Paul Yanic Laquerre

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Paul Yanic Laquerre
 

La croisade du gouvernement Harper contre la science

Publication: 22/10/2013 23:10

Au lendemain du discours du Trône, la ministre de l'Environnement du gouvernement Harper, Leona Aglukkaq, profitait de l'occasion pour plaider pour une plus grande implication des populations autochtones de l'Arctique dans les recherches sur les changements climatiques. Une intention de prime abord louable qui cache pourtant une tactique pernicieuse. Après avoir semé la confusion en déclarant à la télévision qu'il y avait « un débat concernant la science (des changements climatiques) et ce qui changeait vraiment», la ministre a modifié sa façon de présenter les choses. Elle se questionne maintenant sur les « effets » des variations climatiques.

Réfutant les allégations des scientifiques qui établissent un lien entre ces changements et la diminution des populations d'ours polaires, elle déclare ainsi être sceptique, car son frère « est un chasseur à temps plein qui soutient que les populations d'ours polaires ont augmenté et que les scientifiques ont tort. » Se lançant dans un vibrant plaidoyer en faveur des « gens de terrain », elle affirme alors que leur apport sera « complémentaire à la science » et « contribuera à l'améliorer ».

Sous couvert de rectitude politique, cette déclaration vise non seulement à jeter le discrédit sur les scientifiques impliqués dans les recherches en Arctique, mais sur la démarche scientifique elle-même. Discréditer la science est en effet un réflexe instinctif chez Harper et ses sbires. Peut-on croire un instant que les biologistes qui ont fait le décompte des ours polaires se sont cantonnés à leurs bureaux sans procéder à des inventaires spécifiques des populations, ni consulter les humains habitant les régions concernées ? En quoi la démarche de chasseurs ayant fait une observation empirique des proies potentielles serait-elle plus valable que les processus d'inventaire écosystémique ?

Le commerce avant tout

Cette façon de dénigrer la méthode scientifique a une importance relative lorsqu'elle vient d'un fantaisiste inculte comme Rachid Badouri, qui professait à la télévision d'État son adhésion au créationnisme parce qu'il « ne croit pas qu'il descend du singe», ce qui équivaut à affirmer que la terre est plate parce que sinon, les habitants de l'hémisphère sud ne pourraient pas marcher la tête en bas. Elle est toutefois est révélatrice lorsqu'elle provient de la ministre de l'Environnement du Canada, car elle démontre encore une fois le mépris de ce gouvernement d'idéologues à l'égard de la science.

Non contents de lancer des incantations à leurs collègues malades ou de faire déraper les travaux parlementaires, les élus conservateurs ont entrepris de bâillonner les scientifiques qui ne partagent pas leurs opinions. Ainsi , 86 % d'entre eux estiment qu'ils seraient victimes de censure ou de représailles s'ils émettaient publiquement un avis contre une mesure gouvernementale susceptible de nuire à la santé, à la sécurité ou à l'environnement et 24% soutiennent qu'on leur a demandé directement d'omettre une information ou de la modifier pour des motifs qui ne sont pas liés à la science.

Mais la loi du silence ne suffit pas. La tableau de chasse du gouvernement Harper est impressionnant. Il a ainsi coupé le budget des organismes environnementaux et des instituts de recherche, démantelé les programmes du MPO pour la surveillance des contaminants dans les habitats aquatiques, comme l'Institut Maurice-Lamontagne, détruit le programme sur les lacs expérimentaux, laissé les industries du transport ferroviaire et de l'élevage industriel s'inspecter elle-même, abolit le recensement national, restreint l'application de la Loi sur les pêches et de la Loi sur les évaluations environnementales, retiré le Canada du protocole de Kyoto, et renvoyé ou muté 5 332 scientifiques, dont 436 professionnels de Pêches et Océans et 139 d'Environnement Canada.

