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Une «Môman Dion» : seulement pour les Canadiens de souche?

08/09/2013 10:46 EDT | Actualisé 08/11/2013 05:12 EST

Adoptée à la Chambre des communes à l'unanimité en 1995, une motion « désigne le deuxième dimanche de septembre de chaque année «Jour des grands-parents» afin de reconnaître le rôle important que ces personnes jouent dans la structure familiale, en particulier pour l'éducation des enfants». Cette journée se veut un temps de réflexion sur la plénitude que nous offre nos grands-mamans et nos grands-papas. Il suffit de fermer les yeux un instant, d'ouvrir son trésor de souvenirs et de reculer au temps de son enfance. Les expéditions à la pêche avec son grand-père à l'étreinte chaleureuse et réconfortante... Ou assis à côté de sa grand-mère pendant qu'elle prépare la popote préférée, saupoudrée d'amour...

Même les icones comme Céline ont besoin de leur Môman Dion.

«Quand René Charles est né, je n'étais pas là, et Céline aurait aimé que je sois auprès d'elle. Ça m'avait fait de la peine», a confié Thérèse Tanguay-Dion en 2011. «Aussitôt que [Céline] a su que les jumeaux arrivaient, je lui ai dit : «Céline, je vais être là.» J'étais dans la salle d'accouchement,[...] je l'ai embrassée, je l'ai soutenue», a raconté Grand-maman Dion.

Tout l'or des hommes ne peut remplacer l'apport d'un grand-parent. Ce refrain se veut une réalité pour la plupart d'entre nous, mais pour des millions de néo-canadiens, ce n'est plus qu'un rêve. Ce sourire sur les lèvres ne se matérialisera pas pour ceux cherchant à parrainer leurs parents et/ou grands-parents. Le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, a annoncé la contraction du programme de réunification familiale au printemps dernier.

Une fois de plus, le gouvernement conservateur serre la visse aux néo-canadiens: la refonte du programme de réunification familiale multiplie les embûches pour les parents et grands-parents de citoyens établis. Le gouvernement n'acceptera que 5 000 nouvelles demandes de parrainage en 2014, en suivant le modèle «premier arrivé, premier servi».

En Septembre 2011, il y avait 165 000 dossiers en attente dans le cadre du Programme des parents et grands-parents, avec un temps d'attente qui dépasse les huit ans.

Conformément à la harangue habituelle du parti conservateur, les étourderies telles le coût des soins de santé et l'abus de l'aide sociale se mutent en justification pour le cruel morcèlement des familles immigrantes.

M. Kenney lui-même admet que seulement 3% des grands-parents parrainés finissent au chômage.

Curieusement, le rusé communicateur conservateur omet un bon nombre de données factuelles ainsi que des preuves scientifiques autour de cet enjeu. En voici quelques-unes:

  • En moyenne, on devient grand-parent dans la quarantaine ou début cinquantaine, selon l'Institut Vanier. Ces données viennent fracasser l'image de l'étranger octogénaire qui débarque sur nos rives juste à temps pour s'emparer d'un rare lit de soins palliatifs dans un hôpital débordé.

  • La longue période de traitement de demande contribue à l'âge avancé des grands-parents parrainés. S'ils appliquent à l'âge de 54 ans (soit l'âge actuel du premier ministre du Canada), les retards bureaucratiques ajoutent une décennie de délais. Cette période de latence ne fait qu'exacerber l'enjeu de la santé. Le dénouement de ce problème est à la portée du gouvernement fédéral, et non au postulant vilipendé.

La Journée nationale des grands-parents est le moment opportun d'examiner les avantages socio-économiques de ce groupe démographique chéri :

  • Les scientifiques ont longtemps soutenu que les grands-parents jouent un énorme rôle dans le développement cognitif, comportemental et social des enfants. Puisque des études ont démontré maintes fois comment les enfants d'immigrés peuvent prendre du retard à ces niveaux-là, la présence d'un grand-parent peut combler le fossé interculturel, un labeur que les gouvernements bien intentionnés ne réussissent que très rarement.

