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L'ASSÉ a raison

14/02/2013 10:49 EST | Actualisé 16/04/2013 05:12 EDT
PC

C'est maintenant officiel: les représentants de l'ASSÉ ne participeront pas au sommet sur l'éducation supérieure qui aura lieu à la fin de ce mois. Aujourd'hui, ses porte-parole ont annoncé leur désir de se retirer d'un processus de consultation qui, en vérité, s'apparente plutôt à un exercice de légitimation publique de la décision du gouvernement d'augmenter les frais de scolarité en les indexant annuellement.

J'écrivais moi-même en octobre dernier, sur ce même blogue, que « le sommet doit viser plus large et dépasser rapidement la seule question des sources de revenus. La problématique des frais de scolarité n'est que l'épiphénomène d'une réalité beaucoup plus complexe et préoccupante: la lente transformation de l'université québécoise (et occidentale) et la mise au rancard des valeurs humanistes qui ont présidé à sa création, au profit de la marchandisation des diplômes et des seules matières jugées utiles. »

Trois mois plus tard, force est de constater que le gouvernement et son ministre de l'enseignement supérieur ont décidé de s'arrêter aux questions d'intendance, plutôt que d'amorcer une réflexion plus large - et oui, disons le mot, philosophique! - sur l'avenir du réseau. Comme l'affirmait récemment Jacques Parizeau, l'on a décidé de prendre le problème à l'envers, en discutant des moyens plutôt que de s'entendre sur la finalité même de notre réseau universitaire.

L'ASSÉ a décidé de claquer la porte d'un sommet qui s'annonce être, comme plusieurs le redoutent déjà, un exercice à grand déploiement de relations publiques axé sur la volonté du gouvernement de restaurer un consensus mis à mal par le précédent gouvernement libéral. Un exercice qui, en ayant réuni autour d'une même table les étudiants les plus revendicateurs comme les recteurs des grandes universités, aurait permis de légitimer la décision d'indexer les frais de scolarité qui semble être celle favorisée par la première ministre et ses collaborateurs, dont l'économiste Pierre Fortin qui affirmait avec beaucoup d'élégance, hier à RDI, qu'il fallait être «stupide» pour envisager un gel de la contribution étudiante.

Or, le gel ne peut s'envisager lui-même non pas comme une finalité en soi - dans lequel cas, en effet, il serait stupide de s'y arrêter - mais bien comme la première étape devant mener, à moyen ou long terme, à une réelle diminution de la facture étudiante devant prendre en compte la capacité de payer de l'ensemble de la collectivité. Qui a demandé à ce que la gratuité soit réalisée le lendemain de ce sommet?

L'ASSÉ quitte la table aujourd'hui et devance ainsi une décision qu'elle aurait, tôt ou tard, dû prendre. En plein cœur du sommet, elle aurait permis au gouvernement et au ministre Duchesne de faire les gorges chaudes et de filer, en une journée, vers l'indexation prédéterminée. À une dizaine de jours du début de l'exercice, cette décision vient cependant souligner, en laissant le temps nécessaire sur la place publique pour y réfléchir et décanter le geste, à l'improvisation et au manque de vision qui ont présidé à la tenue de cet exercice consultatif.

Depuis des semaines et avant même que les discussions ne soient réellement commencées, le gouvernement péquiste accumule les signaux contraires, lançant et annonçant sur la place publique décisions et compressions affectant déjà le monde universitaire. Comment parler d'un exercice sérieux, alors même que le gouvernement annonçait pour près de 106 millions de coupes dans le budget des universités, et ce, pour l'année en cours et au moment où l'on devait s'entendre sur le montant réel des besoins des établissements? Ces coupes devant être suivies d'un autre quart de milliard de compressions l'année prochaine, la première ministre affirmant quant à elle que le réinvestissement des sommes prévues (1,7 G$) était loin d'être «garanti».

Le billet de Pierre-Luc Brisson se poursuit après la galerie

La twittosphère réagit au boycott de l'ASSÉ

Comment être crédible, comme partenaire, alors que l'on annonçait pour plus de 60 millions de dollars de coupes dans l'aide à la recherche, coupes sur lesquelles est partiellement revenu le gouvernement hier, confirmant par le fait même le caractère précipité et irresponsable de ces compressions? La décision de l'ASSÉ d'aujourd'hui, n'est, au final, que l'une des répercussions prévisibles de l'improvisation du gouvernement Marois et non pas le geste d'un groupuscule isolé.

Déjà, de nombreux partenaires, tant chez les syndicats que chez les directions universitaires, avaient dénoncé l'aspect cosmétique de l'exercice, la CSQ affirmant par exemple, en janvier dernier, que les partenaires conviés ne disposaient pas «des outils nécessaires à une discussion éclairée sur l'avenir de nos universités». Les membres de l'ASSÉ, que d'aucuns qualifieront de radicaux en ne faisant que souligner, ainsi, leur propre absence d'idéaux, ne sont que les premiers à mettre un terme à un exercice de relations publiques auquel ils n'ont pas à prendre part. Ils ne sont que les premiers à passer de la parole aux actes.

L'objectif du gouvernement Marois est désormais clair. Avec l'atteinte, à vitesse grand V, du déficit zéro - tout en investissant chirurgicalement des millions auprès de sa clientèle électorale, comme dans le réseau des CPE - le gouvernement péquiste veut être en mesure de se présenter devant l'électorat avec un budget équilibré et un consensus imposé au milieu universitaire, et ce, avant la fin du printemps. Qu'importe les pots cassés, les illusions brisées, les espoirs déçus et les milieux affectés par les coupes et les compressions. Après tout, une fois majoritaire, le PQ aura tout le temps de recoller les morceaux!

Or, en faisant l'économie de la nécessaire réflexion qui s'imposait après le printemps étudiant, le gouvernement ne fait que repousser une problématique qui, elle, ne se résoudra pas d'elle-même. Et ces milliers de jeunes qui, votant pour la première fois, ont réellement cru en la volonté de ce parti, sauront quant à eux où reporter leurs suffrages le moment venu...