La stratégie tous azimuts du gouvernement Harper est claire : réduire la capacité de l'État de colliger des informations sur l'environnement et la santé, diminuer la capacité d'analyse des agences gouvernementales dont les politiques pourraient être contraires à son idéologie et surtout prendre le contrôle de l'information. Le tout dans un seul but : commercialiser la science et en faire un outil de promotion du pétrole bitumineux et du Plan d'action économique conservateur. Dans l'idéologie conservatrice, tout doit céder le pas à l'économie, y compris la santé, l'environnement et la sécurité publique. Seules la royauté britannique et la religion peuvent parfois trouver grâce.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Loading Slideshow...
  • La réforme de l’assurance-emploi

    Le gouvernement de Stephen Harper a adopté, à la fin de 2012, sa réforme de l’assurance-emploi afin d’intensifier les efforts de recherche d’un travail chez les prestataires. Les conservateurs ont minimisé les critiques disant que ces changements mèneraient des travailleurs qualifiés à accepter des emplois loin de leurs compétences ou… de leur maison. La grogne contre Ottawa n’a fait que s’intensifier à ce sujet depuis le début de 2013.

  • Idle No More

    C’est à la fin de 2012, après l’adoption du projet de loi C-45, qui viole des traités ancestraux selon les autochtones, que les Premières Nations débutent le mouvement de protestation Idle No More. Le 11 décembre 2012, la chef crie Theresa Spence entreprend une grève de la faim, souhaitant une rencontre avec le premier ministre Harper. Le silence et l’inaction du gouvernement sont décriés par plusieurs, d’autant plus que, pendant ce temps, le premier ministre reçoit à son bureau les gagnants de la téléréalité Occupation double. Les Premières Nations réclament toujours un vaste chantier sur leurs conditions et leurs droits.

  • Le débat sur l’avortement refait surface

    En septembre 2012, un député conservateur d’arrière-ban lance un pavé dans la mare en déposant une motion sur le statut du fœtus. La motion est rejetée, mais l’appui de 91 députés, dont la ministre de la Condition féminine Rona Ambrose, inquiète certaines personnes qui craignent la réouverture du débat sur l’avortement. Le premier ministre balaie cette possibilité en réaffirmant la légalité de l’avortement au pays.

  • Le registre des armes d’épaule aboli

    Arguant qu’il était désuet et coûteux et qu’il faisait passer les «chasseurs pour des criminels», les conservateurs ont profité de leur majorité pour voter un projet qu’il leur était cher depuis longtemps : l’abolition du registre des armes d’épaule et de ses données. Les réactions ont été vives, surtout au Québec et chez les groupes de victimes de crimes armés. Québec a demandé le rapatriement des données pour créer son propre registre.

  • La reine au goût du jour

    En juillet 2011, le ministre John Baird remplace des tableaux d’Alfred Pellan par un portrait de la reine, aux bureaux du ministère des Affaires étrangères. Au cours de la même année, plusieurs gestes sont posés pour remettre la royauté au goût du jour. La Défense appose le mot «royale» à la marine et à la force aérienne du Canada et les ambassades canadiennes sont sommées d’ajouter un portrait d’Élisabeth II à leurs murs.

  • Des statistiques moins précises

    En 2010, le gouvernement a décidé de mettre fin à l’obligation pour les Canadiens de remplir le formulaire long lors du recensement, qui se fait tous les cinq ans. Cette politique était en vigueur lors du dernier coup de sonde, en 2011, privant ainsi les statisticiens de nombreuses données précieuses.

  • Le G20 à Toronto

    Les coûts pour la sécurité ont atteint près d’un milliard de dollars. Le choix de tenir le sommet du G20 au centre-ville de Toronto avait été vertement critiqué. Des dépenses extravagantes à Huntsville, pour le sommet du G8 qui avait précédé, avaient aussi été décriées. Mais ce sont les quelque 1100 arrestations massives, les plus importantes de l’histoire du pays, qui ont marqué l’imaginaire collectif.

  • Le fiasco des F35

    En 2010, le gouvernement conservateur annonce l’intention de remplacer ses vieux jets CF18 en faisant l’acquisition de 65 nouveaux F35. Coût de l’opération : 16 G$. Après de nombreux débats aux Communes et un rapport indiquant que les coûts s’élèveraient plutôt à 45 G$, les conservateurs ont choisi de freiner le projet et de revenir à la case départ. Pour le moment, on prévoit débloquer des fonds pour maintenir la flotte de CF-18 en opération jusqu’en 2020.

