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Regrets des lettres d'amour et des greniers

25/01/2015 09:12 EST | Actualisé 27/03/2015 05:12 EDT

L'avènement des textos et celui des condos ont relégué à l'histoire ancienne les lettres d'amour et les greniers.

Quel est le lien, me direz-vous ? C'est qu'on ne s'écrit plus, on « communique » on ne conserve plus nos correspondances, on les «supprime » et, après un purgatoire plus ou moins long, on les verse dans la «corbeille ».

Il fut pourtant un temps, qui dura si longtemps qu'on n'aurait jamais imaginé qu'il cesserait un jour, où les missives d'amour étaient moyens de séduction et les greniers, lieux secrets d'amours anciennes au goût de bonheurs enfuis.

Ces intimités épistolaires tissaient les oscillations du cœur, l'obsession d'être aimé, avec toute la vérité de la spontanéité.

Tout cela est du passé, à quelques rarissimes nostalgiques exceptions.

On ne trouve ni ne cherche plus les lettres de son père à sa mère, d'une écriture à la fois malhabile et appliquée, pleine de tendresse débordante entre les lignes, qui nous révélaient les jeunes amours à qui on doit la vie.

Il s'y trouvait des mots bouleversants d'émotions et même des poèmes involontaires quand les mots quittent la raison pour le cœur exclusivement, l'amour étant inconscient (dixit Simone de Beauvoir), son mouvement à contrecourant du sens commun.

La lecture de ces exercices délectables - quand on en a la chance - nous rend leurs auteurs sympathiques et donne souvent à nos propres sentiments amoureux une dimension sensible que nous ne leur avions peut-être pas encore donnée.

Les amoureux d'autrefois, avant d'avoir compris les méandres du sentiment amoureux, inventaient à tâtons des formules nouvelles pour convaincre, conquérir, séduire. Du rêve, du rêve : ces missives qui n'effleuraient pas les écueils de la réalité flottaient déjà au-dessus de caresses non encore osées.

La phrase n'était pas toujours juste, trichait souvent orthographe et syntaxe, mais le cœur battait et c'est tout ce qui importe, car, lorsque l'écriture est aussi sincère, qu'importe la grammaire.

Du bonheur de lire des lettres d'amour, je prends pour exemple une des belles coutumes qu'entretenait mon épouse décédée.

Régulièrement elle rédigeait des mots qu'elle déposait sur mon bureau, dans mes tiroirs, mes poches de pantalon, sous mon assiette, et même dans mes bottes, l'hiver. Des mots que j'ai conservés alors qu'il m'arrive d'en découvrir d'autres rédigés alors qu'elle était malade, et se savait condamné.

Puisqu'il n'y a plus de grenier, je les ai rangés dans une boîte à bijoux et je les relis sachant que j'accède ainsi à une part d'éternité.

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