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TransCanada: un véritable coup de foudre pour les bélugas

10/11/2014 09:10 EST | Actualisé 10/01/2015 05:12 EST

Celui qui fait une erreur doit avoir l'honnêteté de le reconnaitre et le courage de l'admettre. Lors de mon intervention vendredi le 7 novembre à l'émission 24/60 sur les ondes de Radio-Canada, j'ai dit qu'il n'y avait aucun spécialiste des bélugas à l'ISMER de Rimouski. Ce n'était pas exact. Quelques chercheurs à l'ISMER ainsi qu'à l'UQAR ont fait ou font des projets en écotoxicologie, en acoustique ou sur l'habitat du béluga. Le porte-parole de TransCanada a profité de mon oubli pour dire que je m'en prenais à l'ISMER. Encore une des faussetés ou demi-vérités que cette entreprise nous envoie par la bouche de son canon. J'ai beaucoup de respect pour l'ISMER, ayant d'ailleurs travaillé dans ses murs comme chercheur pendant 9 ans. À titre de professeur associé, j'y ai collaboré avec les chercheurs de cet institut et de l'UQAR voisine, ai codirigé des étudiants gradués, engagé des étudiants d'été, donné des cours et même fait don d'équipements pour la recherche en laboratoire.

Mais ne nous laissons pas détourner du cœur du sujet. Tel un prêcheur d'un autre siècle récemment converti, M. Cannon bat maintenant la campagne en se drapant dans l'étendard du béluga et en brandissant le plan de rétablissement de cette population menacée. Il y vient un peu sur le tard, après avoir jalonné ses claims à Cacouna dans l'habitat le plus critique défini et décrit noir sur blanc dans ce plan qu'il vient de découvrir, mais qui date de plusieurs années. Lors de la même émission, M. Cannon annonçait que sa chaire de recherche pourrait notamment élucider les allées et venues du béluga en hiver. Bien qu'il s'agisse effectivement d'une période de l'année pour laquelle nous avons peu de données, cela constitue du même coup une belle façon de détourner l'attention de la pouponnière des bélugas, où les femelles et leurs veaux passent quelque 8 mois de l'année.

Le vrai problème avec cette chaire de recherche opportuniste est celui de l'éthique et de la crédibilité. Effectivement, les chaires de recherche industrielles sont courantes. Autant que les coupures de nos gouvernements dans les budgets et le personnel voués à la recherche scientifique. Je ne sais pas comment vous voyez les choses, mais pour ma part, je comprends qu'une entreprise comme Bombardier veuille appuyer la recherche sur les systèmes de propulsion d'avions et de véhicules. Je comprendrais également que TransCanada crée une chaire de recherche sur la fiabilité des composantes des pipelines, ou sur les impacts environnementaux des déversements de pétrole lourd. Mais sur les bélugas ? Il y a plusieurs façons d'acheter des votes auprès de la population, mais à la fin, elles se ressemblent toutes.

Certains chercheurs de l'ISMER se sont déjà prononcés en défaveur du projet de port pétrolier à Cacouna. Soit en soulignant les dommages irréparables sur l'ensemble de l'écosystème que représente le risque d'un déversement, particulièrement en hiver; soit parce que le site est voisin d'un parc marin voué à la protection du béluga; soit comme signataire le 4 mars 2014, à ce moment à titre de chercheur au MPO, de l'avis scientifique soumis par ce ministère. Cet avis affirmait clairement qu'il y avait danger pour les bélugas si les travaux sismiques se poursuivaient au-delà du 30 avril (et, je précise, jusqu'à la période en octobre où les femelles commencent à quitter le secteur). Une fois que leur institution aura profité de la générosité de TransCanada, que feront ces chercheurs ? Seront-ils plus enclins à réaffirmer leur opposition, à garder le silence, ou à changer d'avis ?

Il serait préférable que TransCanada ne place ni l'ISMER ni ses chercheurs dans une position équivoque, sinon intenable. L'entreprise devrait suspendre ses opérations de racolage tant et aussi longtemps que son projet n'aura pas été soumis à un examen complet et indépendant afin d'en juger les impacts non seulement sur le béluga et sur l'ensemble de l'estuaire du Saint-Laurent, mais aussi sur les changements climatiques résultant de la formidable augmentation des émissions de gaz à effet de serre qui résulterait de leur projet.

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