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Mais où sont les livres québécois dans les librairies?

11/08/2014 11:55 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

J'ai lu ces jours derniers qu'au terme d'une heureuse initiative, par le biais de Facebook, des amoureux de la littérature veulent encourager davantage de lecteurs de se tourner vers les auteurs d'ici à travers l'opération: «Le 12 août, j'achète un livre québécois».

La démarche est digne de louanges.

Le principal argument de cette promotion est que, depuis plusieurs années maintenant, le choix des œuvres et des auteurs québécois est très vaste.

Cette assertion est aussi juste que cette campagne est nécessaire.

Mais - car il y a un "mais" -, ce vaste choix qui s'offre aux lecteurs en librairie, dans les pages spécialisées des journaux, aux émissions de radio et de télé est à 80% français et à peine 20% québécois.

Dans une libraire de grande surface, l'autre lundi, devant un mur complet de livres français en format poche, je demandai où se trouvaient ceux de nos éditeurs (chez Typo, La bibliothèque québécoise -BQ-, Boréal, Libre Expression, XYZ, la Courte Échelle et Alto, entre autres). Mal à l'aise m'a-t-il semblé, le commis (car il y a de moins en moins de libraires en librairie) m'a répondu, hésitant :

- Euh...Pour ça, il faudrait demander au gérant.

Deux jours plus tard, dans une librairie indépendante, où je croyais voir davantage fleurir notre littérature, je suis entré dans un antre de livres exclusivement publiés en France, en pile à l'entrée et près de la caisse, dans tous les coins et recoins les plus accessibles à la clientèle, ailleurs et partout. J'ai parcouru la boutique, j'ai cherché, j'ai fouillé. Parcimonieusement, j'ai déniché quelques titres québécois, timides, dans la masse.

Aussi, je me suis permis d'en faire la remarque à la dame (libraire celle-là) qui s'y trouvait :

- Pourquoi est-ce qu'on noie les livres du Québec dans la mer de ceux de la France?

Réponse, à côté du propos :

- Mais... Il y a des Québécois qui publient en France, vous savez.

Et elle me cita l'exemple de Perrine Leblanc et son roman Malabourg publié dans la fameuse collection blanche, chez Gallimard.

Je me tenais alors devant quatre romans publiés chez cet éditeur, empilés sur une table basse. Mon regard quitta cette dernière pour se tourner vers la dame :

- Mais elle n'est pas là...

- Oh, mais je l'ai quelque part

Et nous ne l'avons pas trouvée...

Disons-le une bonne fois: ce qui menace la culture littéraire québécoise ce n'est pas la littérature anglaise, mais la déferlante des livres français qui occupent l'espace majeur de nos librairies.

Tout dernièrement, l'édition week-end d'un quotidien de chez nous faisait état, dans ses pages dites littéraires, de 17 nouveaux titres parus : trois étaient québécois. Dans un autre quotidien, ce même week-end, on analysait huit titres, tous français...

Il serait plus qu'illusoire de penser que, le lundi suivant, les lecteurs se sont précipités en librairie pour acheter des œuvres québécoises !

On ne me fera pas pour autant jeter l'anathème sur les librairies, car je crois que pour survivre, ils doivent obligatoirement acquiescer aux dictats des distributeurs et aux lois du commerce. Il en est de même des médias, qui ne font que refléter les conséquences de cette situation.

Non, je souhaite simplement qu'au lieu de jeter la pierre, on inclue dans le mouvement pour favoriser la littérature québécoise une incitation aux lecteurs d'exiger qu'aux étals des librairies logent davantage de livres écrits et publiés chez nous.

Il ne s'agit pas d'avoir un comportement accusateur, agressif, envers les libraires qui, compte tenu de toute circonstance contraignante, favorisent autant qu'ils le peuvent la promotion de notre littérature.

Le client est roi, le client est lecteur : on peut donc se permettre de croire qu'une telle mobilisation pourrait donner quelques résultats probants.

Dans un blogue prochain, je me permettrai d'aborder la question de la vente de livres en ligne versus le déclin des librairies. Étonnement, différentes études de marché et autres considérations qu'on préfère ignorer démontrent qu'on ne crie pas le haro sur le bon baudet.

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