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Environnement: la guerre des dogmes doit s'arrêter

19/11/2012 01:02 EST | Actualisé 19/01/2013 05:12 EST
AP
An oil pump operates in the desert oil fields of Sakhir, Bahrain, at sunset Monday Oct. 29, 2012. The price of oil fell below $86 a barrel Monday as a gargantuan storm headed for the heavily populated U.S. East Coast, where energy consumption was likely to drop as many businesses closed and transportation ground to a halt. (AP Photo/Hasan Jamali)

Triste époque pour l'enfant des Lumières que je suis, où la raison chavire, balayée par la partisanerie aveugle et niaise. L'influence néfaste de la politique américaine - délire médiatique colossal et orgie de cash -, aura-t-elle finalement fait basculer dans l'irrationnel le débat politique canadien et québécois.

Nous sommes témoins aujourd'hui au Québec d'une lutte frontale entre le mouvement écologiste et la pensée industrielle. Pour un clan comme pour l'autre, il y a les bons et les méchants, le bien et le mal, la vérité et le mensonge érigés en système. De ces tranchées, l'injure s'est substituée à la raison et quelqu'imbécile aura réussi à cliver les acteurs en « go-gauche » et « dretteux »; les quolibets ne manquent pas pour les populistes de bas acabit.

L'arrivée du PQ au pouvoir a, il est vrai, bousculé la donne. Dans un pays dominé par la pensée industrielle, le contrôle des médias était devenu, déjà depuis quelques années, plus difficile. Puis, en quelques semaines, furent annoncés la fin du Québec amiante, la fin du Québec nucléaire et, possiblement, retour à la case de départ de l'exploitation du schiste.

Fort évidemment, les cerbères de ces industries sont montés au créneau au nom du sacro-saint développement économique « libre ». Alors que les conservateurs abattaient dans l'allégresse béate tous les garde-fous de la croissance, faisant table rase pour l'industrie alléchée, la polarisation ne faisait qu'augmenter.

Aujourd'hui, nous en sommes au « clash » frontal. Béta, quasi-enfantin. Soit on développe, soit on protège.

Les exemples pullulent de projets industriels présentés en amateur aux citoyens (gaz de schiste, Normandeau, Bouchard) avec les ficelles grosses comme le bras, ou les levers de boucliers systématiques et fanatiques, ce qu'on appelle l'obstruction, à tout projet de développement. Ceux qui croient qu'on pourra se passer de pétrole avant plusieurs décennies, sont aussi naifs que ceux qui soutiennent qu'on pourra développer sans conscience écologique.

Dans ce débat, le Parti vert du Canada a pris clairement position : développons durablement, ne soyons pas des radicaux. La survie du pays passe par cette transition, une vision qui laisse des échos positifs partout au Canada.

L'exemple fabuleux de l'élection partielle de Calgary Centre (qui se déroulera le 26 novembre), jadis fief coronaire de la droite conservatrice, illustre bien ce choix économique. Le candidat vert, Chris Turner - sorte de Guy A. Lepage local - est en train de faire vaciller le centre de l'empire Harpérien. Et oui, comme dans la Guerre des Étoiles... C'est que le programme avancé par Turner, loin d'être dogmatique, propose une acceptation de l'exploitation des sables bitumineux, mais sous des contraintes environnementales extrêmement sévères et dans une optique de remplacement progressif de cette source d'énergie. La presse nationale a pris bonne note de cette vision intelligente, articulée et créatrice. La députée verte Elizabeth May et le sachem écologiste David Suzuki ont d'ailleurs eux aussi compris l'enjeu et seront à Calgary cette semaine pour supporter la campagne de Turner et faire élire un second député vert au Parlement.

On assiste au même phénomène à Victoria, Colombie Britannique, où un autre candidat vert vedette, l'universitaire Donald Galloway, est dans une lutte à finir avec la candidate néo-démocrate.

Au Québec, il faudra trouver une cohabitation sereine, pragmatique, entre le développement économique et la conscience environnementale le plus rapidement possible. Tant les uns que les autres doivent être prêts à ce mariage d'intérêts supérieur afin que notre fabuleux niveau de vie soit maintenu, sans le carnage du libéralisme sauvage. Tant les leaders industriels qu'environnementaux doivent comprendre qu'un n'ira pas sans l'autre.

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