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Une année de référendums: la Catalogne

16/09/2014 11:11 EDT | Actualisé 16/11/2014 05:12 EST

Les choses vont vite! Depuis deux semaines, il y a eu du mouvement sur le front du référendum écossais. Le camp du oui semble pouvoir prendre les devants. Enfin des médias semblent s'intéresser à ce qui se passe en Écosse. En Europe en tout cas, le sujet est abordé très sérieusement ces jours-ci. À quelques jours de cette journée historique, il semble en tout cas que nous aurons un résultat serré; de quoi rappeler quelques souvenirs aux Québécois.

Après l'Écosse, ce sera donc le tour de la Catalogne. Peut-être. Contrairement à l'Écosse, point d'accord entre la Generalitat et le gouvernement central, tout au contraire. Madrid a toujours refusé de tenir ce débat et d'admettre un quelconque droit d'autodétermination aux Catalans. L'Espagne est un pays indivisible et un tel vote, venant d'une région, serait tout simplement anticonstitutionnel et donc « illégal ».

Les origines du mal

Là réside une grande différence entre la Catalogne et l'Écosse ou le Québec; la monarchie conservatrice qu'est l'Espagne de ce début de siècle, rétablie sur les ruines du franquisme, ne lui laisse aucune marge de manoeuvre. Sans compter qu'aucune discussion ne semble possible entre Barcelone et Madrid. Alors que le Québec s'est doté de sa loi sur les consultations populaires et que l'Écosse s'est entendue avec le gouvernement britannique sur les modalités de son référendum, le dialogue se trouve dans une impasse depuis plusieurs années entre Catalans et Espagnols.

Il faut dire que la fin du dialogue date déjà de 2010. Après plusieurs années à repenser leur place en Espagne, les Catalans s'entendaient et votaient par référendum en faveur d'un nouveau statut d'autonomie. Ce nouveau statut, notamment, définissait la Catalogne comme une nation et, s'inspirant ouvertement de notre loi 101, faisait du catalan sa langue officielle. Deux articles, qui, comme plusieurs autres, ont été invalidés par le tribunal constitutionnel espagnol. Depuis, le dialogue est totalement rompu. Se sentant rejetés par l'Espagne, de nombreux Catalans sentent que leur nation est foulée au pied. Le divorce semble consommé.

Là aussi, une situation qui rappellera sûrement à de nombreux Québécois certaines blessures constitutionnelles qu'a pu vivre le Québec.

Québec, Catalogne, de nombreuses similarités

Il y a certaines similarités sur le contexte. Mais encore. On parle d'une nation de 7,5 millions d'habitants. Une nation minoritaire dans un pays très majoritairement de langue castillane (espagnole). Une position qui en fait, paradoxalement, un incontournable de la culture en Europe, un haut lieu de production artistique, de gastronomie et de bouillonnement culturel et linguistique, tout comme le Québec. Un endroit qui, comme le Québec (et comme l'Écosse), se distingue par ses programmes sociaux, sa morale plus libérale et son ouverture au sein d'un pays, lui, largement conservateur.

Un endroit également, où, comme au Québec, un large consensus se dégage à la fois au sein de la société civile et de la classe politique pour déclarer que le peuple catalan forme une nation et qu'il est libre de décider de son avenir.

Une mobilisation et un processus

L'échec constitutionnel a permis de souder, au sein d'un parlement qui se distingue du nôtre par sa composante de proportionnalité, une myriade de mouvements nationalistes. Des communistes jusqu'aux nationalistes de centre-droit de CiU en passant par la gauche radicale de CUP, ERC ou encore SI, les partis politiques ont réussi, dans ce système, à se coaliser pour avancer dans la même direction.

Par ailleurs, c'est surtout la société civile qui a fait la différence, à travers l'ANC et Omnium Cultural, qui mobilisent depuis 3 ans les Catalans de façon exemplaire, notamment lors de leur fête nationale, le 11 septembre. Il y a deux ans, ils étaient près de 1,5 million dans Barcelone à réclamer la tenue d'un référendum d'autodétermination. L'an passé, ils étaient encore davantage à former une imposante chaine humaine de 400 kilomètres pour réclamer leur indépendance. La semaine passée, plus de 1,8 million de personnes ont formé un monumental " V " de 11 kilomètres de long aux couleurs du drapeau catalan dans deux rues de Barcelone dans ce qui a été la plus grande mobilisation citoyenne jamais observée en Europe. Massif. Impressionnant. Insprirant.

Quant au processus, il est simple. Ce vendredi, au lendemain du vote écossais, la Generalitat devrait adopter une loi sur les consultations populaires en vue d'un vote prévu le 9 novembre et qui portera sur deux questions: « Voulez-vous que la Catalogne devienne un État ? En cas de réponse affirmative, voulez-vous que cet État soit indépendant ? »

Madrid a d'ores et déjà prévu une contestation constitutionnelle illico. À ce moment-là, le président catalan Artur Mas aura deux choix. Ou bien, comme le souhaitent une vaste majorité de Catalans et l'aile plus « dure » de son mouvement, il va de l'avant et les Catalans tiennent le référendum prévu, dans un cas flagrant de désobéissance civile. Ou bien il décide de ne pas fronder Madrid, dissout la Generalitat à moyen terme et lance des élections portant uniquement sur l'indépendance, qui seraient suivies, dans le cas d'une victoire indépendantiste, par une déclaration unilatérale d'indépendance.

En tout cas, le désir d'indépendance des catalans est très fort et un courant consensuel traverse la société catalane, les sondages successifs le disent, pour un changement de l'ordre établi et plus de reconnaissance; et pour, quoi qu'il en soit, pouvoir voter sur leur avenir.

Peu importe les résultats, on sent que l'Écosse et la Catalogne sont très proches de leur pleine liberté et tout le mouvement souverainiste québécois devra tirer des leçons de ces exercices. Du côté écossais, on voit bien qu'une question claire et affirmée, une campagne longue, positive, décomplexée ayant permis de faire la pédagogie du projet d'indépendance sont en train de porter le camp du Oui. En Catalogne, malgré le bras de fer avec Madrid, c'est avant tout la mobilisation de la société civile et également un mode de scrutin favorisant le dialogue entre partis qui ont permis à toute la société d'avancer dans la même direction.

Dans les deux cas et quelle que soit l'issue, ce que l'on pourra retenir, c'est que nous sommes spectateurs d'un moment historique: deux peuples ont décidé de se tenir debout, d'avoir confiance en eux-mêmes et de prendre en mains leur destin.

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