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Aux sources de la défaite retentissante du Parti québécois

08/04/2014 11:58 EDT | Actualisé 08/06/2014 05:12 EDT

Pas la peine d'essayer de le cacher : le Parti québécois a été passé à la moulinette lundi dernier. Sa défaite a été pire que la plupart des observateurs avaient pu prédire. Même si les sondages nous l'avaient laissé prévoir depuis plusieurs jours, l'ampleur de la défaite nous a presque tous pris par surprise.

Que s'est-il passé? Pourquoi un tel revers de fortune pour un parti qui semblait avoir le vent dans les voiles il y a un peu plus d'un mois? Est-ce la fin du PQ et de son rêve d'indépendance?

Personne n'a jamais douté que Pauline Marois aimait être première ministre du Québec et qu'elle aurait souhaité l'être encore un bout de temps. Quand elle a déclenché cette élection, après à peine 18 mois aux commandes, elle l'a fait d'abord et avant tout parce qu'elle était confiante de l'emporter et « déterminée » à rester en poste. Malheureusement pour elle, les enchaînements d'événements d'une campagne électorale sont rarement aussi déterminés que les gens qui s'y engagent.

Pendant cette campagne, plusieurs analystes - dont moi-même - ont identifié l'arrivée de Pierre Karl Péladeau, et son appel aux armes poing levé, comme le point tournant, celui qui, selon cette interprétation répandue, avait transformé cette campagne en un troisième référendum, dont personne ne voulait, mis à part quelques jusqu'au-boutistes aveuglés par leur foi souverainiste débordante.

Mais qu'est-ce qui nous dit que la véritable explication n'est pas ailleurs? Et si la clé de l'explication de cette défaite monumentale du PQ n'était pas la chute de son appui pendant la campagne, mais plutôt sa remontée pour une brève période avant le déclenchement?

En effet, si on regarde la tendance des sondages d'opinion au cours de la dernière année, on y décèle une lente et hésitante remontée du PQ, qui se termine au début de l'année 2014 par une brève période durant laquelle le gouvernement Marois devançait nettement ses rivaux.

Bien sûr, le gros de ce mouvement à la hausse entre la fin de 2013 et la fin de février 2014 peut être attribué à l'appui du public à la charte de la laïcité, qui était plus populaire que le PQ et qui avait monopolisé outrageusement les débats publics et l'espace médiatique pour plusieurs mois. C'en était rendu que même les étrangers qui passaient en entrevue dans les émissions de variétés se faisaient questionner sur « la charte ». Il y a bien eu aussi quelques allégations de corruption qui sont venues embarrasser le Parti libéral, mais rien d'assez sérieux pour déplacer l'aiguille de l'opinion publique. On n'en avait que pour la charte.

Une majorité de Québécois, selon les sondages, semblaient entériner l'initiative identitaire du gouvernement et, alors qu'aucun autre enjeu ne sollicitait leur attention, plusieurs d'entre eux ont sans doute été momentanément portés, au hasard d'un sondage d'opinion, à prêter distraitement leur appui au Parti québécois sur la base de ce seul enjeu.

Quand l'élection a été déclenchée, cependant, deux choses sont soudainement devenues claires pour ces péquistes d'un instant.

D'abord, malgré le caractère très émotif du débat qui a entouré la charte, et les divisions qu'il a suscitées, les enjeux qui y figuraient n'ont jamais occupé une place très élevée sur la liste des préoccupations des électeurs. Par conséquent, quand la campagne a démarré et que tous les enjeux structurants pour les électeurs ont refait surface, la charte, les hidjabs et les turbans étaient destinés à reprendre leur place bien en bas de la liste des priorités pour bien des électeurs.

Aussi, plus la campagne avançait, plus les gens réalisaient que tous les partis s'entendaient plus ou moins sur presque tous les éléments valables et consensuels de la charte. Si on pouvait concéder quelques foulards par-ci et quelques kippas par-là pour éviter la chicane, pourquoi s'obstiner? À quoi bon alors faire des contorsions partisanes pour un enjeu si peu important pour la plupart des gens?

En somme, en déclenchant une campagne sur la base d'une avance mollement fondée sur une adhésion à sa charte, le Parti québécois s'est retrouvé dans une situation qui me rappelle celle du pauvre Coyote des dessins animés, qui ne se rendait compte qu'il était debout sur un nuage qu'après que la loi de la gravité eut fait son œuvre.

Cela aurait probablement pu être évité, mais pas pendant la campagne. En septembre dernier, le PQ gagnait des points pour sa volonté de régler un dossier que le gouvernement Charest avait laissé en friche depuis 2007, en dépit du long et pénible épisode de la commission Bouchard-Taylor. S'il avait été disposé à faire des compromis minimaux avec la CAQ et Québec solidaire au sujet des signes religieux, le PQ aurait pu déclarer victoire et proposer une charte largement multi-partisane qui aurait isolé les libéraux juste au moment où leur leader chancelait et se faisait une jolie réputation de girouette

En mettant cet enjeu porteur de divisions derrière elle, Pauline Marois et son gouvernement auraient pu mettre à profit ces quelques précieux mois avant l'échéance budgétaire pour concentrer l'attention de l'opinion sur la capacité de son gouvernement à livrer la marchandise et sur le passage de mesures bien accueillies comme le projet de loi sur le droit de mourir dans la dignité.

En langage sportif, cela s'appelle mettre des points sur le tableau. Mais au lieu d'accumuler les bons coups pendant ces quelques mois, le PQ s'est rendu vulnérable à la vieille tactique libérale de mettre l'accent sur la peur d'un référendum, contre laquelle la meilleure stratégie des gouvernements péquistes passés avait été de faire une campagne positive appuyée sur un bilan bien garni.

Cela signifie-t-il que le Parti québécois et son projet de souveraineté sont morts et enterrés?

Le PQ sort amoché de cette élection, c'est clair, mais il a encore une solide équipe dont la deuxième chance pourrait ne pas être si éloignée que cela, surtout si la Commission Charbonneau empile les tuiles sur l'équipe libérale et pour peu que les rescapés péquistes sachent s'imposer aux côtés de leurs voisins caquistes.

Quoi qu'il en soit, un retour en force ne sera pas possible si le Parti québécois se contente de faire porter le blâme de son humiliante défaite sur les épaules de sa chef sortante, sur une quelconque erreur tactique ou sur son incapacité à « faire passer le message ». Pour un gouvernement sortant, la réélection dépend d'abord de son bilan de réalisations, et rarement de quelque faute de « marketing ».

Pour apprendre de ses erreurs, un parti politique doit d'abord et avant tout admettre celles-ci. Si le Parti québécois ne parvient pas à reconnaître non seulement les erreurs de sa campagne, mais surtout celles de son bref séjour à la barre du gouvernement, il n'y aura pas d'autre chance.

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