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Les escaliers de Montréal: une histoire fascinante et un symbole identitaire

21/04/2016 10:06 EDT | Actualisé 22/04/2017 05:12 EDT

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Lorsque je me suis lancé dans ce défi d'écrire une cinquantaine d'articles sur mes passions montréalaises au cours des deux prochaines années, je savais d'emblée que j'en écrirais un sur l'architecture des quartiers de Montréal et les fameux escaliers extérieurs.

D'une part parce qu'ils représentent mon Montréal intime que je côtoie tous les jours depuis que je suis adulte. D'autre part, il s'agit d'un élément distinct de Montréal. On ne voit nulle part ailleurs cette architecture de deux ou trois étages avec de nombreux escaliers extérieurs en fer forgé de toutes formes que l'on retrouve dans plusieurs quartiers.

Ne cherchez ni en Europe, ni à New York, encore moins à Philadelphie ou même à San Francisco ; il n'y a qu'à Montréal où l'on retrouve encore cette longue file de triplex des années 1920, 1930 ou 1940 dont les façades sont ornées d'escaliers de toutes formes.

Ce type d'habitation originale a marqué l'histoire de Montréal et de ses habitants en leur permettant de vivre à ce jour dans des quartiers centraux d'une architecture à échelle humaine (les bâtiments sont en vaste majorité de trois étages).

Mais rappelons un peu l'histoire de ces édifices et des escaliers extérieurs qui sont une des particularités de Montréal.

Dès le milieu du XIXe siècle, les habitants des régions québécoises sont venus en grand nombre vers Montréal y chercher un travail. Il fallait construire rapidement pour loger des familles souvent nombreuses, en optimisant l'espace. Phénomène rare en Amérique du Nord, on a planifié les lots des terrains pour standardiser et construire rapidement. On érige donc des maisons en rangée à trois étages, parfois deux.

Dans les quartiers modestes canadiens-français, à la fin du XIXe siècle, les nouvelles habitations n'étaient que de simples formes rectangulaires très rudimentaires qui prenaient tout l'espace disponible. On les appelait les «shoe boxes» (boîtes à chaussures). D'ailleurs, à Montréal, sur certaines rues au sud de la rue Sherbrooke, vous voyez encore ce type de maisons dont la porte principale donne directement sur le trottoir. C'était les premières prémisses de ces habitations faites sur le long qui sont maintenant la caractéristique de beaucoup d'appartements et de condominiums des quartiers centraux de Montréal.

Alarmés par la pression démographique qui changeait le visage de la ville, les élus municipaux montréalais de l'époque ont formulé un règlement qui obligeait les propriétaires à conserver un petit espace vert devant les maisons, pour donner un peu plus d'oxygène aux rues et aux quartiers. C'est cette impulsion réglementaire qui a donné l'idée de déplacer les escaliers, donnant accès aux différents appartements de l'intérieur vers l'extérieur. Depuis, l'escalier extérieur se trouve au-dessus des petits espaces verts créés en façade.

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Ainsi, les propriétaires n'avaient plus besoin de chauffer des espaces communs intérieurs. La mode était ainsi lancée. Duplex et triplex auront désormais une façade d'escaliers de toutes sortes : en «L» ou en «S», droits, simples ou jumelés.

Les escaliers extérieurs sont interdits à partir des années 1940 suite aux pressions des élites de la ville, choquées par ce folklore. Depuis 1994, il est possible de construire à nouveau des escaliers extérieurs dans les rues où il en existe déjà, et ce, afin de conserver le cachet du quartier.

Les Montréalais sont très attachés à leurs escaliers en fer forgé. En 2012, les escaliers de Montréal furent même choisis comme l'un des cinq symboles les plus représentatifs de Montréal. Un autre palmarès du Journal Métro plaçait les escaliers de Montréal au 2e rang des symboles montréalais.

Il faut suivre un peu les réseaux sociaux, et surtout Instagram, pour voir à quel point les escaliers, un symbole important pour les Montréalais, fascinent aussi nos visiteurs.

Difficile, d'ailleurs de pointer une rue ou un quartier que je conseillerais pour voir ces escaliers typiques. Difficile, parce qu'on les retrouve dans plusieurs quartiers centraux, dont Hochelaga-Maisonneuve (avenue Desjardins par exemple), Rosemont, Villeray, Verdun et bien sûr sur le Plateau Mont-Royal.

Mon coup de cœur personnel va d'ailleurs à la rue Fabre, dans la partie est du Plateau Mont-Royal. Une promenade sur Fabre de la rue Mont-Royal jusqu'au parc La Fontaine présente les meilleurs exemples de l'habitat montréalais et de ces escaliers en fer forgé. Vous remarquerez les détails d'ornementation qui varient d'un immeuble à l'autre, tels que les vitraux, les parapets et les corniches de brique et de tôle, les balcons ainsi que le fer forgé torsadé des escaliers. De plus, ces maisons construites entre 1920 et 1925 font partie intégrante des romans de l'écrivain montréalais Michel Tremblay.

Le tourisme urbain est en grande partie déambulatoire. D'où l'importance de ce qu'on retrouve dans nos rues, de l'architecture urbaine et de tous les autres éléments que l'on peut voir sur le passage d'un piéton. En ce sens, oui, les escaliers de Montréal sont un attrait touristique d'importance.

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