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Se donner les moyens de soutenir notre spécificité culturelle

Cette fameuse taxe Netflix n’aurait eu que très peu d’impact ici au Québec où l’enjeu est de revitaliser la production en français de toutes les formes d’expression culturelle.

30/09/2017 04:00 EDT
tcerovski via Getty Images

À vous de jouer, monsieur le ministre Fortin. Votre collègue d'Ottawa a fait son nid. Elle s'est avérée impuissante à convaincre son gouvernement d'appliquer ce que le milieu a identifié comme une « taxe Netflix » pour soutenir le financement du cinéma et de la production audiovisuelle.

Le milieu est déçu, mais, réjouissez-vous, cette décision de la ministre vous offre toute la marge de manœuvre pour agir, et plus efficacement, en faveur de la création artistique francophone. Et puis, cette fameuse taxe Netflix, elle n'aurait eu que très peu d'impact ici au Québec où l'enjeu est de revitaliser la production en français de toutes les formes d'expression culturelle.

Ce que le gouvernement canadien a refusé de faire, c'est d'imposer l'application de la taxe de vente à des services étrangers comme Netflix au même titre qu'il l'impose aux services canadiens, comme celui d'Illico. Le produit de cette taxe ne serait pas allé directement dans les coffres de votre ministère. Il aurait été versé dans le fonds consolidé comme le sont toutes les taxes de vente... comme le sont les taxes de vente imposées à Illico et à tous les services canadiens comparables!

Quant à l'arrangement de 500 millions de dollars conclu avec Netflix, convenez qu'il y en aura bien peu pour la production d'œuvres francophones. Et le peu qu'il y aura sera consacré au seul secteur du cinéma et de la télévision.

Il n'y a rien dans la politique adoptée par le gouvernement canadien qui puisse vous soulager de votre obligation de soutenir la culture québécoise.

Il n'y a rien dans la politique adoptée par le gouvernement canadien qui puisse vous soulager de votre obligation de soutenir la culture québécoise. Rien. Et pourtant, cette culture est tragiquement sous financée et dans certains domaines, dont celui de la chanson francophone, elle est carrément en situation de crise aigüe.

Je sais que vous planchez actuellement sur la rédaction d'un nouveau projet de politique culturelle. J'imagine bien vos fonctionnaires et les responsables des consultations en train de chercher les solutions miracles qui leur permettraient de tout faire mieux « dans le respect de la capacité financière du gouvernement ».

Vous le savez, moi et plusieurs autres, avons déjà joué dans ce film et j'aurais le plaisir de vous en dévoiler le dénouement, à moins que vous parveniez à proposer une solution qui sorte du cadre attendu, soit : un investissement massif et récurrent dans tous les domaines de la création culturelle québécoise et de sa diffusion.

Il nous faut produire plus de musique francophone, plus de livres, plus de pièces de théâtre, plus de spectacles, plus de films, plus de productions culturelles de toute nature et nous avons besoin de mieux soutenir nos créateurs, de mieux financer nos productions et de soutenir efficacement leur diffusion.

Les dernières années ont été marquées par une extraordinaire explosion de l'offre de produits culturels qui nous arrivent maintenant de partout, sous toutes les formes et sous toutes les tribunes. Nous avons l'habitude de nous targuer d'être un peuple de création, plus imaginatif que les autres. Admettons, mais la seule imagination ne nous permettra pas de résister à la déferlante. Il nous faut produire plus de musique francophone, plus de livres, plus de pièces de théâtre, plus de spectacles, plus de films, plus de productions culturelles de toute nature et nous avons besoin de mieux soutenir nos créateurs, de mieux financer nos productions et de soutenir efficacement leur diffusion.

Je vous l'affirme, M. le ministre, l'imagination de vos fonctionnaires ne suffira pas. Il faut de l'argent, beaucoup d'argent, ce que votre gouvernement refusera de vous accorder, à moins que...

Vous avez, dans les archives de notre ministère, une solution durable toute prête élaborée en 1997, présentée par Mme Louise Beaudoin et qui visait à instaurer une redevance minimale sur tous les produits culturels exploités au Québec : films, livres, spectacles, musique exploitée sur toutes les plateformes, qu'elles soient sur support matériel (DVD) ou immatériel (Internet). Le ministre des Finances de l'époque, M. Bernard Landry l'avait acceptée, mais le premier ministre Lucien Bouchard avait décidé d'allonger 10 millions de dollars plutôt que d'imposer un système qui aurait assuré la pérennité du financement de notre spécificité culturelle.

À vous de jouer M. le ministre Fortin. Prenez courage ! Dans une perspective durable, donnez-nous les moyens de notre spécificité culturelle et vous aurez l'appui de tout le milieu culturel et de la population québécoise. Soyez-en convaincu.

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