Pierre Luc Brisson

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Martineau et Durocher: de mal en pis

Publication: 28/09/2012 09:44

Je commente rarement les blogues d'autres personnes. De un parce que je considère ne pas avoir d'opinion réfléchie sur TOUT. De deux, parce qu'avoir une opinion ne signifie pas d'emblée devoir la partager à la planète entière!

Vient aussi un moment où l'on atteint un certain seuil de pertinence; ce n'est pas parce qu'une opinion est exprimée qu'elle est nécessairement pertinente ou valable, n'en déplaise à ceux qui baignent dans ce relativisme tout contemporain dans lequel s'enferme notre société, comme le relevait Léa Clermont-Dion: «J'ai le droit à mon opinion, bon!» Hier, Richard Martineau et Sophie Durocher ont pondu deux billets (si l'on peut qualifier de «billets» des opinions désarticulées lancées à la volée et tenant respectivement en neuf et sept phrases) qui passeront à l'histoire comme autant de chefs-d'œuvre de vacuité intellectuelle et d'argumentation déficiente.

Réagissant au tollé soulevé par le soutien de Rona Ambrose à la motion sur le statut juridique des fœtus, nos deux chroniqueurs y sont allés d'une charge à fond de train contre ceux qu'ils accusent de vouloir instaurer une pensée unique, défendant le droit de madame Ambrose de voter en son âme et conscience. Au passage, Richard Martineau n'a pu s'empêcher (oh surprise!) de frapper la gauche, appelant à la rescousse Maragaret Tatcher, accusant les mouvements féministes de vouloir imposer un carcan intellectuel anti-capitaliste : «TOUTES les féministes devraient être pro-choix, de gauche et contre le capitalisme?», éructait-il hier sur le site du Journal de Montréal. Tant d'amalgames en si peu de mots, mais par où commencer?

Je suis de ceux qui croient en la liberté de vote de nos député(e)s et qui déplorent la trop grande rigidité de la ligne de parti imposée dans nos parlements, tant au niveau provincial que fédéral. Mais je suis également de ceux qui croient qu'il y a, dans nos sociétés, des principes fondateurs, des idéaux qui doivent guider nos décisions et éclairer notre horizon collectif. Comptez au nombre de ces idéaux la liberté d'expression, la démocratie, la séparation des églises et de l'État, l'acceptation des différences sexuelles et surtout, la complète égalité entre les hommes et les femmes.

Là où le cas de madame Ambrose devient intéressant - et outrageant - c'est qu'elle ne gère pas un portefeuille ministériel de second rang, qui consisterait à égrainer ici ou là des enveloppes budgétaires et couper des rubans. Elle est, au sein du gouvernement, celle qui doit se faire la défenderesse de l'un de ces idéaux démocratiques évoqués plus haut: celui de la liberté des femmes à disposer de leur propre corps et de choisir si, oui ou non, elles veulent porter et mettre au monde un enfant.

En se levant avant-hier et en donnant son appui à la motion de son collègue conservateur, non seulement a-t-elle posé un geste questionnable philosophiquement - quoi que, comme le disent Martineau et Durocher, elle a tout a fait droit à sa propre opinion - mais du même coup, elle est venue saper l'un des idéaux portés par son propre ministère. Un peu comme si - toutes proportions gardées - le ministre de la Culture et de la Charte de la langue française se levait, à l'Assemblée nationale, afin d'appuyer une motion remettant en cause la loi 101, pourtant au cœur de la préservation de notre identité depuis près de quarante ans. C'est la même logique de valeurs qui sous-tend le cas de madame Ambrose...

Et c'est en ce sens où beaucoup d'associations réclament, et à juste titre selon moi, la démission de madame Ambrose: si elle est en désaccord avec l'une de ces valeurs collectives que nous nous sommes données et qui doivent s'incarner au travers de son propre ministère, qu'elle remette aujourd'hui sa démission et qu'elle redevienne une «simple» députée. À ce moment, elle pourra accorder son vote à n'importe quelle pièce législative qui aurait pour conséquence de donner un statut légal au fœtus et donc, par la porte de derrière, donner des assises juridiques à ceux qui voudront reposer la question de l'accès à la contraception. Parce que c'était bien là l'objectif de cette motion ...

Je ne sais sincèrement ce qui est le plus pitoyable dans toute cette histoire entourant le vote de madame Ambrose. Le geste que la ministre a elle-même posé, ou la réaction épidermique de nos chroniqueurs qui y ont vu une occasion de plus afin d'écorcher la gauche et de retomber dans les mêmes lubies qui sont de plus en plus partagées par les vedettes québécoises de l'opinion instantanée. Voyez-vous, Monsieur Martineau, Madame Durocher (vous permettrez que je m'adresse directement à eux ?), le fondement des attaques portées à l'endroit de madame Ambrose ne réside pas sur l'axe gauche-droite.

