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Le Musée d'art contemporain de Montréal, l'Islande et moi...

15/03/2016 10:41 EDT | Actualisé 16/03/2017 05:12 EDT

Mon premier souvenir d'une visite d'un musée montréalais remonte à la première année de mes études universitaires. Il y avait alors un buzz incroyable pour une exposition de Judy Chicago (The Dinner Party) au Musée d'art contemporain (MAC) qui se trouvait (en 1982) à la Cité du Havre. La file d'attente était très longue et l'expo remarquable, vu ce qu'elle provoquait en nous. Cette métaphore féministe de La Cène était très forte. J'avais ma première piqûre...

Plus tard, le déménagement du Musée d'art contemporain à la Place des Arts a été un autre élément marquant de ma relation avec ce lieu. J'avais pris part à l'inauguration en mai 1992, très loin des dignitaires, comme jeune intervenant touristique. Liza Frulla (ministre des Affaires culturelles de l'époque) et Marcel Brisebois (le directeur général du Musée) présentaient enfin un espace central et agrandi, un des legs des célébrations du 350e anniversaire de Montréal.

C'était le début d'un temps nouveau... pourtant, après un départ canon, je peux résumer de façon un peu courte que le Musée s'est cherché longtemps. En effet, le public ne fut pas toujours au rendez-vous, même si plusieurs expositions furent remarquables, entre autres celles de Jérôme Fortin, Valérie Blass, Michel de Broin, la première triennale québécoise, etc.

La venue en 2013 du duo d'Alexandre Taillefer (à la présidence) et de John Zeppetelli (à la direction) a amené un nouveau souffle pour cette institution. Le dynamisme d'Alexandre et de John, ainsi que le choix des expositions de l'an dernier (Patrick Bernatchez et David Altmejd) ont lancé un retentissant signal positif, tant au niveau du grand public que du milieu de l'art visuel montréalais et international.

Ragnar Kjartansson

Un des rôles centraux d'un Musée d'art contemporain est d'exposer ses visiteurs à des œuvres saisissantes qui les marquent et les transportent. Comme celles de l'artiste islandais Ragnar Kjartansson, actuellement présentées au MAC jusqu'en mai 2016. J'ai eu la chance d'assister au Théâtre Maisonneuve au très émouvant spectacle Les sonorités explosives de la divinité, le 3 mars dernier. Un grand moment de sensibilité romantique.

J'ai surtout été soufflé par ce que j'ai vu samedi dernier au Musée lorsque je suis allé voir les trois œuvres de l'exposition de Ragnar Kjartansson.

La pièce maîtresse de l'expo est The Visitors (2012), installation composée de neuf écrans. Pour sa réalisation, l'artiste a réuni ses amis musiciens dans un vieux manoir du XIXe siècle dans la campagne de l'État de New York. À la fois ensemble et isolés, les artistes du groupe jouent et chantent inlassablement la même mélodie dans des scènes qui défilent sur une série d'écrans à travers une performance vidéo.

Un critique du journal Le Devoir, Nicolas Mavrikakis, écrivait il y a quelques semaines : «Il est rare que j'utilise le mot "chef-d'œuvre", mais je crois que cette pièce atteint un sommet d'émotion esthétique et psychologique qui lui permet de revendiquer cette appellation».

Je partage cette constatation avec enthousiasme.

J'ai été aussi hypnotisé par l'œuvre vidéographique A Lot of Sorrow (2013), qui résulte d'une collaboration entre Kjartansson et le groupe musical The National. Le groupe a interprété la pièce Sorrow sans interruption pendant six heures, pour un total de 105 fois. C'est cette vidéo grand format qui est présentée à l'exposition.

Non, je n'ai pas écouté les 6 heures de la prestation. Mais de regarder pendant une vingtaine de minutes cette vidéo, sur un sofa du musée, m'a permis de ressentir avec émotion les paroles répétitives de The National. «Sorrow found me when I was young, sorrow waited, sorrow won» : «La tristesse m'est apparue quand j'étais jeune, elle a attendu, elle a gagné...»

Lorsqu'une belle émotion de mélancolie nous assaille en écoutant un artiste islandais, on peut et on doit dire à quel point l'art contemporain est important, pour moi et pour plusieurs d'entre nous...

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