Pierre Luc Brisson

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Gouvernement Charest: la fin de régime

Publication: 17/05/2012 00:56

Jean Charest a toujours semblé avoir sept vies. Chaque fois qu'il paraissait affaibli par une crise ou par la démission de l'un de ses ministres (Séguin, Bellemare, Couillard, Mulcair, etc.), il épatait les chroniqueurs politiques en rebondissant, tel un véritable chat politique, et en sortant une nouvelle carte de sa manche. Ceci sans compter ses talents certains de débatteur et de bagarreur en temps d'élection, alors qu'il a maintes fois prouvé qu'il ne fallait pas le compter pour battu et ce, peu importe ce que les sondages d'opinion en disaient. Aujourd'hui, alors que le gouvernement annonce le dépôt d'une loi spéciale pour tenter de dénouer les fils inextricables de la grève étudiante qu'il a contribué à prolonger, je ne peux m'empêcher de penser qu'il flotte une certaine odeur de fin de régime sur le Québec.

La perte de l'autorité morale

À quoi reconnaît-on une fin de régime? Difficile à dire puisque le troisième mandat du premier ministre Charest n'aura pas été de tout repos. Allégations de favoritisme dans le milieu des garderies et dans la nomination des magistrats de la province, s'ajoutant auxaccusations de collusion et de corruption dans le financement des partis politiques en lien avec les grands bonzes du milieu de la construction. Un mandat où le projet phare du gouvernement, le Plan Nord, s'est avéré être, en réalité, une grande braderie de nos ressources naturelles. Un mandat marqué par l'obstination d'un gouvernement à refuser d'entendre une population inquiète et outrée devant la corruption apparente du milieu de la construction, refusant pendant près de deux ans à déclencher la nécessaire commission d'enquête sur cette industrie névralgique. Deux ans avant de se résoudre à enfin nettoyer les écuries d'Augias. Cette même obstination, ce sont aujourd'hui les étudiants qui en font les frais. La fin de régime se résume peut-être à tous ces éléments qui se sont démultipliés dans les derniers mois ...

Mais la fin de régime se mesure surtout par la perte de l'autorité morale de gouverner. La difficulté à mesurer et apprécier l'ampleur des crises et l'importance des mouvements qui agitent la société. La difficulté à reconnaître les moments où le sens de l'État doit prévaloir et où l'on doit s'élever au-dessus de la mêlée plutôt que de se réfugier derrière des formules creuses et des blagues qui ne font que mettre le feu aux poudres. Comment alors imposer un retour en classe, fut-ce même par la force de la loi, alors que la population doute encore de la probité des membres du gouvernement qui, pour certains, accueillaient volontairement ou non à leur déjeuner des proches du crime organisé? Comment considérer les arrêts d'un magistrat dont on questionnait il y a un an à peine le processus de nomination?

Ce qui est le plus dommageable lorsque l'on a affaire à un gouvernement en fin de régime, c'est que les citoyens - et les étudiants dans le cas présent - en viennent à rejeter les arrêtés et les décisions des autorités gouvernementales légitimes qui devraient pourtant être les garantes de notre cohésion sociale et de nos institutions démocratiques. On a laissé le soin aux policiers et aux tribunaux de résoudre une crise essentiellement politique, en refusant le dialogue. Que l'on ne vienne pas se surprendre alors si l'on rejette - à tort ou à raison - les injonctions qui ne servent qu'à contourner les votes démocratiques et légitimes des associations étudiantes....

À vouloir faire le pari du cynisme, à vouloir miser sur l'essoufflement d'un mouvement plutôt que sur le compromis et la bonne entente, le gouvernement a contribué à créer un climat de révolte et d'indignation chez des jeunes qui, au départ, manifestaient somme toute dans un esprit démocratique et pacifique exemplaire. A-t-on déjà oublié que le 22 mars dernier, alors que 200 000 personnes envahissaient les rues de Montréal, aucune vitrine brisée, aucun acte de violence, aucune interpellation ou arrestation n'ont été déplorés? À ignorer souverainement les revendications légitimes - que l'on soit en accord ou non - d'une partie de notre société, on en vient à planter soi-même les vignes qui produiront, au final, les raisins de la colère. Aujourd'hui, le gouvernement en vendange les fruits pourris et amers, alors qu'il doit imposer par la loi ce qu'il a lamentablement échoué à négocier de vive voix.

Aux urnes!

À l'heure des médias sociaux et des plateformes participatives, à une époque où l'opinion publique est plus prompte à porter une cause sociale qu'à défendre un programme politique, il nous faudra trouver collectivement une façon de rénover l'édifice démocratique de notre État. La façon avec laquelle le gouvernement a ignoré pendant plus de deux mois les revendications des associations étudiantes nous donne la preuve qu'il est grand temps de refonder nos institutions démocratiques puisque face à une majorité parlementaire (élue par une minorité de voix), en dehors des élections, point de salut! Cette refondation, elle passe nécessairement par les urnes.

Cette grève étudiante qui nous touche tous, qu'on le veuille ou non, est le symbole de l'épuisement d'un gouvernement et d'un système parlementaire où l'omnipotence des appareils de partis aplanit les débats et transforme les député(e)s et ministres en moutons de Panurge. Line Beauchamp en fut la dernière victime, elle qui remplissait le carnet de commandes de son premier ministre. Nous sommes maintenant en fin de régime. Peut-être que les sondages s'amélioreront pour le premier ministre dans les prochaines semaines, mais il n'en demeure pas moins qu'à l'heure actuelle, il a perdu l'autorité morale de gouverner. Ne restera plus qu'aux étudiants, peu importe l'issue de ce conflit, à se déplacer massivement aux urnes aux prochaines élections. Car après tout, l'édifice vermoulu d'un gouvernement en décrépitude morale et politique peut servir de terreau fertile pour une nouvelle refondation de notre solidarité sociale et politique. Une certaine Révolution tranquille nous l'a déjà prouvé par le passé ...

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