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Obama, le déclin américain, la Syrie et Israël

30/12/2016 08:57 EST | Actualisé 30/12/2016 08:58 EST

Deux tendances se manifestent dans les discours médiatiques sur la fin de la présidence Obama. D'un côté, Obama est vu comme le dernier président convenable avant l'arrivée de Trump, le ploutocrate imprévisible, à la Maison-Blanche le 20 janvier 2017. Une présentation médiatique qui n'évite pas le manichéisme en découle. D'un autre côté, Obama est vilipendé pour son refus d'intervenir en Syrie, sa passivité face à Poutine et sa soi-disant hostilité à Israël que certains n'hésitent pas à qualifier d'antisémite.

Il me semble que les louanges comme les critiques sont problématiques et que, dans bien des cas, elles devraient être inversées.

Obama, le prof de droit constitutionnel et bon orateur est effectivement un dirigeant politique plus recommandable et progressiste que son successeur d'extrême droite camouflé en ami du peuple.

Cependant, Trump arrive au pouvoir avec des atouts préparés par Obama: ainsi la campagne d'assassinats ciblés et les pratiques qui l'ont permise pourront continuer et s'intensifier même si le respect du droit dans cette affaire est plus que problématique. Les drones tuent des innocents et favorisent le terrorisme et on peut imaginer qu'un Trump aussi impulsif qu'irréfléchi en fera un usage intensif.

De même l'administration Obama est celle qui a expulsé le plus d'immigrants sans papiers ou en situation irrégulière et le mur promis par Trump entre les États-Unis et le Mexique est déjà en grande partie une réalité (en espagnol ici), qui parfois prend la forme d'une barrière électronique.

Ainsi donc si le président sortant n'a jamais fait de déclaration xénophobe, raciste ou sexiste comme Trump en est coutumier, il n'en reste pas moins que les politiques de son administration ont parfois été xénophobes (expulsions de Latinos) et que, par ailleurs, le sort des Afro-Américains ne s'est pas beaucoup amélioré lors de la première présidence d'un Afro-Américain aux États-Unis.

Sur le plan personnel, il n'y a rien de commun entre un intellectuel poli et doué et un clown ignare qui joue avec Twitter comme un pré-adolescent perturbé. Cependant une présentation manichéenne gomme à la fois les éléments de continuité politique et surtout le fait que le président américain ne fait pas ce qu'il veut, qu'il est contraint, non seulement par les autres pouvoirs, législatif et judiciaire, mais aussi et surtout par les lobbys en tout genre, le complexe militaro-industriel ou ce que l'on appelle l'État profond. Ce dernier comprend le monde des affaires, lui-même incluant la plupart des médias.

Obama n'a donc pas toujours fait ce qu'il voulait ou ce que sa pensée lui disait être positif. Il a cédé à l'État profond sur l'organisation de l'économie où il a fait entrer la finance, et surtout Goldman Sachs dans la prise de décision, ce qui est un autre élément de continuité avec Trump. Quel que soit le pouvoir en place, Goldman Sachs a ses hommes dans la place. Obama a cédé aux pressions sur le niveau des troupes américaines en Afghanistan et sur la guerre en Libye en 2011, ce qu'il a officiellement regretté par la suite.

Avec Trump il ne s'agira pas de céder à l'État profond puisqu'il en fait déjà partie et que ses nominations montrent à quel point il place la richesse et la ploutocratie au-dessus de tout autre critère.

La récente décision de ne pas imposer un veto à une résolution condamnant les colonies dites juives qu'Israël implante en territoire palestinien, ainsi que le long discours de John Kerry sur le même sujet, illustrent à la fois le décalage entre la pensée profonde des dirigeants et leurs décisions politiques.

Obama et Kerry sont convaincus que l'attitude d'Israël qui ne cesse d'étendre ses implantations empêche une négociation de paix (ainsi que l'attitude de certains Palestiniens), mais l'administration Obama a toujours soutenu Israël, sur le plan politique et financier. Netanyahou n'a cessé d'insulter Obama et son administration, mais a obtenu pratiquement tout ce qu'il voulait (sauf l'annulation de l'accord sur le nucléaire iranien). Israël vient d'obtenir une augmentation de l'aide financière américaine (38 M de dollars sur dix ans) plus que n'importe quel autre pays et alors qu'Israël est un pays riche. Pendant les huit ans de présidence Obama, on a donc eu un soutien indéfectible à Israël alors même que le premier ministre israélien insultait Obama et qu'Israël ne respectait aucune demande américaine sur les implantations.

