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G8: un travail incomplet

Publication: 17/06/2013 11:01

Pierre Omidyar est fondateur et président d'eBay, Inc. et fondateur associé d'Omidyar Network. Matt Bannick est directeur associé d'Omidyar Network et ancien président de PayPal et d'eBay International.

Winston Churchill l'a dit mieux que quiconque en concluant, "la démocratie est la pire forme de gouvernement... exception faite de toutes les autres formes de gouvernement ayant été ponctuellement essayées".

On peut dire la même chose du capitalisme. Au cours des dernières décennies, les marchés internationaux ont sorti des millions de personnes de la pauvreté, permis des innovations technologiques et scientifiques qui ont changé nos vies, et haussé notre niveau de vie mondial à des niveaux sans précédent. Mais beaucoup trop de personnes sont désespérément laissées pour compte. Cela est vrai partout, y compris aux États-Unis, où les membres du un pour cent le plus riche possèdent aujourd'hui 43 pour cent de la richesse du pays, comparativement à seulement 25 pour cent en 1950. Les chiffres sont tout aussi préoccupants dans le monde, puisque les 1,2 milliard de personnes les plus pauvres ne représentent qu'un pour cent de la consommation mondiale, tandis que le milliard le plus riche en consomme 72 pour cent. Cette disproportion mérite de toute évidence une attention urgente.

Le G8 est aujourd'hui officiellement réuni à Enniskillen pour prendre en considération, entre autres choses, la façon dont notre système économique international peut s'attaquer à cette inégalité, en reconnaissant son énorme coût humain et la menace qu'elle fait peser sur la stabilité mondiale. La tâche est ardue, mais nous sommes loin d'être découragés. En fait, nous savons par expérience que les solutions fondées sur le marché peuvent être un puissant moyen de créer des emplois et de fournir des services à ceux qui en ont besoin, et ce, à l'échelle d'un monde de sept milliards de personnes. Nous avons en outre particulièrement à cœur d'expérimenter un nouveau mouvement nommé investissement à incidence "sociale" (ou "'social' impact investing"), qui vise explicitement à profiter de la puissance du marché pour aider à relever des défis économiques et sociaux tenaces.

Autrement dit, les "investissements à incidence" sont ceux qui, outre le rendement financier, génèrent une valeur sociale ou environnementale. L'enthousiasme entourant ce concept représente un changement de paradigme : la compréhension que les outils basés sur le marché, aussi imparfaits soient-ils, peuvent également être mis à profit pour aider ceux qui ont été laissés pour compte par le capitalisme mondial. Pour cette seule année, les investisseurs dont les investissements ont une incidence sociale permettront d'acheminer des milliards de dollars pour financer des solutions de transformation dans des secteurs aussi divers que l'agriculture durable, le logement abordable, les technologies de production d'énergie verte et les services financiers pour les populations défavorisées. Au début du mois, le Groupe d'experts de haut niveau des Nations Unies a identifié l'investissement à incidence sociale comme une "troisième voie" viable pour le développement durable après 2015.

Un exemple bien connu de l'investissement à incidence sociale est M-Pesa, une société privée spécialisée dans le transfert d'argent et le paiement par téléphone mobile, qui a transformé l'économie du Kenya. Lancée en 2007, elle offre désormais à 15 millions de Kenyans, dont la grande majorité n'avait auparavant pas accès aux comptes bancaires traditionnels, la possibilité de déposer, retirer et transférer des fonds par le biais de leurs téléphones mobiles. L'adoption de M-Pesa a été tellement incroyable que la société gère aujourd'hui 80 transactions par seconde, ce qui s'élève à près d'un tiers du PIB kenyan de 33,6 milliards de dollars.

Cependant, ce que les gens ne savent pas toujours, c'est le fait que M-Pesa est le résultat direct d'un partenariat public-privé. Son capital de départ est venu de Vodafone et du Département britannique pour le développement international. Les deux entités ont saisi la chance de mettre en application l'idée, jusqu'ici non vérifiée, qu'une plate-forme mobile pourrait dépasser l'infrastructure bancaire traditionnelle et fournir des services financiers aux populations défavorisées.

M-Pesa est un excellent exemple de la façon dont l'investissement social harmonise les intérêts des secteurs public et privé afin de créer un énorme avantage social. Aux États-Unis, nous avons lancé un projet d'obligations sociales au centre correctionnel de Riker's Island, dans le Queens, à New York. Le but de l'initiative est de réduire la récidive par l'éducation intensive, une formation et des conseils aux jeunes détenus. Goldman Sachs assure le financement initial, Bloomberg Philanthropies offre une garantie de prêt, et MDRC, une organisation à but non lucratif de premier plan, supervise le projet.