  • Les grands-parents participent à divers types d'activités avec leurs petits-enfants. Ils sont des sources de soutien à la fois matériel et immatériel. Les grands-parents servent de gardiennes, transmettent l'histoire, les traditions ainsi que les valeurs familiales, et servent de confidents et de modèles.

  • En offrant un soutien affectif ou financier aux enfants adultes, les grands-parents réduisent le stress généralisé dans la famille, ce qui influence le bien-être de leurs petits-enfants. Dans des foyers à faible revenu et chez les familles monoparentales, le grand-parent est souvent le poteau-mitant du noyau familial, sur lequel tous s'appuient en temps difficiles.

  • Près d'un grand-parent sur 6 fournit des services de garderie aux petits-enfants lorsque leurs parents travaillent ou sont aux études. En moyenne, les grands-parents prodiguent des soins pendant six ans. Plusieurs d'entre eux s'occupent des petits-enfants avant et après les heures de classe, pendant les journées pédagogiques, les vacances d'été, et quand les enfants tombent malade.

  • Une bonne relation entre grands-parents et leurs enfants adultes peut apporter un coup de pouce psychologique aux deux générations, selon une étude recente. Le rapprochement intergénérationnel est lié à la diminution des symptômes de dépression, tant chez les personnes âgées que chez les jeunes adultes.

Les grands-parents sont souvent la pierre angulaire de la structure familiale solide et le conduit des valeurs familiales qui nous sont chères. Est-il juste de priver de cette richesse les enfants de première génération?

J'ai eu la chance d'évoluer sous la main accolante d'un grand-parent de l'enfance à l'âge adulte. Quand maman et papa, immigrants et travailleurs acharnés, faisaient de longues heures afin de mettre du pain sur la table, rien n'échappait à l'œil vigilant de Grandma. Plus de 30 ans ont coulé sur les cheveux d'argent de Grandma alors qu'elle œuvre au profit de ses petits-enfants. Ma grand-mère a légué les valeurs d'antan du respect pour les personnes âgées, de l'altruisme et de la débrouillardise à tous ceux qui l'ont croisée. Et, oui, les grands-parents immigrés savent comment corriger les mauvaises habitudes qui se manifestent trop souvent chez les enfants réfractaires. Si les «time-out» et les tactiques disciplinaires dociles du pays d'adoption n'arrivent pas à les dompter, Grand-maman, elle, ne niaise pas avec la puck.

Les grands-parents sont un puis de sagesse. Ils en possèdent peut-être moins au niveau académique, mais ils ont une expérience de vie, qui n'est pas enseignée sur les bancs de l'école, à partager.

Le député bloquiste Maurice Dumas avait souligné en Chambre en 1995:

[...] désigner le deuxième dimanche de septembre de chaque année Jour des grands-parents, afin de reconnaître le rôle important que ces personnes jouent dans la structure familiale, en particulier pour l'éducation des enfants. Les grands-parents jouent un rôle primordial auprès de leurs petits-enfants, permettant ainsi d'assurer une certaine stabilité et continuité si essentielles aux petits-enfants. Les grands-parents permettent de faire le lien entre le passé, le présent et le futur.

Nous sommes tous convaincus de l'influence primordiale des grands-parents et des aînés sur le développement des enfants et le bien-être des familles. Nous devons donner aux grands-parents la place qui leur revient [...].

Les grands-parents représentent une source indispensable d'affection, de compréhension et d'expérience qui renforce la famille. Il faut intégrer les grands-parents à la vie familiale.

En imposant des épreuves indues et des obstacles financiers aux «Môman Dion» d'outremer, le gouvernement conservateur prive les canadiens de 1ère et 2ème génération de leur patrimoine naturel. Ces enfants canadiens de deuxième classe sont entravés par ce handicap social, dévalisés du bâton de jeunesse. Ceux d'entre nous qui ont bénéficié de cette infaillible source de tendresse savent que tous les canadiens devraient jouir de ce privilège.

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