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Le PQ torpille le projet de souveraineté

28/01/2014 12:32 EST | Actualisé 29/03/2014 05:12 EDT

À moins que les dernières révélations de la commission Charbonneau finissent par brouiller les cartes, tout porte à croire que des élections provinciales, déclenchées à court terme, seraient gagnées par le Parti québécois selon les derniers coups de sonde. Léger Marketing prédit même un gouvernement majoritaire. Au-delà du PQ, c'est toute la famille souverainiste qui a, en apparence, des motifs de satisfaction puisque les trois partis indépendantistes (PQ, QS et ON) totalisent 46 % des intentions de vote. Sauf qu'il y a un bémol à l'euphorie souverainiste.

À 36%, la souveraineté du Québec recueille 10 points de moins que le total des appuis pour les partis qui la défendent. On est donc loin d'un niveau permettant d'envisager une victoire du «Oui» à un nouveau référendum. À titre d'indication, juste après la débâcle du Bloc québécois aux élections fédérales du 2 mai 2011, le soutien au projet de pays était de 41 % (43 % avant le scrutin), selon la même institution de sondage, alors que 34 % des électeurs disaient vouloir voter PQ au provincial. Ce sondage prédisait aussi un gouvernement péquiste majoritaire . Avec les 9 % d'intentions de vote alors attribuées à Québec solidaire, les partis souverainistes atteignaient 43 % soit, à peu de choses près, l'équivalent des estimations pour le «Oui».

Les souverainistes ne devraient donc pas se réjouir outre mesure de la perspective que le parti de Mme Marois puisse former un gouvernement majoritaire. La souveraineté ne séduit qu'un peu plus d'un électeur sur trois. En outre, il convient de répartir l'appui, à l'idée de faire du Québec un pays, entre les formations souverainistes et même au-delà puisqu'on peut supposer qu'un certain nombre de partisans de la CAQ se considèrent comme souverainistes. Cela signifie qu'au sein même de l'électorat du PQ, beaucoup ne voteraient pas Oui pour faire du Québec un pays. En 1995, au soir de la défaite au deuxième référendum pour la souveraineté, Jacques Parizeau, le premier ministre de l'époque disait: «Tant que les jeunes penseront ça (le pays on veut l'avoir), on va l'avoir». Quand on constate, presque 20 ans après, que la souveraineté n'est pas très populaire chez les jeunes (25 % chez les 18-24 ans), il faut se poser sérieusement la question de savoir si le projet indépendantiste est perçu comme pertinent par le peuple québécois.

Le même soir de 1995, Jacques Parizeau prononçait aussi sa phrase sur l'impact du vote ethnique sur la victoire du Non. Les propos de Parizeau étaient malheureux, mais ce qu'ils pointaient était une réalité. Les Québécois non francophones avaient massivement voté contre la souveraineté. Or, depuis cette date, des centaines de milliers d'immigrants sont venus grossir les rangs des allophones au sein de la population québécoise. La nouvelle réalité fait que le projet de pays ne pourra se réaliser sans la participation significative des minorités allophones et encore moins à leurs dépens. Au-delà de toute autre considération, c'est une question d'arithmétique, il faudra un appui à 60 % chez les francophones et à plus de 20% chez les non-francophones pour une victoire du «Oui». Si on est déjà loin des 60 % chez les Francophones, l'idée de la souveraineté a du chemin à faire chez les allophones. Pour qu'ils y adhèrent, les immigrants ont besoin de percevoir le projet de pays comme étant inclusif et plus attractif que le Canada qui leur a donné une citoyenneté. Or avec le débat sur la Charte des valeurs et le discours xénophobe qu'il a pu libérer dans la société, il y a de nouvelles fractures qui se sont ouvertes entre la famille souverainiste et les minorités.

Comme le souligne Sol Zanetti, le nouveau chef d'Option nationale, «au lieu d'appliquer toute leur énergie à convaincre les Québécois de se donner un pays, les stratèges du PQ tentent de faire augmenter artificiellement leurs appuis sans pour autant rallier les électeurs au projet d'indépendance». En effet, l'idée d'un pays indépendant doit faire rêver pour pouvoir mobiliser. Aujourd'hui, elle fait plutôt peur à une partie de la population. Pour le militant socialiste et indépendantiste Bernard Rioux «La division entre "nous" et "eux" se creuse de jour en jour et s'accompagne, particulièrement dans les médias sociaux, d'une dévalorisation des réalités culturelles de l'autre et d'une généralisation d'images négatives en ce qui concerne l'ensemble des groupes minoritaires».

Il est donc urgent que les militants et militantes souverainistes sincères comprennent que le PQ, en prenant le risque de dresser la majorité contre les minorités, est en train d'éloigner la perspective souverainiste. Ce faisant, il semble plus préoccupé par le désir de garder le pouvoir que par la recherche de voies pour faire avancer la souveraineté. Ses dirigeants sont peut-être guidés par des motivations carriéristes, quitte à renier leurs engagements envers les aspirations des classes populaires et moyennes et à servir les intérêts des puissants. En mettant en avant son projet de charte qui stigmatise les minorités culturelles et religieuses, le PQ torpille tant d'efforts consentis, depuis des années, par de nombreux militants et de nombreuses militantes souverainistes pour gagner à leur cause des citoyens québécois issus de ces minorités.

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