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Alyssa Milano et son sextape contre l'écrivain français Philippe Muray

07/09/2013 10:15 EDT | Actualisé 07/11/2013 05:12 EST

Je suis toujours un peu en retard sur les nouvelles, mais voila, je suis tombé sur le dernier Tweet viral d'Alyssa Milano et de son court métrage osé qui n'en est pas un. Au lieu d'une production cinématographique amateur des ébats sexuels de Milano, nous recevons une leçon de morale sur l'intervention possible en Syrie et la politique étrangère américaine.

La formule n'est pas nouvelle. Ces artistes qui utilisent l'attention médiatique démesurée qui leur est portée pour passer un message politique sont peut-être symptomatiques de notre ère. Alyssa Milano, une actrice américaine connut pour ses rôles au petit écran dans Charmed et Mistresses n'en est que l'exemple le plus récent.

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Madonna entamait ses concerts en 2008, en pleine élection présidentielle américaine en criant «je me fous pour qui vous votez, en autant que vous votiez pour Barack Obama!» Angelina Jolie et Brad Pitt jouent leurs rôles de bon samaritain (riche) qui redistribuent leurs fortunes et leurs surplus de compassion tout en nous «sensibilisant» à leurs propres dévotions pour la cause des pauvres africains et, surtout, leur image impeccable, esthétiquement et moralement. Le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan était parti en croisade contre l'intimidation (et ensuite la censure) dans nos écoles avec son clip College Boy en mai dernier. On se rappelle aussi de la panoplie d'artistes qui s'étaient portés à la défense des étudiants grévistes et contre la hausse lors du «printemps érable», titre artistique en soi.

Cet engagement des artistes dans des causes dites «sociales» est une bonne chose à votre avis? L'écrivain et penseur français Philippe Muray avait une opinion bien particulière de ses artistes aux grands coeurs toujours sur le pied de guerre pour défendre la «bonne» cause. Muray parlait d'artistes qui pratiquent la «subversion sous subvention». Cette «subversion» aux frais de l'état s'applique particulièrement bien aux artistes québécois et canadiens qui sont souvent amplement financés par l'état.

Ce qui saute aux yeux est que ces manifestations artistiques engagées se font souvent dans un esprit de «fête» comme le spectacle de Madonna ou des artistes en soutien aux étudiants et à la grève. Cet esprit festif n'est pas sans conséquence comme l'indique Muray: «Le magma de la Culture absorbe l'art et les artistes...Tout se dissout dans l'effervescence de la fête, c'est-à-dire dans l'étalage d'une «fierté» unanime d'où les individualités sont euphoriquement abolies». Ces artistes festifs et socialement engagés ne sont que «soucieux de l'expressivité de leur cher moi».

Cet activisme des artistes en révèle plus sur eux-mêmes que sur leurs causes défendues: «Se sachant sans justification, ils tentent de se légitimer en affichant une bonté, une compassion, un dévouement aux intérêts des plus démunis par lesquels ils tentent de désarmer une hostilité (du public) qui grandit», d'après Muray. La question se pose: pourrait-on survivre sans les talents d'actrice d'Alyssa Milano ?

Ces artistes au grand coeur finissent par transformer leur activisme en thérapie sociale obligatoire: «Devenu une sorte de médecine parallèle, au même titre que la phytothérapie, l'homéopathie, l'acupuncture, l'auriculothérapie, la lithothérapie, l'aromathérapie ou l'herbalisme, l'art vante les vertus miraculeuses de ses plantes médicinales dans le traitement ou la prévention des maladies sociales.»

Peut-être doit on voir l'ère des communications comme étant toute puissante de nos jours, forçant les artistes à se construire une marque comme Nike, Microsoft et Macdonald doivent le faire. Leur façade d'engagement social est peut-être sincère, mais il n'est surtout pas apolitique et non-partisan. Muray cite une réponse d'un artiste activiste français (qui ressemble étrangement aux commentaires de nos artistes activistes québécois) à qui on avait demandé de qui il se sentait «contemporain?», auquel l'artiste répondit: «Du multiculturalisme, de la victoire de la gauche aux élections, des sans-papiers». Cet activisme social et politique des artistes subjugue l'art à la politique alors «qu'il n'y a plus de différence entre le discours des artistes, celui de l'élite éclairée et ceux de la classe politique».

La tactique d'Alyssa Milano et son faux vidéo porno fait maison nous semble peut-être innocente et remplie de bonnes intentions, mais elle représente aussi une transformation de l'art, ou sinon de l'artiste, en produit idéologique (de gauche il semblerait), esthétique et communicatif vide de contenu et de substance. Muray nous force à nous poser la question: peut-on encore les appeler «artistes ?»

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