  • Le dossier Omar Khadr

    Le Canada a été montré du doigt pour avoir tardé à rapatrier au pays Omar Khadr, emprisonné à Guantanamo depuis 2002 et reconnu coupable, en 2010, de crimes de guerre qu’il a commis à l’âge de 15 ans. Khadr était le dernier ressortissant d’un pays occidental prisonnier à Guantanamo. Lors de son retour au Canada, en septembre 2012, il s’était écoulé un an depuis le moment où son rapatriement avait été permis.

  • Des journalistes contrôlés?

    Depuis son arrivée au pouvoir, Stephen Harper ne s’est pas fait d’amis auprès des journalistes. Dès ses premières conférences de presse, le premier ministre est critiqué sur le nombre de questions auxquelles il répond. Les professionnels de la presse condamnent aussi les difficiles demandes d’accès à l’information et le fait que certaines personnes, comme les ministres ou les fonctionnaires scientifiques, soient difficiles à rejoindre.

  • Le retrait de Kyoto

    Stephen Harper a déjà indiqué que le protocole de Kyoto était un complot socialiste qui visait à soutirer de l’argent aux pays riches. Pas surprenant, donc, qu’en décembre 2011, après avoir ignoré maintes fois ses cibles, le Canada se retire officiellement de Kyoto. Dans les grandes réunions environnementales, le Canada s’attire la foudre de la communauté internationale et rafle bon nombre de prix fossiles.

  • Durcissement des lois

    La position des conservateurs sur les jeunes contrevenants et sur les questions carcérales a divisé les Canadiens. Si plusieurs se réjouissent que le parti de Stephen Harper ait tenu ses promesses en durcissant certaines lois, d’autres croient que l’on devrait investir dans des programmes sociaux et des mesures de prévention. Le projet de loi C-10, adopté début 2012 et qui durcit les peines de certains crimes en plus de rendre le pardon plus difficile, a été vivement critiqué. Le projet C-30 sur la surveillance Internet a pour sa part été abandonné en février 2013, après plus d’un an de débats et de controverses.

  • Nominations unilingues

    En octobre 2011, Stephen Harper nomme Michael Moldaver, un juge unilingue anglophone, à la Cour suprême du Canada. En 2006, alors qu’il est au pouvoir que depuis un mois, le premier ministre avait posé un geste similaire. La nomination de Michael Ferguson, aussi unilingue anglophone, au poste de vérificateur général, en novembre 2011, avait ajouté l’insulte à l’injure et rouvert le débat sur le bilinguisme.

  • Les artistes en colère

    Les artistes n’ont jamais été de fervents défenseurs des politiques des conservateurs. Dès 2008, des chanteurs, acteurs et autres artistes se liguent et présente la vidéo <a href="http://www.youtube.com/watch?v=n3HVFsIQ5M4" target="_blank">Culture en péril</a>. Ils dénoncent les coupures dans le milieu de la culture et, plus tard, les politiques qui nuisent aux droits d’auteur. Les coupes dans les budgets de nombreux organismes, dont Radio-Canada, mettent également le feu aux poudres.

  • La prorogation

    Fin 2009, le premier ministre Harper choisit de fermer la Parlement. Résultat? Les députés ne siégeront pas pendant 63 jours. On veut reprendre les travaux une fois les Jeux de Vancouver passés. Mais plusieurs indiquent que les conservateurs souhaitent faire tomber la poussière sur le transfert de détenus afghans. Fin 2008, Harper avait également demandé la prorogation – qu’il obtint – à la gouverneure générale Michaëlle Jean, alors que son gouvernement minoritaire est menacé par une coalition formée par les libéraux de Stéphane Dion et les néo-démocrates de Jack Layton et appuyée par les bloquistes de Gilles Duceppe.

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



 
Suivre Le HuffPost Québec