Pierre Tremblay

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Environnement: la guerre des dogmes doit s'arrêter

Publication: 19/11/2012 12:20

Triste époque pour l'enfant des Lumières que je suis, où la raison chavire, balayée par la partisanerie aveugle et niaise. L'influence néfaste de la politique américaine - délire médiatique colossal et orgie de cash -, aura-t-elle finalement fait basculer dans l'irrationnel le débat politique canadien et québécois.

Nous sommes témoins aujourd'hui au Québec d'une lutte frontale entre le mouvement écologiste et la pensée industrielle. Pour un clan comme pour l'autre, il y a les bons et les méchants, le bien et le mal, la vérité et le mensonge érigés en système. De ces tranchées, l'injure s'est substituée à la raison et quelqu'imbécile aura réussi à cliver les acteurs en « go-gauche » et « dretteux »; les quolibets ne manquent pas pour les populistes de bas acabit.

L'arrivée du PQ au pouvoir a, il est vrai, bousculé la donne. Dans un pays dominé par la pensée industrielle, le contrôle des médias était devenu, déjà depuis quelques années, plus difficile. Puis, en quelques semaines, furent annoncés la fin du Québec amiante, la fin du Québec nucléaire et, possiblement, retour à la case de départ de l'exploitation du schiste.

Fort évidemment, les cerbères de ces industries sont montés au créneau au nom du sacro-saint développement économique « libre ». Alors que les conservateurs abattaient dans l'allégresse béate tous les garde-fous de la croissance, faisant table rase pour l'industrie alléchée, la polarisation ne faisait qu'augmenter.

Aujourd'hui, nous en sommes au « clash » frontal. Béta, quasi-enfantin. Soit on développe, soit on protège.

Les exemples pullulent de projets industriels présentés en amateur aux citoyens (gaz de schiste, Normandeau, Bouchard) avec les ficelles grosses comme le bras, ou les levers de boucliers systématiques et fanatiques, ce qu'on appelle l'obstruction, à tout projet de développement. Ceux qui croient qu'on pourra se passer de pétrole avant plusieurs décennies, sont aussi naifs que ceux qui soutiennent qu'on pourra développer sans conscience écologique.

Dans ce débat, le Parti vert du Canada a pris clairement position : développons durablement, ne soyons pas des radicaux. La survie du pays passe par cette transition, une vision qui laisse des échos positifs partout au Canada.

L'exemple fabuleux de l'élection partielle de Calgary Centre (qui se déroulera le 26 novembre), jadis fief coronaire de la droite conservatrice, illustre bien ce choix économique. Le candidat vert, Chris Turner - sorte de Guy A. Lepage local - est en train de faire vaciller le centre de l'empire Harpérien. Et oui, comme dans la Guerre des Étoiles... C'est que le programme avancé par Turner, loin d'être dogmatique, propose une acceptation de l'exploitation des sables bitumineux, mais sous des contraintes environnementales extrêmement sévères et dans une optique de remplacement progressif de cette source d'énergie. La presse nationale a pris bonne note de cette vision intelligente, articulée et créatrice. La députée verte Elizabeth May et le sachem écologiste David Suzuki ont d'ailleurs eux aussi compris l'enjeu et seront à Calgary cette semaine pour supporter la campagne de Turner et faire élire un second député vert au Parlement.

On assiste au même phénomène à Victoria, Colombie Britannique, où un autre candidat vert vedette, l'universitaire Donald Galloway, est dans une lutte à finir avec la candidate néo-démocrate.

Au Québec, il faudra trouver une cohabitation sereine, pragmatique, entre le développement économique et la conscience environnementale le plus rapidement possible. Tant les uns que les autres doivent être prêts à ce mariage d'intérêts supérieur afin que notre fabuleux niveau de vie soit maintenu, sans le carnage du libéralisme sauvage. Tant les leaders industriels qu'environnementaux doivent comprendre qu'un n'ira pas sans l'autre.

À quand un pacte du développement durable pour le 21ème siècle?

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  • POUR: le potentiel énergétique

    Les réserves de gaz de schiste au Québec sont importantes, et le potentiel d'exploitation est indéniable, ce qui pourrait rapporter des redevances à l'État. Dans <em>The Telegraph</em>, Christopher Booker <a href="http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/christopherbooker/8500496/Shale-gas-could-solve-the-worlds-energy-problems.html" target="_hplink">estime que les réserves seraient suffisantes pour assurer les besoins énergétiques pour des centaines d'années</a>.

  • CONTRE: la pollution de l'eau

    La fracturation hydraulique, qui consiste à pulvériser un mélange de produits chimiques et de sable sur la pierre pour faire éclose le gaz, pose des risques de contamination de la nappe phréatique. Une douzaine de cas ont été répertoriés aux États-Unis. Les images d'eau qui s'enflamme ont aussi fait le tour du monde. Une <a href="http://insideclimatenews.org/news/20111104/gasfrac-propane-natural-gas-drilling-hydraulic-fracturing-fracking-drinking-water-marcellus-shale-new-york" target="_hplink">nouvelle méthode de fractruation sans eau </a>est envisagée aux États-Unis, mais les écologistes sont sceptiques.

  • CONTRE: Plus d'émission que le charbon

    Le méthane qui se dégage lors de la fracturation est un des principaux gaz à effet de serre. Selon plusieurs études, ces émissions sont supérieures de 20 % à celles dégagées pendant l'exploitation du charbon.

