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La croisade du gouvernement Harper contre la science

22/10/2013 11:10 EDT | Actualisé 22/12/2013 05:12 EST

Au lendemain du discours du Trône, la ministre de l'Environnement du gouvernement Harper, Leona Aglukkaq, profitait de l'occasion pour plaider pour une plus grande implication des populations autochtones de l'Arctique dans les recherches sur les changements climatiques. Une intention de prime abord louable qui cache pourtant une tactique pernicieuse. Après avoir semé la confusion en déclarant à la télévision qu'il y avait « un débat concernant la science (des changements climatiques) et ce qui changeait vraiment», la ministre a modifié sa façon de présenter les choses. Elle se questionne maintenant sur les « effets » des variations climatiques.

Réfutant les allégations des scientifiques qui établissent un lien entre ces changements et la diminution des populations d'ours polaires, elle déclare ainsi être sceptique, car son frère « est un chasseur à temps plein qui soutient que les populations d'ours polaires ont augmenté et que les scientifiques ont tort. » Se lançant dans un vibrant plaidoyer en faveur des « gens de terrain », elle affirme alors que leur apport sera « complémentaire à la science » et « contribuera à l'améliorer ».

Sous couvert de rectitude politique, cette déclaration vise non seulement à jeter le discrédit sur les scientifiques impliqués dans les recherches en Arctique, mais sur la démarche scientifique elle-même. Discréditer la science est en effet un réflexe instinctif chez Harper et ses sbires. Peut-on croire un instant que les biologistes qui ont fait le décompte des ours polaires se sont cantonnés à leurs bureaux sans procéder à des inventaires spécifiques des populations, ni consulter les humains habitant les régions concernées ? En quoi la démarche de chasseurs ayant fait une observation empirique des proies potentielles serait-elle plus valable que les processus d'inventaire écosystémique ?

Le commerce avant tout

Cette façon de dénigrer la méthode scientifique a une importance relative lorsqu'elle vient d'un fantaisiste inculte comme Rachid Badouri, qui professait à la télévision d'État son adhésion au créationnisme parce qu'il « ne croit pas qu'il descend du singe», ce qui équivaut à affirmer que la terre est plate parce que sinon, les habitants de l'hémisphère sud ne pourraient pas marcher la tête en bas. Elle est toutefois est révélatrice lorsqu'elle provient de la ministre de l'Environnement du Canada, car elle démontre encore une fois le mépris de ce gouvernement d'idéologues à l'égard de la science.

Non contents de lancer des incantations à leurs collègues malades ou de faire déraper les travaux parlementaires, les élus conservateurs ont entrepris de bâillonner les scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. Ainsi , 86 % d'entre eux estiment qu'ils seraient victimes de censure ou de représailles s'ils émettaient publiquement un avis contre une mesure gouvernementale susceptible de nuire à la santé, à la sécurité ou à l'environnement et 24% soutiennent qu'on leur a demandé directement d'omettre une information ou de la modifier pour des motifs qui ne sont pas liés à la science.

Mais la loi du silence ne suffit pas. La tableau de chasse du gouvernement Harper est impressionnant. Il a ainsi coupé le budget des organismes environnementaux et des instituts de recherche, démantelé les programmes du MPO pour la surveillance des contaminants dans les habitats aquatiques, comme l'Institut Maurice-Lamontagne, détruit le programme sur les lacs expérimentaux, laissé les industries du transport ferroviaire et de l'élevage industriel s'inspecter elle-même, abolit le recensement national, restreint l'application de la Loi sur les pêches et de la Loi sur les évaluations environnementales, retiré le Canada du protocole de Kyoto, et renvoyé ou muté 5 332 scientifiques, dont 436 professionnels de Pêches et Océans et 139 d'Environnement Canada.

La stratégie tous azimuts du gouvernement Harper est claire : réduire la capacité de l'État de colliger des informations sur l'environnement et la santé, diminuer la capacité d'analyse des agences gouvernementales dont les politiques pourraient être contraires à son idéologie et surtout prendre le contrôle de l'information. Le tout dans un seul but : commercialiser la science et en faire un outil de promotion du pétrole bitumineux et du Plan d'action économique conservateur. Dans l'idéologie conservatrice, tout doit céder le pas à l'économie, y compris la santé, l'environnement et la sécurité publique. Seules la royauté britannique et la religion peuvent parfois trouver grâce.

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