Bien sûr que des féministes peuvent être de droite, Monsieur Martineau! Malheureusement pour vous - et pour votre brillante démonstration rhétorique de neuf phrases - je ne crois pas, par exemple, que madame Julie Miville-Dechêne soit l'exemple type de la militante enragée voulant brûler son soutien-gorge et jeter à bas le capitalisme! Être féministe - et je revendique cette étiquette autant pour les hommes que pour les femmes - c'est avant tout s'entendre sur certaines valeurs. Le débat qui nous préoccupe repose sur une question de valeurs intrinsèques, qui transcendent les spectres politiques et qui fondent notre vie en société. Voyez-vous, la nature a fait en sorte que jamais je n'aurai à assumer la responsabilité de devoir porter et mettre au monde un enfant. C'est pour cette raison, qu'en tant qu'homme, je ne peux concevoir que l'on puisse dicter le choix des femmes sur une question aussi fondamentale et, dans cette optique, je défendrai toujours leur droit à choisir librement d'accéder ou non à la maternité.

Comme je défendrai toujours, en vertu de ces mêmes grands principes, votre propre droit à vous exprimer sur la place publique, fût-ce même pour dire des conneries. Tentez, cependant, de ne pas trop en abuser ...

Voyez les galeries photos de nos collègues du HuffPost Canada:

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  • Rona Ambrose

  • Peter Van Loan

  • Julian Fantino

  • Jason Kenney

  • Gerry Ritz

  • Peter Penashue

  • Gail Shea

  • Ed Fast

  • Diane Ablonczy

  • Alice Wong



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  • Where The Parties Stand On Abortion

    Here's a look at the official position of Canada's federal parties, and how the controversial debate has reared its head in recent years. <em>With files from CBC</em>

  • Conservative Party

    Prime Minister Stephen Harper has repeatedly said that he has no interest in addressing the issue head-on.<br><br>"As long as I am prime minister we are not opening the abortion debate," Mr. Harper said in April 2011. "The government will not bring forward any such legislation, and any such legislation that is brought forward will be defeated as long as I am prime minister." (CP)

  • NDP

    NDP leader Tom Mulcair has stated that his caucus is unanimous in its opposition to the private member's motion calling on Parliament to look at whether a fetus is a human being, but he plans to force his MPs to vote along party lines.<br><br>"We're resolutely in favour of women's right to choose," Mulcair declared. (CP)

  • Liberal Party

    Interim Liberal Leader Bob Rae has stressed that the abortion issue is matter of individual conscience. Rae expressed his personal opposition to reopening the debate, but said Liberal MPs will be allowed to vote "their conscience" rather than force them to toe the party line.<br><br>"Our position on reproductive choice, my position on reproductive choice is very, very clear. It has been for decades. The position is it's a person's right to choose." (CP)

  • Planned Parenthood Funding Controversy

    Saskatoon-Humboldt MP Brad Trost tells Saskatchewan's ProLife Association in April 2011 that the federal government has decided to cut funding to the International Planned Parenthood Federation, a decision he says was influenced by anti-abortion supporters.<br><br>"I cannot tell you specifically how we used it, but those petitions were very, very useful and they were part of what we used to defund Planned Parenthood because it has been an absolute disgrace that that organization and several others like it have been receiving one penny of Canadian taxpayers' dollars," Trost said.<br><br>Maurice Vellacott, a Conservative MP from Saskatoon-Wanuskewin, also calls for Planned Parenthood to be defunded.<br><br>Vellacott says the controversy over the funding "exposed the lies and destructiveness of IPPF's agenda."<br><br>"It exposes what this abortion giant is surreptitiously trying to achieve worldwide."<br><br>International Cooperation Minister Bev Oda approves funding. (CP)

  • 'Coerced' Abortion Law

    Conservative Winnipeg MP Rod Bruinooge proposes "Roxanne's Law" in 2010, a bill that would penalize anyone who "coerced" a woman into ending her pregnancy against her will.<br><br>"It's not just as simple as feeling pressured to get an abortion; there is a lot of discussion of sex-selection abortion these days, as well," Bruinooge told the Winnipeg Free Press. "It's part of the overall topic of intimidation that goes towards a pregnant woman."<br><br>Bruinooge insisted the bill wasn't meant to force Parliament to wade into the debate banned by Harper, stating that nothing in his bill made it illegal to abort a fetus.<br><br>But the Liberals and New Democrats saw it as a backdoor entry into the touchy topic.<br><br>"How is an abortion bill not an abortion bill?" said then-Liberal MP Anita Neville. "This certainly introduces discussion into the House of Commons and it is a rather sneaky way of doing it."<br><br>Then-NDP leader Jack Layton echoed her concerns. "You have got to wonder what is really going on here."<br><br>The bill was defeated in December of 2010, with 178 votes for and 97 against it. Harper and many Conservatives voted against it and 10 Liberals supported it. The NDP was unanimously against it. (Handout)

  • Maternal Health

    International Co-operation Minister Bev Oda discloses for the first time in April 2011 that Canada will not fund abortions in its G8 child and maternal health-care initiative for developing countries.<br><br>Keith Martin, then-Liberal MP who had defected from the Tories years earlier, expressed outrage. "People here are perplexed and wondering why Canada is rolling back the clock and depriving women in developing countries from having the same rights to basic health care and access to abortion as women in Canada," he said.<br><br>Then-NDP leader Jack Layton accused the Tories of putting Canada on side with former U.S. president George Bush, who reduced support for abortion-related aid.<br><br>"It's picking up the banner that George Bush used to carry, and I think that that's not something that would be supported by the majority of Canadians, that's for sure," Layton said.<br><br>On June 25, Canada pledged $1.1 billion to a global initiative on maternal and child health for developing countries - a disproportionately high amount compared to other G8 countries. Canada did not allow for its share to be used in the funding of abortions. (CP)

 
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