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Lettre amicale à M. Pierre-Karl Péladeau

20/11/2014 01:37 EST | Actualisé 20/01/2015 05:12 EST

Cher monsieur,

D'abord, permettez-moi de vous féliciter de vive voix pour votre entrée dans ce monde politique, un monde si différent de celui auquel vous étiez habitué, soit celui d'un PDG que tout le monde doit écouter et respecter sans se poser de question. Je le dis sans ironie : en acceptant de faire le saut en politique, vous êtes allé au bout de vos convictions, et j'ai le plus grand respect pour cela.

Mais ce matin, je dois vous dire que vous êtes bien mal informé. Sur votre page Facebook, vous reprochez à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et vous me reprochez personnellement de ne pas avoir défendu Pierre Allard, ex-éditorialiste invité au journal Le Droit, viré par son employeur parce qu'il aurait tenu sur son blogue des propos ayant déplu à la compagnie mère, Gesca, une filiale de Power Corporation. M. Allard y faisait part de sa vive inquiétude quant à des compressions très possibles au sein des journaux régionaux de l'entreprise, dont le sien.

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À ce propos, vous écrivez : « Est-ce parce que Gesca commandite son congrès que la FPJQ est plus que silencieuse pour protéger la liberté de presse et d'opinion quand il s'agit de l'empire Power Corporation? » Au moment où j'écris ces lignes, je relis une prise de position de la FPJQ datée du 3 juin dernier qui s'intitule «Un éditorialiste du Droit renvoyé à la suite de ses propos sur Gesca».

Vous avez dû la rater... Nous y défendions le droit d'un journaliste à se prononcer sur l'avenir de son média.

Vous avez sans doute également raté cette autre prise de position, datée du 16 mai celle-là, intitulée «L'information n'est pas une marchandise». Elle porte sur des déclarations de messieurs André et Paul Desmarais, grands patrons de Power Corporation et de Gesca, qui annonçaient alors d'éventuelles compressions dans leurs journaux régionaux. Je cite le communiqué de la FPJQ: «L'apparente insensibilité de ces deux grands propriétaires de journaux aux besoins en information des citoyens de ces régions a de quoi étonner. L'économie de nos régions, leur vie culturelle qu'on découvre si active pour peu qu'on sorte de Montréal, leur vie sociale très riche! et leurs relations tissées serrées, tout cela qui fait que le Québec est ce qu'il est, et dont parlent ces journaux tous les jours, ne serait-il qu'une marchandise?»

Vous laissez sous-entendre, M. Péladeau, que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec se laisserait acheter par La Presse, Gesca et les frères Desmarais. Vous devriez être journaliste, parce que si vous l'étiez, avant de publier de tels propos, vous auriez fait preuve de beaucoup plus de rigueur dans vos recherches. Gesca, comme d'autres entreprises médiatiques - à l'exclusion des vôtres, malheureusement - contribue effectivement au financement de la FPJQ... À hauteur de 7 500 $ par année, sur un budget total approchant les 400 000 $. Ni la Fédération ni moi ne nous sentons attachés par ce financement. Et quand bien même cette contribution de Gesca atteindrait 75 000 $, nous n'aurions aucune hésitation à envoyer paître quiconque tenterait d'influencer notre détermination à défendre la liberté de la presse.

Quant à notre congrès, je vous souligne qu'il a aussi pu compter sur l'appui de nos autres partenaires médias, soit Bell Média, Radio-Canada et Sélection du Reader's Digest. J'ajoute que le Journal de Montréal a gracieusement accepté de publier le journal de l'évènement.

Forte de ses 2 000 membres, la FPJQ rassemble et représente des journalistes de partout au Québec, y compris des indépendants et des journalistes de Québecor. Nous sommes, par ailleurs, fiers d'avoir deux journalistes de Québecor qui siègent à notre conseil d'administration : leur contribution est essentielle à la défense de la liberté de presse.

Cordialement,


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