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Manon Massé et la présomption d'innocence

08/02/2017 09:16 EST | Actualisé 08/02/2017 09:17 EST

Depuis les débuts de l'affaire Alice Paquet-Gerry Sklavounos, la députée Manon Massé a toujours défendu l'accusatrice, et ce même si aucune accusation formelle n'avait été portée contre la défense. Et même si aucune accusation ne sera portée contre Sklavounos, Massé n'en démord pas : il doit se questionner s'il est digne de siéger à l'Assemblée nationale.

Le questionnement revient plutôt à la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques.

En effet, son intervention dans l'affaire Paquet montre qu'elle n'a que faire d'un principe de droit anglo-saxon primordial à notre société : la présomption d'innocence. Sans doute une farouche partisane du mot-clic #onvouscroit, Manon Massé semble vouloir donner plus de poids aux accusations de viol qu'à l'innocence présumée - comment la justice fonctionne - de la personne accusée.

Cela en dit long sur ses standards moraux. Comment une représentante du peuple peut-elle si ouvertement supporter le dénigrement d'une personne contre qui aucune preuve solide n'existe? Comment réagirait-elle si une personne de son entourage (ou elle-même) devait être faussement accusée de la sorte?

Car même si Sklavounos est maintenant un homme libre, sa réputation est ternie à jamais. Il a beau être innocent, mais toujours un bruit de fond de rumeur courra au sujet de ses mains supposément baladeuses ou de ses désirs violents. S'il veut avoir justice, il ne devrait pas hésiter et poursuivre en diffamation toutes les personnes qui l'ont trainé injustement dans la boue pour un geste qu'il n'a probablement commis.

Justice civilisée et non barbare

Je dis « probablement » puisque son innocence ne veut que dire que les preuves accumulées sont insuffisantes pour l'accuser. Peut-être a-t-il commis les actes reprochés, mais il est impossible de le prouver hors de tout doute raisonnable.

Et c'est tant mieux ainsi. Un système de justice ne condamnant pas une personne sur qui un doute raisonnable peut persister est ce qui nous distingue de la justice populaire (lynch mob en anglais, c'est-à-dire décider de la culpabilité d'une personne dans la rue) qui régnait dans le passé.

On n'a qu'à regarder le sud des États-Unis pour se rappeler d'exemples infâmes de la justice populaire que semble affectionner la députée - Pierre Paradis est déjà, à ses yeux, coupable sans la moindre accusation formelle. Jusqu'aux années 20 environ, un Noir (d'autres groupes ont également subi le même sort) pouvait facilement être tué par une foule pour un crime qu'il n'avait probablement même pas commis. Et la définition de « crime » était ici très large; les « Black Codes » permettaient de punir les vagabonds (surtout Noirs), et un « regard de travers » pouvait être perçu comme un péché de luxure, ce qui pouvait facilement attiser le raciste passionné.

Même au 21e siècle, le regard de travers suscite la controverse. Au même titre qu'une blague sexiste ou une agression, le regard est considéré comme une « violence sexuelle » dans un rapport publié l'an dernier qui a fait beaucoup de bruit. Il n'en fallait évidemment pas moins pour que Manon Massé saisisse la balle au bond et continue de parler de cette inexistante culture du viol.

Veut-on vraiment devenir le monde de 1984 et condamner les crimes de pensée?

Oui, un regard insistant crée un malaise et une situation inconfortable - j'en ai reçu plus d'un. Par contre, de l'associer à des attouchements, du harcèlement ou des agressions physiques est une banalisation de la violence et une insulte aux personnes qui ont vraiment été victimes de violence. Veut-on vraiment devenir le monde de 1984 et condamner les crimes de pensée?

En résumé, les écrits de Manon Massé devraient la faire se questionner sur la dignité de sa position. Elle ignore la présomption d'innocence, elle ne respecte pas la séparation des pouvoirs en accusant le judiciaire de tous les maux quand elle n'a pas gain de cause et elle fait franchement preuve de misandrie en considérant comme coupable tout homme soupçonné de comportement sexuel criminel.

Pour reprendre ses propres mots : « Il lui appartient donc de décider en son âme et conscience si elle pense ou non pouvoir siéger à l'Assemblée nationale. » Sauf très rare exception, un député faisant preuve d'un militantisme aussi aveugle n'est pas digne de sa position.

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