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Pourquoi une Nuit des sans-abri est-elle encore pertinente en 2017 ?

Il y a certes des progrès, mais il reste beaucoup à faire pour endiguer l’itinérance à Montréal, comme ailleurs.

19/10/2017 09:00 EDT
mihailomilovanovic
Au-delà de cette itinérance visible, dans les ressources et dans la rue, on nomme de plus en plus de situations d’itinérance dite cachée, mais bien réelle.

Le vendredi 20 octobre se tiendra la Nuit des sans-abri. Cela fait maintenant 28 ans que cet événement se tient à Montréal. Cette année, il aura lieu dans 40 villes au Québec. Pourquoi une Nuit des sans-abri est-elle encore pertinente en 2017 ?

Créé pour attirer l'attention sur une question négligée, ce rassemblement annuel demeure nécessaire, parce que toutes les nuits, trop d'hommes et de femmes de tous âges se retrouvent sans adresse fixe. Il y a certes des progrès, mais il reste beaucoup à faire pour endiguer l'itinérance à Montréal, comme ailleurs.

Désespoir et des espoirs

Les dernières données compilées par la Ville de Montréal indiquaient à la mi-septembre une pleine occupation des ressources d'hébergement d'urgence, malgré une chaude fin d'été. Tant les 583 places pour hommes que les 57 places pour femmes étaient régulièrement en occupation pleine et même en débordement pour certaines nuits.

Pour les femmes qui privilégient des hébergements de court et moyen terme, on note également une occupation maximale des ressources. L'itinérance continue d'être observée dans les rues du centre-ville, de même que dans de nombreux autres arrondissements de Montréal.

Au-delà de cette itinérance visible, dans les ressources et dans la rue, on nomme de plus en plus de situations d'itinérance dite cachée, mais bien réelle.

Au-delà de cette itinérance visible, dans les ressources et dans la rue, on nomme de plus en plus de situations d'itinérance dite cachée, mais bien réelle. Ainsi, l'hiver dernier le Conseil des Montréalaises et le Conseil Jeunesse de Montréal publiaient de solides avis portant sur l'itinérance des femmes (Voir l'invisible) et sur celle des jeunes (Dévoiler une réalité peu visible).

L'importance de l'itinérance est de plus en plus reconnue et des actions importantes sont réalisées pour prévenir et réduire ce phénomène. Ainsi plus d'une dizaine de groupes membres du RAPSIM sont en voie de construire plus de 400 nouveaux logements sociaux pour la population en situation d'itinérance ou à risque de l'être. Un nombre certes insuffisant, mais qui permettra à autant de personnes d'éviter la rue ou d'en sortir. Notons également la mise en place de quatre sites d'injection supervisée qui viennent en aide notamment à des personnes itinérantes.

Pour maintenir l'espoir, les gouvernements et la Ville doivent également poursuivre et renforcer leur action en matière de lutte à l'itinérance. S'ils s'engagent dans ce sens, d'autres Nuits des sans-abri seront nécessaires, mais pourraient permettre de souligner des progrès plus importants.

Une décision majeure à Ottawa

Depuis son élection, le gouvernement Trudeau a rompu avec l'imposition du modèle Housing first, une approche imposée sous les conservateurs et ciblant l'itinérance chronique. Comme on le voit à Montréal, cette approche ne peut à elle seule contrer l'itinérance.

En mars dernier, le gouvernement fédéral annonçait dans son budget une reconduction de sa Stratégie de partenariats de lutte contre l'itinérance pour 10 ans, avec un budget presque doublé, tel que demandé par les Villes et le RAPSIM.

Pour Montréal, cela représente plus de 100 millions $ pour la prochaine décennie. L'orientation qui sera retenue pour l'affectation de ces fonds demeure cependant à être précisée. Or, il est crucial que celle-ci se fasse avec une approche globale, permettant de soutenir différentes interventions pour prévenir et réduire l'itinérance.

Les fonds fédéraux doivent aussi continuer de contribuer à la réalisation de logements sociaux et à l'amélioration des installations des organismes, tels que les centres de jour et ressources pour toxicomanes.

En finir avec l'austérité au Québec

Au Québec, la Politique nationale de lutte contre l'itinérance apporte une vision globale des actions à mener, en logement, mais aussi au niveau du revenu, de la santé, de la réinsertion et de la cohabitation. Adoptée en 2014, cette Politique a vécu un déploiement difficile, marqué par des mesures d'austérité mises en place par le gouvernement dans les dernières années.

Le plus récent budget Leitao a marqué un retour timide à des investissements nécessaires pour lutter contre l'itinérance. Mais ces fonds sont insuffisants au regard des besoins actuels et souvent, ne font que rétablir ce qui a été coupé.

Condamner des personnes à survivre avec 404 $ par mois augmenterait au contraire le risque d'itinérance et réduirait considérablement les chances d'en sortir.

L'adoption imminente d'un nouveau Plan de lutte à la pauvreté donne l'occasion au gouvernement Couillard de faire une différence. Comme son ministre François Blais l'a nommé, des mesures importantes doivent cibler le revenu des personnes seules. Cela contribuera à lutter contre l'itinérance, pourvu que le gouvernement renonce à appliquer les mesures punitives dans le cadre de sa réforme de l'aide sociale, le Programme Objectif Emploi. Car condamner des personnes à survivre avec 404 $ par mois augmenterait au contraire le risque d'itinérance et réduirait considérablement les chances d'en sortir.

Ville métropole et itinérance

Selon le maire Coderre, les pouvoirs accrus qu'a obtenus Montréal avec son statut de Ville métropole permettront de mieux lutter contre l'itinérance. Cela reste à voir et dépendra en grande partie des moyens dont disposera Montréal pour agir, par exemple en logement social.

Le bilan de son administration comporte certaines bonnes notes, mais aussi des manques importants. Des actions claires et soutenues devront faire partie du prochain plan d'action de la Ville en itinérance.

La Ville doit continuer de soutenir le développement de logements sociaux avec soutien communautaire pour les personnes itinérantes, notamment en travaillant à la sauvegarde des maisons de chambres.

Comme le demande le rapport unanime des élus, à la suite de la consultation menée cet été sur le profilage social et racial, il est urgent de revoir la règlementation municipale et son application qui entrainent trop souvent des tickets inutiles et des abus envers les sans-abri.

Tant le programme de l'équipe Coderre que celui de Projet Montréal /équipe Valérie Plante ont repris des demandes portées par le RAPSIM. Ces deux principaux candidats à la mairie de Montréal seront présents à la Nuit des sans-abri vendredi. Un bon signe, car leurs engagements devront se concrétiser, le RAPSIM y veillera, 365 jours par année.

Pour soutenir la lutte à l'itinérance, venez faire un tour à la Nuit !

Marche de départ- Rassemblement au Carré Phillips à 17h30

Vigile, interventions, prestations, brazero, café et plus au Square cabot, de 19h00 à 1h00 AM

Pour informations sur les 39 autres Nuits au Québec : www.nuitdessansabri.com

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