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Est-il avantageux de retarder à 70 ans le paiement de la rente du Québec et de la pension de vieillesse?

Il faut bien peser le pour et le contre.

16/09/2017 08:00 EDT
Getty Images
Le fédéral et le provincial sont en train de modifier le système de retraite canadien.

La Chaire en fiscalité et en finances publiques de l'Université de Sherbrooke a publié une Analyse de la flexibilité du système actuel et effets d'une réforme possible des régimes de retraite publics. Antoine Genest-Grégoire et Luc Godbout tentent de démontrer que, même si on prend sa retraite à 65 ans ou avant, on aurait intérêt à retarder le paiement du Régime de rentes du Québec (RRQ) et de la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) à 70 ans. Martin Dupras, planificateur financier et actuaire, a collaboré.

Selon les règles actuelles, la rente du RRQ est augmentée de 42 % à 70 ans; la PSV, de 36 %.

Dans l'analyse, nous trouvons l'exemple de quelqu'un qui gagnait l'équivalent du salaire industriel moyen (SIM), soit 54 900 $ en 2016. Si cette personne a toujours cotisé au maximum, sa rente du RRQ vaut 13 110 $ à 65 ans ou 18 616 $ à 70 ans. Quant à sa PSV, elle vaut 6 942 $ à 65 ans ou 9 442 $ à 70 ans. Reporter donne environ 8 000 $ de plus par année. Intéressant, mais de quoi vivre avant 70 ans? Avec nos économies. Ça peut être un régime complémentaire de retraite (RCR) offert par l'employeur, des régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER), des comptes d'épargne libre d'impôt (CELI), des épargnes ordinaires ou des combinaisons de tout cela.

Reporter à 70 ans peut être avantageux pour les personnes gagnant plus que 27 000 $ par année, mais il faut bien peser le pour et le contre.

Reporter à 70 ans peut être avantageux pour les personnes gagnant plus que 27 000 $ par année, mais il faut bien peser le pour et le contre.

Commençons par signaler deux erreurs dans l'analyse.

Parmi les hypothèses retenues, il y a celle-ci : « Les cas simulés sont ceux de personnes qui commencent à travailler, et donc à cotiser au RRQ, à 25 ans [...] ». Nonobstant le fait qu'on cotise rarement au maximum au début de sa carrière, ces personnes n'auront cotisé que 35 ans si elles prennent leur retraite à 60 ans. Comme il faut avoir payé le maximum pendant 40 pour recevoir la rente maximale, la simulation de la prise de la retraite à 60 ans est inexact puisqu'il n'y a que 35 ans de cotisations.

La deuxième erreur est de présumer que les règles actuelles ne changeraient pas si beaucoup de gens choisissaient de retarder le paiement de la rente du RRQ jusqu'à 70 ans. Présentement, le régime paie 42 % de plus à cet âge, mais l'équivalent actuariel ne devrait pas dépasser 36 % comme pour la PSV. Le régime se montre généreux parce que presque personne n'a envie de profiter de sa générosité... Si on choisissait d'attendre, les pourcentages seraient abaissés pour éviter d'augmenter le coût du RRQ.

D'après nos analystes, quand on gagne l'équivalent du SIM ou plus, on a besoin de 60 % de ses revenus de travail à la retraite pour conserver son rythme de vie habituel. Quelqu'un gagnant 54 900 $ a donc besoin d'environ 33 000 $.

Mes propres calculs sont basés sur les mêmes hypothèses que celles de l'analyse (page 10), sauf que la simulation est celle d'une personne qui a cotisé au maximum au RRQ pendant au moins 40 ans. Comme dans l'analyse, la rente du RRQ et la PSV sont augmentées de 2,1 % pour suivre le coût de la vie.

Quand on n'a pas de fonds de pension privé, on peut s'acheter un REER. À l'âge de la retraite, on transforme son REER en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR).

Quand on n'a pas de fonds de pension privé, on peut s'acheter un REER. À l'âge de la retraite, on transforme son REER en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR).

