Rachel Décoste

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Jean-François Lisée: Viser l'immigration préférentielle selon l'ethnie?

Publication: 30/08/2012 06:39

Jean-François Lisée, candidat vedette du Parti Québécois, s'est inscrit à la même doctrine que son chef, Pauline Marois, hier quand il a divulgué à l'antenne de 98,5 FM (à 7:15) que le PQ s'est donné l'objectif de «maintenir une majorité de francophones de langue première sur l'île de Montréal.»

En 1970, 60% des Montréalais étaient des canadiens-français qui parlaient français à la maison. Selon M. Lisée, les francophones risquent de perdre leur majorité d'ici 20 ans. Ce qu'il a omis de dire, c'est que seulement 24% des Montréalais parlent la langue de Shakespeare à domicile et le pourcentage d'allophones qui parlent français à domicile a augmenté de 10% entre 1996 et 2006 , pour passer au dessus de la barre des 50%.

M. Lisée aurait voulu annoncer les intentions du PQ face à « la menace linguistique » le jour du 35e anniversaire de la Loi 101, loi qui oblige les allophones à fréquenter l'école francaise dans le but de les assimiler à la langue et la culture québécoise « de souche ».

Toujours selon le Champion du Fait Français, l'immigrant de Bordeaux parle français en famille, ce qui fait de lui un immigrant privilégié par rapport à la personne francophone de Shanghai désireuse de venir s'installer dans la Belle Province.

Analogue à l'euphémisme « ethnie neutre » inventé par la Banque du Canada la semaine dernière pour diffuser tant bien que mal la controverse de la monnaie canadienne expurgée de diversité, les internautes savent que « l'immigrant Bordelais » se glisse aisément dans l'utopie monochromatique qu'émet le PQ dans sa pub annonce. Selon le centre d'observation de la société de France, cette région ne compte que 5% d'immigrés .

Quant aux francophones issus de la Chine, comme la plupart des immigrés de l'Asie, de l'Afrique, des Antilles et de l'Amérique du sud, ils conversent vraisemblablement dans une langue étrangère à domicile, quoi qu'impeccable que puisse être leur maitrise de la langue de Molière. Que ce soit l'ancienne Gouverneure Générale du Canada nommée Chevalière de l'Ordre de la Pléiade par l'Assemblée internationale des parlementaires de langue française, Michaelle Jean, qui parlait créole chez elle lors qu'elle est atterrie à Thetford Mines, ou les députés polyglottes Maria Mourani (arabe), Paulina Ayala (espagnol), Sana Hassainia (arabe), Laurin Liu (cantonnais), Hoang Mai (vietnamien), tous ont mérité leur place au sein de la société québécoise à part égale et tous méritent autant de respect.

En outre, la théorie que le Québec devrait favoriser les immigrants qui partagent leur lignage français et leur « terre ancestrale » fait preuve de méconnaissance de l'histoire. Par exemple, la ville de Québec a accueilli tellement d'anglophones -- surtout les irlandais -- qu'elle était majoritairement anglophone dans les années 1800. Les portes Hope, Kent et Prescott témoignent du fait britannique des fortifications de la Ville de Québec. Les Cantons de l'Est bénéficient d'un riche patrimoine anglais. Sans compter les autochtones, peuple ayant venu d'Asie, qui font partie intègre du patrimoine québécois et canadien, donnent droit à l'immigrant de Shanghai sur un pied d'égalité avec le fictif «français de France».

Incontestablement, la société québécoise est le fruit d'une multitude de sources, d'efforts et d'apports collectifs. D'ailleurs, le Québec renforci du futur dans un Canada fort passe par la même diversité plurielle.

La méthode d'évaluer les futurs immigrants que propose M. Lisée peut à peine voiler la discrimination dont a fait preuve à répétition le Parti Québécois. Cette politique de division, de hiérarchisation ethnique, de néo-colonisation n'incarne point la province dite «ouverte sur le monde». Les québécois méritent mieux.

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