La décision à l'ONU et le discours de Kerry font état de ce que pensent ces dirigeants, mais arrivent bien trop tard pour changer quoi que ce soit. Cela illustre donc une certaine impuissance des présidents américains et de leurs administrations, soumis aux pressions des lobbys comme l'AIPAC ou à celles de leur propre parti, conjuguées à celles de l'opposition.

Le président qui, dans les faits plutôt que les discours, a été le plus pro-Israël, est critiqué pour sa soi-disant hostilité à ce pays. La critique n'a rien à voir avec la vérité des relations, mais plutôt avec l'énonciation de vérités qui dérangent - bien que non suivies d'effets.

Sur la Syrie, on entend partout, et Jean-Pierre Filiu s'en est fait une spécialité quasi obsessionnelle, que les États-Unis ont choisi la faiblesse et donc la non-intervention. Il convient tout d'abord de rappeler que les États-Unis sont intervenus avant même 2011 par l'intermédiaire de leurs alliés, comme l'Arabie saoudite et qu'ils ont voulu soutenir les groupes d'opposition à Assad en envoyant armes, argent et conseillers, comme la France du reste. Cette intervention renouait avec une pratique de soutien à des groupes terroristes djihadistes comme en Afghanistan au moment de l'invasion soviétique. Donc l'intervention eut bien lieu, mais n'était pas forcément bien pensée.

Par la suite, Obama a décidé de ne pas s'engager totalement en Syrie, ce qui a laissé le champ libre à la Russie. Ce choix était dicté par les leçons tirées d'une longue série d'interventions qui ont toutes débouché sur plus de chaos: Afghanistan où la guerre est ingagnable et interminable, Irak où les États-Unis ne cessent de payer les mensonges initiaux et où l'invasion a été un facteur essentiel dans l'émergence de Daech, Libye où le chaos et la diffusion du terrorisme ont fait suite à l'assassinat du dictateur.

Les États-Unis, par ailleurs, soutiennent l'Arabie saoudite qui commet des massacres au Yémen qui n'ont rien à envier à ceux d'Alep, ils utilisent des drones dans sept pays et ne réussissent qu'à alimenter la terreur qu'ils disent vouloir éteindre. Donc Obama n'a pas voulu ajouter un autre foyer de chaos total que les États-Unis auraient à gérer. Imaginons une intervention armée américaine contre le terrible boucher de Damas, Assad, lequel est soutenu par une partie importante de la population et par la Russie et l'Iran. Le carnage aurait été total, le risque d'une guerre avec la Russie accru et la guerre ainsi déclenchée tout aussi ingagnable et interminable que celle en Afghanistan. Ceux qui réclament une plus grande implication des États-Unis n'ont peut-être pas peur d'une troisième guerre mondiale.

Les louanges comme les critiques sont simplistes et l'on voit parfois des dénonciateurs de l'impérialisme américain regretter qu'Obama n'ait pas lancé une guerre totale en Syrie. Sur ce plan, le président français François Hollande fait partie des irresponsables simplistes. Une intervention américaine en Syrie aurait encouragé tous les groupes djihadistes, comme en Afghanistan et ajouté un bourbier à d'autres bourbiers.

Ainsi Obama est loué lorsque ses politiques sont problématiques (drones, expulsions), mais voué aux gémonies lorsqu'il choisit la retenue et la mesure (Syrie et très, très récemment Israël). L'histoire des interventions américaines post-11 septembre montre que la réponse militaire produit chaos, dévastation et absence de solution. Il est probable que la Russie fera, une fois encore elle aussi, l'expérience du chaos suivant une intervention militaire.

Israël adore Trump et pense avoir les coudées franches avec le bouffon ploutocratique, mais devra se rendre compte que Kerry et Obama ont raison dans leurs avertissements.

Il serait bon que les jugements sur Obama et son administration soient eux-mêmes marqués par la retenue et la mesure. Nous allons bien évidemment regretter Obama, mais aussi regretter les occasions manquées et les politiques initiées par l'administration Obama qui favorisent la brutalité à laquelle ne manquera pas d'avoir recours l'adolescent hors de contrôle et violent qui tweetera depuis la Maison-Blanche.

Ce billet de blogue a été initialement publié sur Le Huffington Post France.

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