  • POUR: Plus vert que les autres énergies fossiles

    <a href="http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=natural-gas-could-serve-as-bridge-fuel-to-low-carbon-future" target="_hplink">Les chercheurs du MIT ont conclu</a> que remplacer les centrales de charbon par des centrales de gaz naturel pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

  • CONTRE: Des séismes provoqués par la fracturation

    <a href="http://oilprice.com/Energy/Natural-Gas/U.S.-Government-Confirms-Link-Between-Earthquakes-and-Hydraulic-Fracturing.html" target="_hplink">Plusieurs tremblements de terre</a> sont liés à la fracturation hydraulique. L'entreprise britannique <a href="http://www.cuadrillaresources.com/cms/wp-content/uploads/2011/11/Cuadrilla-Resources-Press-Release-02-11-11.pdf" target="_hplink">Cuadrilla Resources</a> a notamment admis que le procédé «provoque des événements sismiques mineurs»

  • POUR: Des emplois

    <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">L'industrie du gaz aux États-Unis emploie 1,2 million de personnes</a> et le département américain de l'Énergie estime que les ressources ont augmenté de 65 % grâce au procédé de fracturation hydraulique. De plus, <a href="http://www.bu.edu/energy/files/2011/07/Fracking-article-Sept-14-2011.pdf" target="_hplink">l'industrie évalue les retombées à 385 milliards de dollars aux États-Unis</a>, selon un article de la revue <em>Nature</em>.

  • CONTRE: Les produits utilisés

    Les entreprises n'ont pas à divulguer les produits qu'ils utilisent dans la fracturation hydraulique aux États-Unis. Est-ce aussi le cas au Canada?

  • POUR: Du temps pour développer les énergies renouvelables

    L'ancien chef de cabinet de Bill Clinton et ancien patron du Center for American Progress <a href="http://www.businessweek.com/magazine/could-shale-gas-reignite-the-us-economy-11032011_page_2.html" target="_hplink">John Podesta croit que le gaz naturel peut</a> devenir un pont au 21e siècle vers des énergies renouvelables.

  • CONTRE: Il faut beaucoup d'eau

    La fracturation hydraulique peut requérir jusqu'à <a href="http://www.hydraulicfracturing.com/Water-Usage/Pages/Information.aspx" target="_hplink">20 millions de litres d'eau</a>. Dans certains cas, <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">moins du tiers de l'eau est récupérée</a>.

 

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Triste époque pour l'enfant des Lumières que je suis, où la raison chavire, balayée par la partisanerie aveugle et niaise. L'influence néfaste de la politique américaine - délire médiatique co...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
ombriere
10:50 sur 20/11/2012
le combat entre écologiste et industriel a dans son ensemble des similitudes s avec la bataille féministe des années 60 70 . un des deux protagonistes doit avoir une position radicale pour se faire entendre et se faire respecté. pour trouver un équilibre le balancier doit aller de l'autre coté . mais dans le cas qui nous concerne toute l'activité économique est en cause et au lieu de canaliser les changements de mentalité l'industrie continue de brandir le crash et la peur. en occident nous avons la chance de faire les changements en douce mais les groupes de pression ne lache pas prise et on une vision à cour terme
10:45 sur 20/11/2012
Considérez-vous Madame Martine Ouellet. Ministre des ressources naturelle, extrémiste quand elle déclare que le gaz de schiste ne sera jamais exploitable.
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Blogueur du Huffington Post
Pierre Tremblay
09:39 sur 22/11/2012
Bonjour Albanel,

Je crois qu'elle a depuis nuancé ses propos. Mon opinion est que tout projet industriel doit être analysé avec une rigueur comparable à l'introduction d'un nouveau médicament. Le temps des permis miniers obtenus en 48 heures et des trous béants laissées en héritage au populations, alors que les CEO sont sur une île du pacifique en voilier, est révolu.
07:22 sur 20/11/2012
Très bon billet, éclairé !
20:24 sur 19/11/2012
«Ceux qui croient qu'on pourra se passer de pétrole avant plusieurs décennies, sont aussi naifs que ceux qui soutiennent qu'on pourra développer sans conscience écologique.»

La différence entre les uns et les autres est de taille!!

«Ceux qui soutiennent qu'on pourra développer sans conscience écologique» ne sont pas empêchés de le faire par leurs contradicteurs, mais par la réalité physique, réelle, indépendante de la volonté humaine.

«Ceux qui croient qu'on pourra se passer de pétrole avant plusieurs décennies,» eux, ne sont empêchés que par leurs contradicteurs, par leurs opposants, et par la volonté humaine de ceux qui font du blocage et du sabotage délibéré.

...Méchante différence (et ici, le mot «méchante» prend une résonnance particulière)!

Ceci dit, les meilleures chances aux candidats Turner et Galloway!
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Ankou
14:33 sur 19/11/2012
Excellent billet merci. Il y a beaucoup de gens qui partage ce point de vue loin des idéologies, des insultes. Beaucoup de scientifiques sont de ceux-ci mais il sont peu écoutés, taxés de climatosceptiques par les uns d'utopiste voulant retourner à l'age de pierre pour les autres. La réalité est plus complexe et nécessite l'acceptation par chacun de renoncer à certains privilèges. Le syndrome du pas dans ma cours et celui du droit individuel à faire n'importe quoi, n'est plus de mise. L'éolien et le solaire sont rentables à condition de les placer au bon endroit. Un train de banlieue ce n'est pas beau mais c'est plus responsable qu'un hummer même si cela ne satisfait notre ego. Le pétrole on doit le faire durer car il est indispensable pour produire de nombreux matériaux indispensable.