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Ont-ils une patrie?

04/01/2013 01:13 EST | Actualisé 06/03/2013 05:12 EST
AFP

L'avenir financier de l'acteur Gérard Depardieu défraie la manchette en France depuis que le monstre sacré du cinéma gaulois a décidé de déménager ses pénates de l'autre côté de la frontière, pour s'installer chez le voisin belge. Désir de tranquillité, besoin de retrait, attrait pour un village (trop) bucolique? C'est surtout la généreuse fiscalité belge qui a été pointée du doigt afin d'expliquer l'exil de l'acteur, qui ne s'est lui-même pas caché de fuir les nouvelles mesures proposées par le gouvernement de François Hollande.

En effet, le nouveau président français avait fait de la réforme de la fiscalité l'un de ses principaux thèmes de campagne, promettant de faire passer l'imposition des grandes fortunes à 75%, et ce une fois le premier million de revenu personnel engrangé. Cette mesure, appuyée par une majorité de Français selon de récents sondages, continue de faire des vagues.

Hier, on apprenait que le maître du Kremlin lui-même avait accordé la nationalité russe à Depardieu qui, bien qu'il ne parle pas la langue du pays, en a profité pour vanter la « grande démocratie » russe et saluer l'action de Vladimir Poutine.

Récemment encore, c'est Jacques Villeneuve qui faisait parler de lui au Québec, lui qui a décidé de s'installer avec sa famille dans la petite principauté d'Andorre, état microscopique qui ne ferait pas tant parler de lui si ce n'était de sa réputation mondiale de paradis fiscal. Il faudrait être quelque peu de mauvaise foi - pourquoi pas! - pour considérer que ce n'est pas la beauté du paysage andorran qui a attiré le toujours performant (mesurez mon ironie) pilote automobile, mais bien l'opportunité de mettre à l'abri une partie de ses avoirs.

Devant ces exemples de plus en plus nombreux de ce qui s'avère être un véritable chantage fiscal, nous sommes en droit de nous poser une simple question : ces gens ont-ils une patrie? Ou, à défaut de se sentir liés par la culture, l'histoire et le sentiment de participer à une expérience humaine commune, ont-ils trouvé un nouveau refuge, une nouvelle patrie à l'ombre de leur coffre bancaire?

Tous ont le droit d'exprimer leur désaccord devant quelconque décision de leur gouvernement. C'est le droit - et même le devoir - de tout citoyen qui se sent concerné par le devenir de son pays. Mais il y a une injustice profonde lorsque la fortune permet de passer outre aux règles et décisions communément et démocratiquement établies. Qu'à défaut de gagner au jeu démocratique, les millions (milliards?) peuvent servir de voie de contournement. Qu'à tous les coups, ils seront gagnants! Et ce, réforme de la fiscalité ou pas.

Or, un individu, aussi riche soit-il et malgré tout le mythe nord-américain bâti autour de l'idée du self-made man, ne vit pas en marge de la société. Il se construit par, et pour le monde qui l'entoure. C'est la société et l'école publique qui lui fournissent le bagage éducationnel qui donnera les outils intellectuels nécessaires à l'élaboration de toute idée, aussi lucrative soit-elle.

C'est la société qui, via les citoyens consommateurs ou par l'action gouvernementale, soutient la création artistique et le développement d'industries (comme le cinéma) qui font et défont les carrières d'acteurs multimillionnaires. C'est à cette même société - d'autant plus si elle tend à mettre en place une plus grande égalité entre ses citoyens et si elle leur fournit les institutions capables de les supporter en temps difficile - que doit aller notre reconnaissance première. Reconnaissance qui, si elle est nécessaire, doit s'accompagner d'un devoir tout aussi nécessaire de critique. Les étudiants québécois l'ont bien démontré.

Durant la campagne présidentielle française, le candidat Jean-Luc Mélenchon proposait de mettre en place un système d'imposition compensatoire qui établirait l'exigence, pour tout citoyen français habitant à l'étranger, de payer au Trésor de son pays d'origine l'équivalent de ce qu'il aurait dû payer en France, moins l'impôt déjà payé dans son pays de résidence. C'est une mesure qui est d'ailleurs mise en place par les très « socialistes » États-Unis d'Amérique!

Si l'argent et la fortune n'ont pas de frontières, ceux qui ont décidé d'en faire leurs seuls maîtres doivent comprendre qu'une citoyenneté vient avec des droits, mais aussi des devoirs envers l'État, de même qu'envers tous nos concitoyens qui sont eux aussi garants de notre sort personnel. Si, comme Depardieu, l'on pousse le cynisme jusqu'à aller demander une citoyenneté qui nous est complètement étrangère, on se doit aussi collectivement de réaffirmer qu'une citoyenneté s'acquiert, mais qu'elle peut aussi se retirer. Et cela, aucune fortune ne pourra le racheter.

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