D'après moi, on a besoin d'un FERR de 336 000 $ pour jouir de revenus de retraite de 33 000 $ si on demande la rente du RRQ à 60 ans et la PSV à 65 ans. Un FERR de 313 000 $ suffit si on retarde le paiement de la rente du RRQ et de la PSV à 70 ans.

Nos analystes ont raison. Selon les règles actuelles, ça coûte moins cher d'épargner pour la retraite quand on accepte l'idée de retarder le paiement des régimes publics. Malheureusement, cela peut avoir des conséquences fâcheuses.

L'espérance de vie à 60 ans, tous sexes confondus, est d'environ 25 ans. Autrement dit, 50 % des personnes qui dépassent 60 ans meurent avant 85 ans.

À 85 ans, j'ai reçu 961 000 $ de revenus de retraite (FERR + RRQ + PSV) si j'ai demandé la rente du RRQ dès 60 ans et la PSV à 65 ans. Par ailleurs, il reste encore 128 000 $ dans le FERR. Si j'ai retardé le paiement des régimes publics à 70 ans, j'ai reçu 936 000 $ à 85 ans et il ne reste que 39 000 $ dans mon FERR.

Cela signifie que si je dois mourir avant 85 ans, je ferais mieux de demander la rente du RRQ et la PSV le plus tôt possible, ne serait-ce que pour laisser un peu plus d'argent aux héritiers. Par contre, plus je vivrai vieux, plus j'ai intérêt à retarder le paiement des régimes publics.

Comme je ne connais pas l'avenir, j'ai choisi de recevoir la rente du RRQ à 60 ans et la PSV à 65 ans. J'ai appliqué une règle toute simple : dépenser l'argent qui disparaîtra avec moi avant de toucher à l'héritage.

L'analyse de la Chaire en fiscalité et en finances publiques conclut en suggérant quatre « avenues exploratoires ».

  1. Permettre le début des prestations jusqu'à 75 ans. Pourquoi pas? Cependant, ne pas s'attendre à plus que des équivalences actuarielles. Nos gouvernements refuseront d'augmenter les coûts.

  2. Pour le calcul de la rente du RRQ, éliminer les gains de travail inférieurs à la moyenne des gains de carrière après 60 ans. Je suis convaincu que c'est non puisque cela augmenterait les coûts.

  3. Fixer la PSV en proportion du SIM. Présentement, la PSV correspond à environ 13 % du SIM. Au milieu du siècle, ce ne sera plus que 8 % pour les plus jeunes. Ce serait bien que la PSV remplace toujours le même pourcentage du SIM. J'en parle en détail ICI. Malheureusement, le fédéral songe plutôt à la faire disparaître lentement pour la remplacer par le Supplément de revenu garanti (SRG) qui ne protège que les personnes à faibles revenus. Il n'est pas question, encore une fois, d'augmenter les coûts.

  4. Prévoir une exemption de revenu de retraite dans le calcul du SRG. Les personnes qui ont gagné des revenus modestes auront habituellement droit au SRG. Si elles ont fait l'effort d'épargner en vue de la retraite, le SRG est souvent réduit. Plusieurs craignent de perdre en épargnant... L'exemption suggérée cherche à régler ce problème. Dans un mémoire que j'ai présenté à Québec, je propose plutôt un crédit sur les cotisations au RRQ et à son frère jumeau, le Régime de pension du Canada (RPC), puisque ce sont des épargnes obligatoires. L'une ou l'autre solution sont des dépenses fiscales. Pour nos gouvernements, c'est probablement non.

Le fédéral et le provincial sont en train de modifier le système de retraite canadien. Le but ultime de l'opération est de réduire les dépenses gouvernementales ou, à tout le moins, de freiner leur expansion. Le RPC et le RRQ offriront davantage, mais coûteront plus cher aux cotisants. La PSV continuera de perdre relativement de la valeur. Moins de gens recevront le SRG. Comme dans bien d'autres domaines, nos gouvernements appliquent simplement le principe néo-libéral de l'utilisateur payeur. Ils privatisent un peu plus le système, en quelque sorte.