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Le temps des uns n'est pas celui des autres

02/11/2014 08:40 EST | Actualisé 02/01/2015 05:12 EST

Le temps est une notion relative, on l'a beaucoup dit et on le répète; mais il est rare qu'on en fasse la démonstration. Peut-être faut-il vivre la différence pour la comprendre ?

La rencontre avec une autre culture permet de saisir des réalités divergentes de celles que nous connaissons et parmi elles, des rapports avec le temps qui ne nous ressemblent pas.

Il y a quelques années, la publication d'un de mes ouvrages (Mon ami Simenon) m'a valu d'être invité à rencontrer des lecteurs du Gabon et du Cameroun. J'ai pu alors constater combien les Africains ont une tout autre perception du temps. Chez nous, le temps est une contrainte : la montre et le calendrier nous imposent leur loi et nos vies sont organisées en fonction de l'inamovibilité des heures et des jours. Nous sommes au service du temps qui est pour nous une mesure quantifiable et évaluable : on parle du temps qui est de l'argent, des travailleurs qui gagnent tant de l'heure, des prisonniers qui doivent faire leur temps, etc. Le temps, nous en dépendons et en somme les sujets. Pour exister, survivre, réussir, nous devons observer ses délais, ses règles et ses principes.

Hors du temps, nous perdons nos repères, nous cessons d'exister.

En Afrique, il est beaucoup plus relâché, ouvert et flexible. C'est une convention qu'on modifie à volonté, dont on influence le débit et le rythme. Un événement n'est pas arrêté pour telle heure : il se produit quand les éléments qui le composent sont réunis. Ainsi l'heure où aura lieu telle rencontre est effectivement celle où elle se produira et non le moment où on l'a planifié.

Autrement dit, en Afrique le temps est le résultat de l'action.

Vous devez assister à un mariage gabonais et désirez savoir à quelle heure se tiendra la cérémonie, tel samedi? On vous répondra, quand les mariés et leurs invités seront arrivés... Un autocar camerounais a réputation d'être très régulier dans sa navette entre Douala et Yaoundé ? Il faut comprendre qu'il quitte la première ville pour la deuxième immanquablement lorsqu'il a fait son plein de passagers...

Agissant ainsi, les Africains mettent eux-mêmes le temps en mouvement; autrement, pour eux, il n'existe pas.

Si d'aventure dans leur pays nous nous affichons pressés ou bouleversés par l'accumulation des retards, les Camerounais nous servent un proverbe démontrant avec assez de justesse combien nos obsessions de ponctualité les font rire :

Les Blancs ont tous une montre, mais ils n'ont jamais le temps!

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