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Le plafond de vitrail des anglicanes

09/04/2013 10:37 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT
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Hillsborough Independent Panel members (from left to right) Raju Bhatt, Sarah Tyacke, Paul Leighton CBE, Peter Sissons, Bishop of Liverpool The Right Reverend James Jones (Chairman), Professor Phil Scraton, Dr Bill Kirkup CBE, Christine Gifford and Katy Jones answer questions at a press conference at the Liverpool's Anglican Cathedral after the release of previously unpublished papers realting to the Hillsborough disaster.

Selon une nouvelle étude, les femmes ordonnées au sein de l'Église anglicane continuent de se buter à un plafond de verre. Ou plutôt à un «plafond de vitrail», pour reprendre l'expression des chercheurs.

Dans un document de 30 pages résumant leur recherche sur la place des femmes ordonnées au sein de leur Église, la professeure adjointe au Trinity College de l'Université de Toronto, Judy Rois, et le professeur en administration des affaires de l'Université Memorial de Saint-Jean (Terre-Neuve), Alex Faseruk, se penchent sur les réalités des diverses Églises nationales, incluant l'Église canadienne. Le contenu de l'article intituléWhy is the Stained Glass Window a Glass Ceiling? Organizational Perspectives on Female Bishops in the Anglican Communion (Pourquoi le vitrail est-il un plafond de verre? Perspectives organisationnelles au sein de la Communion anglicane), a été présenté à une conférence de la North American Management Society à Chicago en février. L'étude fera vraisemblablement l'objet d'une publication dans une revue scientifique sous peu.

Les ministères ordonnés concernent le diaconat, la prêtrise et l'épiscopat. Structurellement décentralisé, l'anglicanisme laisse le soin aux diverses Églises nationales de se doter de leurs propres critères d'accessibilité aux ministères ordonnés pour les femmes. Résultat: la situation varie énormément d'une Église à l'autre.

Certaines, dont l'Église canadienne, ont un accès totalement ouvert. Ailleurs, il est parfois totalement bloqué. C'est le cas au Nigéria, l'un des plus grands pays anglicans du monde. D'autres Églises permettent quant à elles des accès sélectifs à certains ministères. Par exemple, l'Église du Pakistan permet uniquement l'ordination au diaconat; l'Église du Burundi, à l'instar de celle d'Angleterre, ordonne des femmes prêtres, mais leur interdit l'accès à l'épiscopat.

Au Canada, les premières ordinations de femmes à la prêtrise ont eu lieu le 30 novembre 1976. Il a ensuite fallu attendre 1993 avant de voir une femme accéder à l'épiscopat. Depuis, à peine six autres femmes ont pu être élues évêques au sein de l'Église canadienne. C'est peu. D'où la référence au «plafond de vitrail» employée par les chercheurs, qui remarquent que même les Églises les plus progressistes ont encore du chemin à parcourir avant que l'accessibilité se répercute davantage sur le terrain.

Il faut dire que pour l'anglicanisme canadien, la réflexion sur les ministères ordonnés féminins est loin d'être une priorité. Les relations avec les peuples des Premières Nations constituent sans doute le principal dossier de l'heure, suivi de l'ajustement de l'Église à sa nouvelle situation socio-économique, ou pour le dire franchement, de la gestion de son déclin.

Il n'en reste pas moins que la situation des femmes au sein de l'anglicanisme constitue encore une source de tension entre les diverses Églises nationales. Les points de vue divergent considérablement entre les Églises de l'hémisphère sud et de l'hémisphère nord. Les Églises du sud sont d'ailleurs aujourd'hui démographiquement plus importantes que celles du nord et n'entendent pas se faire dicter comment agir par leurs sœurs du nord.

Justin Welby, le nouvel archevêque de Cantorbéry intronisé le 21 mars, doit donc veiller à maintenir l'unité au sein de ce qu'on appelle la Communion anglicane. Loin d'exercer un pouvoir semblable à celui des papes de l'Église catholique, il joue néanmoins un rôle symbolique clé pour rapprocher des Églises aux positions souvent contradictoires. C'était jadis le cas au sujet de l'esclavage. Aujourd'hui, ce sont plutôt l'épiscopat féminin et la bénédiction des unions homosexuelles qui suscitent des querelles chez les anglicans.

Cette nouvelle étude montre par ailleurs que les Églises occidentales ne sont d'ailleurs pas toujours les mieux placées pour faire la morale en matière d'ordinations féminines. Justin Welby illustre peut-être malgré lui ce phénomène: après tout, l'Église d'Angleterre ne veut pas de femmes évêques, comme elle l'a encore réitéré en novembre 2012. Le nouvel archevêque de Cantorbéry serait même personnellement d'accord avec cette décision. Mais l'importance symbolique de son rôle l'obligera peut-être à mettre de côté ses vues personnelles.

L'Église anglicane n'est pas exempte de paradoxes: elle est dirigée par une femme, la reine Élizabeth II. Lors de la cérémonie d'intronisation de Justin Welby du 21 mars, ce sont également des femmes qui jouaient des rôles liturgiques clés. Autrement dit, pas de femmes, pas d'archevêque de Cantorbéry!

Tout cela permet de jeter un regard plus nuancé sur l'impact des ministères ordonnés féminins au sein des Églises chrétiennes. Un constat saute aux yeux: plus qu'une question d'accessibilité, c'est avant tout un problème de mentalité qu'il faut régler, notamment au Canada, où les femmes ordonnées au sein de l'Église anglicane ont souvent l'impression de devoir «faire leurs preuves» pour être acceptées comme leaders spirituels au même titre que les hommes. Particulièrement lorsqu'il s'agit de devenir évêque.

Pour l'instant, l'étude de Rois et Faseruk ne s'aventure pas encore dans les causes et les solutions liées à cette question. Mais elle dresse avec éloquence le portrait d'une situation qui suscite son lot de frustrations au sein de la Communion.

VOIR AUSSI: Des images de l'intronisation de l'archevêque de Canterbury, Mgr Justin Welby

Archbishop of Canterbury Enthronement