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Fierté gai: ce que les politiciens devraient vraiment faire

18/08/2014 11:30 EDT | Actualisé 18/10/2014 05:12 EDT

Comme à chaque année, Fierté Montréal permet aux minorités sexuelles d'avoir une semaine bien à elles. Et comme à chaque année, des politiciens opportunistes en profitent pour rappeler aux électeurs qu'ils sont de leur côté et qu'ils font tout pour les aider. Il serait temps qu'ils passent de la parole aux actes.

En effet, il est grand temps que l'on permette aux hommes ayant eu des contacts sexuels avec d'autres hommes/aux femmes ayant eu des contacts sexuels avec de tels hommes depuis 1979 (pour citer le questionnaire d'Héma-Québec) de donner du sang sans condition.

La règle des cinq ans est déjà un pas dans la bonne direction, mais est encore trop restrictive, et surtout irréaliste. En clair, un gai (maintenant) monogame comme moi, qui a toujours pris les précautions nécessaires durant les rapports sexuels et qui n'a jamais contracté une seule maladie vénérienne, a plus de restrictions qu'un hétérosexuel (homme ou femme) qui couche à gauche et à droite.

Considérant que les dons sont systématiquement analysés, il est grand temps que cesse cette discrimination. Il est vrai que la prévalence des MTS est plus grande chez les gais. J'ai d'ailleurs pu rencontrer Françoise Barré-Sinousi, prix Nobel de médecine qui a codécouvert le VIH. Elle affirme voir une grande négligence chez les jeunes gais à cause de la médication qui stabilise (et non supprime) le virus.

Néanmoins, une telle réglementation d'un organisme quasi-public va à l'encontre de nos chartes des droits et libertés.

Pas besoin d'aide

Par ailleurs, malgré la noblesse de l'intention, je m'oppose à ces lois anti-discrimination. Qu'elles touchent l'embauche dans les organismes publics et parapublics va de soi. Après tout, un gouvernement moderne se doit de traiter tous les citoyens de façon juste et impartiale.

Toutefois, ce n'est pas aux autorités de décider ce qu'un employeur privé peut ou ne peut pas faire (sauf, évidemment, mettre volontairement la vie des travailleurs en danger, dans lequel cas la justice criminelle prend le relais). Si mon patron veut congédier à cause d'une caractéristique de moi sur laquelle je n'ai (probablement) aucun contrôle, il perdra un bon employé. Il devra également répondre de son geste s'il a violé le contrat que j'ai signé.

De plus, avec les moyens de télécommunications modernes, il est très facile de faire regretter son geste à un employeur ou une entreprise homophobe. De toute façon, voudrais-je vraiment donner mon argent et mon talent à des personnes qui m'haïssent la face?

La même chose s'applique quand les autorités forcent une entreprise à faire affaire avec des personnes qu'elle refuse de servir. Obligerait-on un boucher juif à servir des néonazis? Un bar de danseuses d'engager plus d'hommes? Alors pourquoi a-t-on obligé des entreprises à servir pour des mariages gais? Pourquoi a-t-on forcé ce bar de Montréal pour homme à accepter des femmes?

Dans les deux cas, les entreprises « fautives » étaient les pires, car elles se privaient volontairement de revenus. Si elles sont assez sottes pour le faire, grand bien leur en fasse. Dans notre économie de marché (relative), il y aura toujours quelqu'un pour saisir la balle au bond.

Bref, si les politiciens veulent vraiment « nous » aider, qu'ils s'assurent d'abolir toute réglementation qui nous transforme en citoyen de seconde classe. Après coup, seul le temps peut changer les mentalités. C'est un processus long et douloureux - les baby-boomers pourraient sûrement en raconter des vertes et des pas mûres à ce sujet -, mais c'est la seule façon de faire.

L'éducation aide, certes - j'ai participé, avec GRIS-Québec, à des exercices de démystification de l'homosexualité dans les écoles secondaires. Mais les lois anti-discrimination sont plus utiles pour les avocats que pour les personnes discriminées.

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