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Pour un mouvement indépendantiste-conservateur au Québec

04/07/2016 10:27 EDT | Actualisé 04/07/2016 10:27 EDT

Alors que le PQ en est à son énième crise de leadership, que l'option indépendantiste n'est plus aussi séduisante qu'avant, un constat s'impose: l'indépendance est associée de manière ruineuse à une gauche idéaliste complètement déconnectée. Or il faut bien réaliser que le nationalisme n'est plus une posture progressiste comme elle a pu l'être au XIXe siècle face aux monarchies ou comme elle l'a été durant la décolonisation à partir des années 60. Le nationalisme d'aujourd'hui relève plus du conservatisme, et les indépendantistes québécois auraient tout à gagner à faire une place à cette vision du monde dans leurs rangs. Voici donc, bien humblement, quelques suggestions pour l'émergence de cette sensibilité au Québec.

Halte au multiculturalisme

Un avantage évident de la souveraineté doit être rappelé: celui de décider pleinement de nos politiques en matière d'immigration et d'intégration. Le multiculturalisme canadien, dans sa tendance toujours plus forte à nier la culture québécoise et à la noyer dans une bouillie d'identités éparses, engendre de grandes inquiétudes chez le peuple québécois.

Ainsi, un indépendantisme conservateur serait l'occasion de raffermir l'identité nationale et de prioriser la culture historique dominante du Québec. Certes, celle-ci s'est enrichie de nombreux apports extérieurs, mais il apparaît évident que l'émancipation du Québec va de pair avec un esprit de conservation qui est un pilier incontournable de son histoire. Assumons-nous et conservons notre identité francophone, notre histoire catholique et laïciste et notre idéal démocratique.

Préservation des institutions

Il est essentiel d'afficher un conservatisme institutionnel ferme au peuple québécois. Celui-ci n'est pas intéressé de prendre part à des tentatives d'ingénieries sociales aux allures révolutionnaires. Le peuple québécois a droit d'être assuré que les souverainistes ne tentent pas de modifier de fond en comble leur mode de vie. Il faut être clair : l'indépendance ne sera pas le Grand Soir.

Ainsi, la sagesse impliquerait de laisser les réformes institutionnelles majeures aux mandats subséquents d'un Québec indépendant (je parle ici de toutes réformes considérant, admettons, le mode de scrutin, le fonctionnement de l'Assemblée nationale, le régime politique et économique, etc.). Le parti souverainiste doit être clair: si le processus de sécession est enclenché, le gouvernement ne doit avoir pour seul mandat que de faire l'indépendance dans un esprit de continuité.

Après l'établissement du pays, et seulement après, la vie politique normale pourra reprendre son cours et pourront être débattues des réformes idéologiquement motivées.

La combinaison du projet indépendantiste avec une idéologie sociale, nous le savons bien, est l'erreur la plus ruineuse de Québec Solidaire... On ne construit pas un pays ex-nihilo; on parachève une œuvre plusieurs fois centenaire.

Valorisation de notre héritage britannique

Ces institutions qu'il faut chercher à protéger dans le cas d'une sécession sont un héritage fermement britannique. Le Québec, s'il est de culture plutôt française par la langue, est résolument britannique par ses institutions politiques. Et n'en déplaise à ses détracteurs, le système parlementaire britannique est l'un des meilleurs sur terre, n'enregistrant à peu près aucun bouleversement violent dans son histoire.

Nous avons aussi une minorité d'Anglo-québécois faisant partie intégrante de notre histoire; nous devons les inclure dans notre historiographie. Oui, le Québec est devenu un peu anglais; reconnaissons ce fait. Les Québécois sont tannés de se faire dépeindre comme plus Français que les Français eux-mêmes... Ne sommes-nous pas plutôt franco-britanniques?

Si vous me le demandiez bien franchement, je vous dirais que s'il faut, pour en arriver à la souveraineté de notre Assemblée, préserver la Reine d'Angleterre comme chef de l'État, ça ne me ferait pas un pli! La souveraineté avant tout! Et la fierté de la continuation de nos institutions démocratiques! Voilà l'essentiel. Il ne faudrait pas gâcher cela par orgueil et pour une rancune postcoloniale immature.

Responsabilité en matière de sécurité

Un souverainisme du 21e siècle devrait l'affirmer haut et fort: nous voulons aussi assumer notre responsabilité en matière de sécurité et nous doter d'une armée compétente. Il serait absurde, au moment où l'on tente de rapatrier l'ensemble de nos pouvoirs, de la refuser.

Le Québec a toujours fourni des soldats de grande qualité à l'armée canadienne et a fait sa part dans les plus grandes guerres de l'histoire moderne. C'est une partie de sa culture, de son identité. Le pacifisme est certes très fort au Québec, mais nous ne pouvons avoir le beurre et l'argent du beurre: si on veut devenir un pays, il nous faudra aussi assumer nos responsabilités militaires.

Nos alliés seraient rassurés par notre détermination, notre sens des responsabilités et nous en seraient très reconnaissants. Quitter l'OTAN et le NORAD, au contraire, serait une catastrophe tant pour le Québec que pour ses alliés et la perspective de faire assumer à d'autres notre protection serait très couteuse.

Une stratégie pragmatique et réaliste

Introduire une posture conservatrice au mouvement indépendantiste, c'est être réaliste et utiliser les leviers politiques existants. C'est refuser les appels incessants à réinventer la roue, à devenir plus progressistes que le progrès peut l'être, à être plus vertueux que la vertu elle-même.

Jouons avec les règles du jeu. Agissons dans le réel et n'ayons pas peur de faire de la politique stratégique. Le parti libéral est stratégique. Les fédéralistes l'ont toujours été. Ne nous présentons pas comme l'agneau vertueux, mais plutôt comme le loup, audacieux, qui aspire à être chef de meute. Cynique? Non; réaliste, pragmatique. Voilà les clés de la victoire en politique.

Si des partis tiers ont pu, à un certain moment, «brasser la cage» du PQ et initier une nouvelle réflexion quant à la stratégie indépendantiste, il ne faudrait pas faire l'erreur d'enliser le mouvement dans leurs difficultés en tant que nouveaux partis. Intégrons leurs idées, formons une coalition gauche-droite et travaillons avec le véhicule le plus crédible pour gouverner et réaliser l'indépendance: le PQ.

Et usons à la corde nos vrais adversaires: les partis fédéralistes et corrompus qui dirigent leur petite province d'une main de fer en lui refusant la fierté de sa culture et de ses traditions.

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