent pas dans les stéréotypes mornes et des platitudes répétitives.

La reconnaissance internationale du roman épique de Lawrence Hill Aminata (en anglais: The Book of Negroes) est la preuve qu'il existe bel et bien une convoitise mondiale pour les histoires inédites.

Voici des exemples de bouquets historiques qui méritent d'éclore au musée:

1. Le père de la Colombie-Britannique, Sir James Douglas. Comment est-ce qu'un immigrant de l'Amérique du Sud fini par fonder une province, d'établir le premier corps policier intégré, de conjurer la soif des Américains pour la ruée vers l'or, de maitriser le français dans une province aujourd'hui quasi-unilingue anglophone, de gérer une convivialité pacifique entre des anciens esclaves afro-américains, des canadiens-français et anglais, des Métis et des autochtones - et ce dans les années 1800?

2. Le traducteur qui est arrivé avec Samuel de Champlain en 1603 était Mathieu Da Costa, un polyglotte d'origine africaine qui a établi le premier contact avec les autochtones. Comment un homme africain est-il devenu à l'aise en tant de langues, dont la langue des Micmacs? Comment a-t-il abouti sur voyage liminaire du colonialisme? Y en avait-il d'autres?

3. En 1964, alors que les Américains passent le Civil Rights Act pour bannir les formes de discrimination raciale, comment se fait-il que le Canada a déjà un maire de race noire? Le Dr Saint-Firmin Monestime, immigrant d'Haïti, arrive à Québec dans les années 1940. Le médecin finit à Mattawa, village en Ontario rural. Son improbable parcours le voit élu maire de 1964 jusqu'à sa mort en 1977. N'est-ce pas une histoire qui mérite d'être racontée ?

Le Musée de la Civilisation demeure le musée le plus visité du pays, dû à l'insatiable soif des visiteurs à découvrir des comptes qui contrebalancent les vulgarités imposées aux étrangers.

Quand nous pensons à la Chine, une panoplie d'images nous viennent en tête. La visite à l'exposition Trésors de la Chine démasque une autre version de la sinohistoire. La rétrospective offrait un aperçu unique et mémorable de 4 000 ans d'histoire chinoise et met en lumière nombre de contributions du peuple chinois à la civilisation humaine.

Quand on entend "Moyen-Orient" et "Jordanie", le barrage constant de conflits repris en boucle dans les nouvelles vient à l'esprit. L'exposition PETRA - La cité perdue raconte l'histoire d'une métropole autrefois florissante, située en Jordanie Il s'agissait d'une nouvelle lentille servant d' observation de ce coin éloigné.

Je fais le rêve d'un nouveau Musée d'histoire du Canada qui défie les caricatures et les clichés canadiens, tout en permettant aux Canadiens et aux étrangers de découvrir la gamme complète de notre histoire -- dans toute sa splendeur, dans toutes ses couleurs. Je fais le rêve d'un musée d'histoire canadienne qui offre autant d'émerveillement, d'introspection et de préconceptions contestées que l'actuel Musée des Civilisations.

Le Musée de l'histoire du Canada se doit d'être un espace où nous pouvons tous y voir un reflet de nous-mêmes.