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Les 10 ans de l'opération Colisée

22/11/2016 08:19 EST | Actualisé 22/11/2016 08:36 EST

Il y a exactement dix ans s'amorçait au matin du 22 novembre 2006 une formidable offensive policière menée contre la plus influente et puissante organisation de la mafia au Canada, la famille Rizzuto. L'opération, baptisée « Colisée », était la plus importante rafle policière jamais réalisée dans l'histoire de la police canadienne contre la mafia de Montréal.

En effet, ce matin-là, quelque 700 policiers effectuent plus de 90 perquisitions dans des résidences situées dans la grande région de Montréal et de Laval, et procèdent à l'arrestation de 73 personnes, dont parmi celles-ci les têtes dirigeantes du clan Rizzuto, à savoir Nicolo Rizzuto senior, Paolo Renda, Rocco Sollecito, Francesco Arcadi, Francesco Del Balso et des dizaines de membres affiliés. Une vingtaine d'autres individus, également visés par l'opération, seront capturés, ou se rendront éventuellement par eux-mêmes à la police. Quelque 1 350 accusations criminelles sont déposées contre les mafieux, allant de l'importation, de complot pour importation, de trafic de drogues, de complot pour trafic de drogues, de gangstérisme, de bookmaking, d'extorsion et de tentatives de meurtre. Certains des individus arrêtés ont vu leurs avoirs saisis, soit des résidences et des comptes bancaires.

L'opération Colisée, qui avait été mise sur pied au tout début des années 2000, visait à mettre au jour les nombreuses activités criminelles du clan Rizzuto qui opérait non seulement à l'échelle régionale, mais qui avait ses antennes en plusieurs endroits à travers le monde.

L'opération Colisée a sans aucun doute déstabilisé l'organisation Rizzuto, et lui a peut-être même porté un coup fatal.

Ce n'était pas la première fois que la mafia montréalaise se retrouvait dans le collimateur de la police. Dès le milieu des années 1980, plusieurs enquêtes d'importance ont ciblé des acteurs importants de l'organisation Rizzuto, notamment dans le domaine du trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent. Il suffit de penser à l'opération « Battleship »(1986), une enquête portant sur un complot d'importation de 13 tonnes de haschisch; à l'opération « Bedside » (1990), concernant un complot d'importation de 40 tonnes de haschisch; à l'opération « Contrat-Compote » (1994), une spectaculaire opération d'infiltration montée par la GRC à partir d'un faux bureau de change, qui visait à identifier des individus affiliés à plusieurs organisations criminelles, dont l'organisation Rizzuto, qui recouraient à des services bancaires pour blanchir d'importantes sommes d'argent provenant des produits de la criminalité; et enfin, l'opération « Omertà » (1998), qui ciblait les activités d'importations de cocaïne et de haschisch, et de blanchiment d'argent effectué par l'organisation Caruana-Cuntrera, une famille mafieuse originaire de la Sicile, dont plusieurs de ses membres opèrent depuis bon nombre d'années à Montréal et à Toronto.

L'opération Colisée a sans aucun doute déstabilisé l'organisation Rizzuto, et lui a peut-être même porté un coup fatal. Elle survenait à un moment critique où le clan Rizzuto était privé de son leader, Vito Rizzuto, alors détenu depuis janvier 2004, à la demande des autorités américaines qui voulaient le juger relativement à une affaire de triple meurtre de trois capitaines de la famille Bonanno exécutés à New York, en 1981. Dès lors, commence une longue guerre sanglante entre diverses factions mafieuses qui tentent de renverser ce qui reste de la famille Rizzuto, un conflit qui fera au cours des années suivantes de nombreuses victimes au sein du clan des Siciliens.

Nicolo Rizzuto senior, Paolo Renda, Rocco Sollecito et Lorenzo Giordano qui avaient plaidé coupables à de nombreux chefs d'accusation dans la foulée de Colisée, tomberont tour à tour sous les balles de tueurs. Seuls Francesco Arcadi et Francesco Del Balso, également condamnés et libérés depuis, échapperont à la mort. Plusieurs autres grands noms de la mafia montréalaise subiront aussi le même sort. Il suffit de penser à Federico Delpeschio (août 2009), Nicolo Rizzuto, junior (décembre 2009), Salvatore Montagna (novembre 2011), Jos Di Maulo (novembre 2012), Moreno Gallo (novembre 2013), Vincenzo Spagnolo (octobre 2016). Cela est sans compter la vingtaine d'autres mafieux de second plan, victimes eux aussi de règlements de comptes. Et si Vito Rizzuto, à son retour de prison en octobre 2012, n'était pas décédé de causes naturelles un an après, il est permis de penser qu'il aurait été lui aussi victime d'un attentat à sa vie.

Quand la mafia tire, c'est qu'elle a des problèmes.

Au mois de novembre 2015, une autre opération policière d'envergure frappe la mafia de Montréal. Stefano Sollecito, celui que les autorités désignent comme le leader de facto, est alors arrêté dans le cadre de l'opération « Magot - Mastiff». Cette frappe visait à démanteler un consortium de mafieux regroupant entre autres Leonardo Rizzuto, fils de Vito, qui a lui aussi été arrêté. Ceux-ci avaient formé une alliance avec d'autres groupes criminels, notamment les motards, en vue de conserver la mainmise sur des territoires de vente de stupéfiants dans la grande région métropolitaine. Sollecito, gravement malade, a été libéré sous une caution. Il est confiné à son domicile afin d'y poursuivre des traitements que nécessite son état. Il en va autrement pour Leonardo qui est toujours incarcéré. D'aucuns pensent que si ce dernier était remis en liberté provisoire, il serait la cible probable d'un attentat.

Dix ans se sont écoulés depuis l'opération « Colisée» et la mafia de Montréal n'a toujours pas de leader confirmé et reconnu. Aucun prétendant n'a su jusqu'à maintenant se démarquer et prendre les commandes de l'organisation. Comme l'a dit Leonardo Sciascia, écrivain sicilien et fin observateur de la mafia : « Quand la mafia tire, c'est qu'elle a des problèmes. » Il semble que ce soit encore actuellement le cas à Montréal.

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