LES BLOGUES

Liberté négative ou liberté positive?

28/09/2013 09:42 EDT | Actualisé 28/11/2013 05:12 EST

C'est en 1982 que le gouvernement libéral de Pierre Elliot Trudeau a rapatrié la constitution. Il accompagnait alors celle-ci d'une Charte canadienne des droits et libertés. Ainsi, on proclamait le gouvernement des juges pour ladite protection des libertés de chaque canadien(ne). Quelle belle maxime de protéger la liberté n'est-ce pas? On allait en faire un dogme pour tous et chacun. Une loi ne vous plait pas, ce n'est pas grave, car vos libertés outrepassent la collectivité.

Pour bien comprendre toute l'étendue de la démarche de Trudeau, il faut comprendre le concept de liberté négative et de liberté positive élaboré par le philosophe politique letton, Isaiah Berlin. D'ailleurs, j'aimerais remercier mon professeur en Analyse critique de l'information à l'UQAM, Maxime Ouellet pour m'avoir éclairé sur ces notions. En fait, Berlin explique que la société civile est en conflit perpétuel entre ces deux types de libertés.

D'une part, la liberté négative se représente comme celle où il y a absence de contraintes. Tout être humain est libre comme propriétaire de sa personne uniquement si sa liberté n'est point déterminée par quelqu'un d'autre. Ainsi, l'individu n'est pas un être social, il est un être autofondé. La politique ne sert en fait qu'à protéger mes libertés individuelles pour assurer mon autonomie.

La liberté positive, quant à elle, n'est possible que si elle se concrétise en collectivité. Je suis libre lorsque je participe à l'élaboration de la loi. Cette liberté est donc interprétée comme capacité d'agir et ne peut se réaliser que collectivement. L'individu est donc un être social et ne peut nullement être électron libre dans la société.

VOIR AUSSI: Tous les blogues du HuffPost sur la Charte des valeurs

À l'époque de la guerre froide, la liberté négative était le dogme en Occident, car on affirmait que cette seule liberté pouvait nous protéger de la tyrannie, notamment du communisme. Pourtant, on a faussement opposé la société civile à l'État, car c'est celui-ci qui fait en sorte qu'on peut vivre en collectivité selon des normes claires établies. D'ailleurs, on s'est vite rendu compte que le modèle simplifié de liberté négative ne peut s'incarner que si on l'assemble avec une notion de collectivité, donc de liberté positive.

Ce conflit perpétuel entre ces deux libertés, on l'observe dans la conjoncture. Est-ce possible de faire abstraction de l'État et d'être électron libre en société? Non, la réponse est claire. La société québécoise est une société d'accueil qui protège les libertés individuelles, certes, mais également un modèle collectif forgé par l'identité québécoise. Il est évident que la présente Charte des valeurs québécoises est un concept de liberté positive qui contraint les libertés des êtres autonomes que nous sommes, mais c'est une proposition que nous désirons adopter, et ce, collectivement.

Aujourd'hui, on comprend bien la démarche intellectuelle de Trudeau. Il a simplement clamé haut et fort que la liberté individuelle serait à l'avant-plan, quitte à diminuer le pouvoir du Québec de se légiférer pour le bénéfice d'un Canada multiculturel et uni coast to coast. Cette liberté négative minait ainsi les choix qu'on avait faits collectivement. On ne peut que le constater, on proclame les libertés individuelles par ce nouveau gouvernement des juges au grand dam de la loi 101 qui subit alors de multiples amendements. Inutile de vous rappeler que c'est ce qui attend notre future Charte des valeurs québécoises. Vive la « liberté »!

Parlez-moi de libertés individuelles, je vous parlerai de libertés collectives. C'est un conflit perpétuel, on l'a démontré précédemment. En bout de ligne, n'oubliez pas : la finalité de la société ne s'incarne que si on l'assure collectivement et non individuellement.

Pour ce qui est de la Charte, faites votre choix : liberté négative ou liberté positive? Moi, c'est déjà fait!

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La charte des valeurs vue par Twitter

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.