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Démographie et immigration: une opportunité pour le Québec

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Plus de 5 000 Français ont immigré au Québec en 2012, selon le ministère de l'Immigration et des communautés culturelles. Est-ce fondamentalement positif pour la Province? Pour moi, la réponse ne fait aucun doute.

La plupart des pays développés vont prochainement connaître une crise de l'État providence. Alors que le nombre de retraités va fortement augmenter, le nombre de travailleurs va au mieux stagner. Autrement dit, les dépenses de retraites et de santé vont exploser, tandis que les revenus fiscaux ne vont pas suivre. Gardons à l'esprit qu'une personne âgée coûte en moyenne dix fois (!) plus cher en soins de santé qu'un adulte de 40 ans.

La situation est pire au Québec pour deux raisons. Le taux de natalité est en effet particulièrement faible, et le système de santé est financé par l'État (donc par nos impôts). Une récente étude du CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) prévoit ainsi un doublement des dépenses de santé d'ici à 2030, et tire la sonnette d'alarme.

À moins de cesser la prise en charge des dépenses de santé à partir d'un certain âge, il faudra donc lever davantage de recettes fiscales. Le problème est qu'il est impossible d'imposer davantage les revenus élevés. Ceux-ci sont déjà tellement imposés qu'ils sont maintenant peu nombreux au Québec, notamment avec la migration des activités économiques vers l'Ontario et l'Alberta. Dans ces conditions, augmenter les taux d'imposition ne servirait qu'à accélérer l'exode et ne procurerait pas substantiellement plus de recettes fiscales à long terme, comme le gouvernement actuel le découvre.

Il est bien sûr possible de poursuivre sur cette voie, en imposant davantage un nombre toujours plus faible de revenus élevés, ainsi que la classe moyenne. Le Québec entrerait ainsi dans une spirale de déclin: il serait peu attirant pour les créateurs de richesse, il se viderait de ses habitants productifs, et serait par conséquent incapable de financer des services publics de qualité (notamment en ce qui concerne la santé et l'éducation), ce qui diminuerait encore son attrait aux yeux de tous. Voilà pour l'option statu quo.

Pourtant, il existe une façon soutenable de générer des revenus fiscaux additionnels substantiels : faire croître l'activité économique de la province, afin d'augmenter la base taxable. Or celle-ci dépend essentiellement de deux facteurs: du nombre de travailleurs, et de leurs revenus, lesquels sont fonction de leurs qualifications et de leur temps de travail.

Les leviers du gouvernement sont alors clairs. Les qualifications peuvent s'améliorer en investissant dans l'enseignement supérieur, en particulier dans les filières valorisées sur le marché du travail. Le nombre de travailleurs peut quant à lui s'accroître avec l'immigration.

Dans cette perspective, il ne sert bien sûr à rien de faire venir des immigrants qui ne parviennent pas à trouver un emploi - ce qui est à présent trop souvent le cas, le taux de chômage des immigrants étant nettement plus élevé que celui des personnes nées au Québec. Mais ce n'est pas le cas pour tous : le taux de chômage des immigrants en provenance d'Europe occidentale était ainsi de seulement 5,5% en 2011! Ceux-ci ne représentaient cependant que 7,8% des arrivées la même année...

Au-delà de la région d'origine, il s'agit surtout de réorienter la politique d'immigration pour faire venir des immigrants particulièrement qualifiés qui gagneront des hauts revenus et paieront donc des impôts élevés. Seul problème: rien ne les force à choisir le Québec. Il faudra donc leur offrir un environnement favorable, notamment en matière de taux d'imposition: ils ne vont pas affluer si l'État s'approprie 60% de leurs revenus. Il faudra également avancer sur la reconnaissance et l'équivalence des diplômes, faciliter les démarches d'immigration, et permettre aux entreprises d'embaucher plus facilement des talents étrangers.

Il ne faudrait pas non plus que cette vague d'immigration ne compromette les valeurs québécoises (comme nous le rappelle le débat sur la Charte) ou ne se traduise par une marginalisation de la langue française.

Cela nous amène à cette opportunité unique pour le Québec: avec les difficultés économiques de la France, il existe maintenant un réservoir de jeunes talents qui parlent bien français, et souhaiteraient émigrer vers des cieux plus propices. Une étude récente de l'Institut Montaigne révèle ainsi que 79% des étudiants des Grandes Écoles de gestion et d'ingénieur françaises ont l'intention de travailler à l'étranger.

En attirant une partie de ces jeunes talents, le Québec entrerait dans un cercle vertueux d'augmentation de l'activité économique, laquelle génèrerait de nouvelles recettes fiscales et permettrait d'affronter plus sereinement la crise démographique à venir. Cela semble faisable, d'autant plus que le Québec jouit d'une très bonne réputation en France - notamment du fait de la qualité de vie, de l'état d'esprit qui y prévaut, et des opportunités. A présent, les Français se bousculent pour pouvoir y immigrer.

Pourtant, aujourd'hui, malgré la proximité culturelle et la bonne formation dont ils bénéficient généralement, les Français ne représentent que 9% des immigrants au Québec, derrière la Chine et juste devant Haïti. Pourquoi pas plus...?

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