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Le sable et la survie de l’homme

Quinze milliards de tonnes de sable sont prélevées chaque année afin de pourvoir à l'industrialisation effrénée.

10/08/2017 09:00 EDT | Actualisé 10/08/2017 09:00 EDT
Marco Prosch via Getty Images
Au nom du développement, on construit encore plus d'aéroports inutiles et d'autoroutes, alors on détruit le sable sur nos côtes.

L'été, les vacanciers se ruent vers la mer et ses plages pour se détendre et se rafraîchir. On s'enduit de crème solaire ou d'huile qui se diluent dans la mer, certains enterrent leurs mégots, d'autres laissent aux bons soins des vagues l'immersion de leurs cornets de glace, de leurs paquets de gâteaux vides, de leurs bouteilles en plastique. Pendant que le père se baigne, la mère s'allonge sur le sable chaud pour mieux griller sa peau ; l'enfant, quant à lui, construit un château de sable avec sa pelle et son petit seau d'eau.

Sa fragile construction est encore possible, mais chaque année le sable recule vers le large et la côte s'érode dans la grande indifférence de la population prise dans l'engrenage de la consommation et du surdéveloppement urbain. Multinationales et organisations mafieuses pillent le fond de nos océans pour répondre à la folie des grandeurs des monarchies du Golfe devenues insatiables, il faut tant de béton armé pour bâtir des gratte-ciel sans âme et des îlots pour des milliardaires fantômes ! Les villes États veulent s'agrandir aux dépens de la mer.

L'érection de barrages géants sur nos fleuves servant à alimenter notre consommation d'électricité empêche les sédiments de roches de se déverser dans la mer pour reconstituer naturellement le sable de notre littoral.

Quinze milliards de tonnes de sable sont prélevées chaque année afin de pourvoir à l'industrialisation effrénée, notamment celle de la Chine ; l'explosion démographique dans les pays émergents aggrave cette dévastation. L'érection de barrages géants sur nos fleuves servant à alimenter notre consommation d'électricité empêche les sédiments de roches de se déverser dans la mer pour reconstituer naturellement le sable de notre littoral.

Sans aucun contrôle, les bateaux cargo aspirent une quantité de sols marins faisant fi de la faune et de la flore nécessaires à la chaine alimentaire maritime. 90% des plages floridiennes disparaissent progressivement, une vingtaine d'îles indonésiennes ont été rayées de la carte, l'érosion de nos côtes surpeuplées progresse à une allure effrayante. Et pour parer à ce problème, on construit des digues en béton armé, on prélève du sable marin, on prétend reconstituer les plages... Contrats juteux pour les sociétés de construction.

Prenons l'exemple des Maldives : la religion conservatrice sur l'archipel ralentit l'émancipation de la femme, donc la régulation des naissances, il faut construire en hauteur sur leurs îles surpeuplées. La main-d'œuvre locale dont la tâche consiste à plonger en apnée pour remplir des sacs de sable, fournit un travail qui réduit leur espérance de vie et les prive d'une protection contre la montée du niveau de la mer.

Au nom du développement, on construit encore plus d'aéroports inutiles et d'autoroutes, alors on détruit le sable sur nos côtes.

Le cercle est vicieux. Au nom du développement, on construit encore plus d'aéroports inutiles et d'autoroutes, alors on détruit le sable sur nos côtes. Les pêcheurs bretons s'y opposent en manifestant contre de grands groupes comme Roullier, Bouygues, Vinci, Lafarge, Italcimenti, Cemex, car ils savent que les bonnes pêches sont près des bancs de sable. Mais cette rébellion regroupe une minorité d'opposants, peut-être sera-t-il trop tard quand un grand nombre prendra conscience de ce pillage.

Notre mode de développement progressiste menace la survie de l'espèce humaine et ce n'est pas la politique nataliste encouragée par des dirigeants comme Erdogan qui va apporter des solutions. Si on ne régule rien, la survie de la planète est menacée.

Note aux lecteurs: ce papier a été écrit à la suite du documentaire de Denis Delestrac rediffusé sur Arte la semaine dernière.

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