La ville de New York agira à titre de courtier. Si la récidive diminue considérablement, elle paiera pour le contrat. Si ce n'est pas le cas, et que la réduction de la réincarcération ne permet pas de réaliser d'économies, les contribuables n'auront pas à payer quoi que ce soit.

Les obligations sociales trouvent leurs origines au Royaume-Uni, où les responsables politiques ont été admirablement progressistes en adoptant ces innovations et d'autres initiatives similaires. À son crédit, le premier ministre britannique James Cameron, a mis à profit sa présidence du G8 pour faire avancer l'investissement social d'un cran. Le 6 juin, à Londres, Cameron a rassemblé des leaders de la société civile, du gouvernement et du secteur privé pour préciser la manière dont ces initiatives pourront être intégrées de manière plus systématique dans la boîte à outils de résolution des problèmes du G8, lors de leur réunion à Lough Erne.

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  • 10. Espagne

    Le pays est plutôt bien noté en ce qui concerne la qualité de l'air, de l'eau et de l'état sanitaire général. L'accès aux hautes études est également félicité, tout comme l'égalité. Le gros problème, c'est le taux de chômage des moins de 25 ans : environ 57%.

  • 9. France

    Tout comme pour l'Espagne, la qualité de l'air et de l'eau est globalement satisfaisante. Les libertés individuelles sont également favorables. Les opportunités restent assez moyennes, mais c'est surtout l'accès à une éducation de très haut niveau qui reste verrouillé.

  • 8. Japon

    Le faible niveau de criminalité et la quasi-inexistence de sans-abris plaident en faveur de l'archipel. Les droits individuels, l'égalité et l'accès aux études hautes sont à la traîne.

  • 7. Australie

    L'Australie excelle pour ses opportunités, son accès aux hautes études et ses droits personnels. Malheureusement, son niveau de mal-logement et la durabilité de son écosystème ne lui permettent pas d'atteindre les toutes premières places.

  • 6. Etats-Unis

    L'Amérique est classée première en ce qui concerne l'accès à une très haute éducation. Si les montants réclamés par les grandes écoles sont importants, la méritocratie est largement récompensée. La durabilité de son écosystème est très fortement sanctionnée.

  • 5. Allemagne

    Les Allemands peuvent se féliciter pour la qualité de leur nourriture et de leur protection sociale de base, ainsi que de leur air et de leur eau. Les opportunités restent moyennes, tout comme les droits personnels et l'accès à une très haute éducation.

  • 4. Canada

    Une très bonne sécurité dans le pays, des opportunités à saisir et une grande égalité entre les citoyens : c'est la recette du succès canadien.

  • 3. Suisse

    La Suisse a profité d'une grande sécurité et d'un très bon niveau de nutrition. Les droits personnels sont également bien notés, tout comme son accès à l'information.

  • 2. Royaume-Uni

    Le bon air et l'eau anglaise sont félicités, tout comme le niveau de santé et des droits personnels. Ses principes d'égalité et de liberté individuelle lui permettent d'accéder à la deuxième place.

  • 1. Suède

    La Suède excelle dans presque tous les domaines : sécurité, environnement, nutrition, liberté, éducation... Seul son écosystème reste mal noté, la faute aux prédictions climatiques ?


En tant qu'Américains, nous sommes heureux de voir que les États-Unis sont également à l'avant-garde de ces efforts. Outre l'activité au niveau de l'État, tel que le projet de Riker's Island, le gouvernement américain a également soutenu un Fonds national de l'innovation sociale pour aider les associations à but non lucratif et dont les antécédents ont été éprouvés. La semaine dernière, l'USAID et le DFID ont également annoncé la création de Projets internationaux de développement de l'innovation (GDIV, pour "Global Development Innovation Ventures" en anglais), conçus pour financer des solutions partout dans le monde, les tester par des méthodes rigoureuses et un financement par étapes, et généraliser ceux qui rapportent le plus financièrement par rapport aux pratiques standard. Les GDIV débloqueront des capitaux d'investissement issus des secteurs public et privé, pour généraliser les solutions commercialement ou grâce à l'adoption des projets par le secteur public.

Comme la démocratie, l'investissement social est loin d'être parfait. Mais nous avons déjà vu avec eBay et PayPal la manière dont les solutions fondées sur le marché peuvent améliorer des millions de vies.

Nous avons beaucoup de travail inachevé à terminer. Même si les approches fondées sur le marché, et l'investissement social en particulier, ne sont pas une solution miracle, elles doivent être intégrées à la solution à nos problèmes de développement. Nous appelons les dirigeants du G8 à leur accorder la diligence raisonnable réfléchie qu'elles méritent.

 

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